Du 6 juillet au 5 septembre 2026, L’Afrique vue par elle-même est présentée à L’Œil Qui Court, 16 rue Jouvène à Arles. Malick Sidibé, Sanlé Sory, Mabeye Deme, Oumar Ly, Tidiani Shitou, Bruce Clarke, Andile Bhala et plusieurs autres photographes figurent dans l’exposition. Le titre avait déjà été utilisé à Arles en 2019 par Olivier Sultan et la galerie Art-Z, dans un contexte de débat sur l’absence de photographes africains dans la programmation officielle du cinquantenaire des Rencontres d’Arles. En 2026, l’exposition revient avec un nouveau corpus et fait apparaître plusieurs histoires de la photographie africaine dans un même lieu.
Un titre déjà présent à Arles en 2019
En août 2019, L’Afrique vue par elle-même est présentée à La Grande Vitrine, 12 rue Jouvène à Arles. L’exposition est portée par Olivier Sultan, fondateur de la galerie Art-Z, dans le contexte du cinquantenaire des Rencontres d’Arles. Cette édition anniversaire avait suscité des critiques sur la faible présence des photographes africains dans la programmation officielle. Le Monde Afrique rapporte alors qu’Olivier Sultan choisit d’organiser une exposition parallèle réunissant notamment Lassy King Massassy, Robert Nzaou, Malick Sidibé, Oumar Ly, Jürgen Schadeberg, Nyaba Ouedraogo, N’Krumah Lawson Daku et Mabeye Deme.
Le projet inscrit ainsi à Arles plusieurs générations de photographes africains dans un espace distinct du programme officiel. Robert Nzaou mentionne cette exposition dans son parcours professionnel, avec le titre L’Afrique vue par elle-même, le lieu de La Grande Vitrine et l’année 2019. Cette occurrence confirme la place du projet dans la saison photographique arlésienne de cette année-là.
En 2026, L’Afrique vue par elle-même revient à Arles avec une nouvelle sélection et un autre lieu. L’exposition est présentée à L’Œil Qui Court avec Malick Sidibé, Sanlé Sory, Mabeye Deme, Oumar Ly, Jean-Christophe Béchet, Marina Burnel, Tidiani Shitou, Bruce Clarke, Andile Bhala, Suzanne Porter et Marc-Henri Martin. Le retour du titre crée une continuité entre les deux éditions, tandis que le corpus de 2026 introduit de nouveaux artistes et de nouveaux rapprochements entre générations. Les informations disponibles permettent d’établir cette continuité de titre et de présence à Arles ; elles ne précisent pas, à ce stade, si le commissariat ou le dispositif curatorial de 2026 reprend celui de 2019.
Malick Sidibé, de nouveau présent dans le projet
Malick Sidibé apparaît dans les deux éditions arlésiennes de L’Afrique vue par elle-même, en 2019 puis en 2026. Pour cette dernière, quatre tirages vintage de la série Surprise Party, datés de 1968, sont identifiés parmi les œuvres présentées. Réalisées au gélatino-bromure d’argent et mesurant environ 9 × 6 cm, ces petites photographies renvoient directement au fonctionnement quotidien de son studio à Bamako.
Après les soirées qu’il photographiait, Sidibé réalisait de petits tirages de référence et les regroupait par événement. Chaque image portait un numéro correspondant aux négatifs conservés au studio. Les jeunes photographiés revenaient ensuite consulter ces planches, retrouver leur image et commander le tirage de leur choix. Le Metropolitan Museum of Art conserve un ensemble comparable, Surprise Party, Ambassade Haute Volta, daté de 1964, qui permet de restituer ce mode de travail avec précision.
Les quatre photographies présentées à Arles en 2026 appartiennent à cette économie de l’image. Elles ont d’abord servi à organiser la circulation des portraits entre le photographe et les personnes photographiées. Près de soixante ans plus tard, elles sont montrées dans une exposition internationale. Leur déplacement du studio bamakois vers Arles raconte à lui seul le changement de statut de ces images : d’outil de repérage et de commande, elles sont devenues des pièces d’exposition, de collection et d’archive.
Les soirées de Bamako comme lieu de production
Malick Sidibé ouvre son studio à Bamako en 1962. Au cours de cette période, il photographie régulièrement les fêtes et les clubs de jeunes de la capitale malienne. Le Metropolitan Museum rappelle que ces groupes se réunissent autour de la danse et de musiques venues notamment des Beatles ou du cha-cha-cha cubain. Sidibé photographie les soirées, puis reçoit les participants dans son studio lorsqu’ils viennent voir et commander les images.
Ses photographies conservent ainsi les vêtements, les coiffures, les danses et les attitudes d’une génération de jeunes Bamakois. Elles montrent également une pratique sociale de la photographie. Le passage devant l’objectif se prolonge par le retour au studio, le choix d’une photographie et sa commande.
Les quatre Surprise Party signalées à Arles en 2026 proviennent de ce système. Leur histoire commence donc dans les soirées et le studio de Sidibé avant leur entrée dans les circuits d’exposition.
Plusieurs villes et plusieurs générations réunies à Arles
Le corpus de 2026 rapproche des photographes issus de contextes différents. Malick Sidibé travaille à Bamako. Sanlé Sory construit une grande partie de son œuvre à Bobo-Dioulasso. Oumar Ly travaille au Sénégal. Tidiani Shitou appartient à l’histoire du studio photographique au Nigeria. Mabeye Deme appartient à une génération plus récente et développe une pratique construite notamment autour de Dakar. Bruce Clarke et Andile Bhala inscrivent leurs œuvres dans d’autres espaces et d’autres périodes.
La liste publiée par 9 Lives Magazine associe ainsi plusieurs générations et plusieurs pratiques sous un même titre. On y trouve du portrait de studio, des scènes de vie, des pratiques documentaires et des écritures plus contemporaines.
Cette diversité était déjà présente dans le projet de 2019. Le Monde réunissait alors dans une même présentation Malick Sidibé, Oumar Ly, Robert Nzaou, Nyaba Ouedraogo, King Massassy, Mabeye Deme et d’autres photographes issus de générations différentes.
Le travail d’Art-Z suit cette logique depuis plusieurs années. En 2019, Le Monde retraçait les vingt années de la galerie et annonçait l’ouverture prévue d’un espace à Arles consacré à la photographie du continent pendant la période des Rencontres. La galerie présente régulièrement des artistes venus de plusieurs pays africains et associe dans ses expositions des photographes historiques et des auteurs plus jeunes.
Trois trajectoires qui croisent aussi l’histoire des Rencontres de Bamako
Parmi les photographes réunis à Arles en 2026, trois noms traversent également l’histoire des Rencontres de Bamako. Malick Sidibé est associé aux premières Rencontres en 1994. Oumar Ly apparaît dans l’édition 2009, autour de Frontières. Tidiani Shitou fait l’objet d’une présentation posthume en 2001.
Ces trois parcours relient Bamako, le Sénégal et le Nigeria à plusieurs générations de la photographie ouest-africaine. Leurs œuvres ont ensuite circulé dans des expositions, des galeries, des collections et des manifestations internationales. Leur réunion à Arles en 2026 permet ainsi de lire côte à côte des trajectoires construites dans des contextes différents, mais qui ont toutes croisé la Biennale de Bamako à un moment de leur histoire.
Du studio de Bamako à l’exposition
Le parcours des Surprise Party de Malick Sidibé montre avec précision ce changement de contexte.
En 1968, ces petits tirages servent au fonctionnement du studio. Ils permettent de relier les photographies aux négatifs, de présenter les images aux personnes photographiées et d’organiser les commandes. En 2026, quatre tirages issus de ce système sont exposés à Arles. Entre ces deux dates, l’œuvre de Sidibé a rejoint des collections muséales et le marché international de la photographie.
Le même objet passe ainsi d’un usage quotidien à un usage patrimonial et artistique. À Bamako, il participe à l’activité du studio et à la relation entre le photographe et ses clients. À Arles, il est présenté comme œuvre, comme trace d’une pratique photographique et comme archive d’une période de la vie bamakoise.
Cette histoire éclaire directement le titre L’Afrique vue par elle-même. Chez Sidibé, l’image naît dans la ville, au contact de ceux qui la vivent. Les jeunes photographiés fréquentent les mêmes soirées, reviennent au studio, retrouvent leur portrait et choisissent les images qu’ils souhaitent conserver. La photographie circule d’abord parmi eux avant d’entrer, plusieurs décennies plus tard, dans les circuits internationaux de l’art.
De 2019 à 2026, Malick Sidibé reste au cœur du projet
Malick Sidibé figure dans les deux occurrences arlésiennes de L’Afrique vue par elle-même, en 2019 puis en 2026. En 2019, son travail est présenté dans une exposition organisée à La Grande Vitrine au moment où la faible présence des photographes africains dans la programmation du cinquantenaire des Rencontres d’Arles suscite des critiques. En 2026, il revient dans une nouvelle sélection, aux côtés de Sanlé Sory, Oumar Ly, Tidiani Shitou, Mabeye Deme et plusieurs autres auteurs.
Sept années séparent les deux présentations, avec des lieux, des artistes et des contextes différents. Le retour du titre maintient pourtant une même ligne de lecture : montrer des photographies produites depuis des histoires, des villes et des sociétés africaines, puis observer la manière dont ces images circulent dans les grands rendez-vous internationaux.
Chez Malick Sidibé, cette circulation tient dans quatre tirages de 9 × 6 cm réalisés à Bamako en 1968. Leur première fonction était liée aux soirées et aux commandes du studio. En 2026, ils sont montrés à Arles, près de soixante ans plus tard, avec toute l’histoire sociale, photographique et urbaine dont ils sont issus.
Depuis 1994, les Rencontres de Bamako ont fait de la capitale malienne un lieu majeur de la photographie africaine et de sa circulation internationale. À la tête de la Délégation Générale de la 15e édition, El Hadj Amadou Diop hérite de cette histoire et entend en développer davantage les dimensions économique, professionnelle et institutionnelle. Une orientation qui accompagne REFABULATION(S), le projet curatorial porté par Armelle Dakouo et son équipe.
Bamako occupe depuis 1994 une place singulière dans la géographie internationale de la photographie. Les Rencontres y ont fait converger artistes, commissaires, critiques, chercheurs, collectionneurs et institutions, tout en contribuant à la circulation internationale de plusieurs générations de photographes africains. La capitale malienne s’est ainsi imposée comme l’un des lieux où la photographie du continent se montre, mais aussi où se négocient ses cadres de lecture, ses réseaux et sa reconnaissance.
Que peut produire durablement, à Bamako, la place internationale acquise par les Rencontres ?
La réponse se trouve en partie dans ce que trente-deux années de Biennale ont déjà construit. Françoise Huguier et Bernard Descamps ont participé à la naissance de la manifestation. Simon Njami a ensuite élargi son inscription dans le champ de l’art contemporain. Bisi Silva a accordé une place importante aux questions d’éducation, de transmission et de relation à la ville. Marie-Ann Yemsi, Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, Lassana Igo Diarra ou Manthia Diawara ont, à leur tour, apporté d’autres approches de la circulation, de la production et de la pensée de l’image. La 15e édition hérite ainsi de trente-deux années d’expériences, de réseaux et de savoir-faire qui constituent eux-mêmes une ressource pour penser ce que les Rencontres peuvent désormais produire depuis Bamako.
C’est dans cette continuité qu’intervient El Hadj Amadou Diop. À la tête d’une Délégation Générale où se croisent plusieurs expériences du secteur culturel et d’anciens acteurs des Rencontres, il pilote l’administration, la logistique, les finances et les relations institutionnelles. La proposition artistique relève d’Armelle Dakouo et de son équipe curatoriale.
Armelle Dakouo Crédit photo : Bénédicte KurzenI
Curatrice indépendante, Armelle Dakouo a construit une partie de son parcours entre l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et l’Europe, notamment au sein d’AKAA, à Paris. Avec son équipe curatoriale, elle porte REFABULATION(S) et construit la sélection des artistes ainsi que les parcours d’exposition. La Délégation Générale doit donner à cette proposition ses conditions de réalisation.
« Notre rôle est de créer les conditions permettant à la vision artistique de se déployer dans les meilleures conditions », explique El Hadj Amadou Diop. Il décrit des échanges réguliers entre les deux équipes, où les choix artistiques rencontrent les contraintes de lieux, de production, de financement et d’organisation.
Cette répartition éclaire davantage son projet que l’idée d’un changement de cap. La formation, la production locale, les rencontres professionnelles ou la circulation internationale appartiennent déjà à l’histoire des Rencontres. Son ambition se situe ailleurs : transformer plus systématiquement le capital symbolique accumulé par Bamako en capacités de production, en relations professionnelles et en valeur durable pour l’écosystème qui accueille la Biennale. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que les Rencontres montrent au monde, mais ce que trente-deux années de reconnaissance internationale permettent désormais de construire depuis Bamako.
Après trois décennies de circulation internationale, la question économique prend davantage de place
« La Biennale ne peut pas se limiter à une célébration ponctuelle. Nous voulons qu’elle soit un véritable levier économique pour les artistes qu’elle révèle et, plus largement, pour tous les artistes du secteur. »
La semaine professionnelle constitue depuis longtemps l’un des espaces où les Rencontres mettent en présence artistes, commissaires, chercheurs, collectionneurs, galeristes et responsables d’institutions. Pour la 15e édition, El Hadj Amadou Diop souhaite renforcer ce que ces rencontres peuvent produire pour les artistes, en termes de collaborations, de débouchés et de circulation des œuvres.
La communication internationale et la presse spécialisée participent à cette stratégie, avec l’objectif de prolonger la visibilité des artistes avant et après leur présence dans les expositions. El Hadj Amadou Diop évoque également la création de passerelles avec des institutions internationales et annonce, pour cette édition, un marché de la photographie.
« Nous allons même créer un marché de la photographie pendant cette Biennale. »
Le projet introduit une dimension supplémentaire dans une manifestation qui a déjà largement contribué à la reconnaissance critique et institutionnelle de photographes du continent. Il rapproche la visibilité produite par la Biennale d’une autre composante de la carrière des artistes : la possibilité que les œuvres soient acquises, que des relations avec des galeries s’engagent et que les rencontres avec des professionnels se prolongent au-delà de Bamako.
Le contexte a considérablement évolué depuis 1994. Les artistes africains et issus des diasporas occupent une place croissante dans les foires, les galeries, les collections et les institutions internationales. La photographie participe pleinement à cette évolution. La question n’est donc plus seulement celle de la présence internationale des scènes africaines, mais aussi des lieux depuis lesquels leur économie peut se construire.
Bamako dispose à cet égard d’un capital particulier : trente-deux années d’histoire consacrées à la photographie et une capacité reconnue à réunir autour d’elle artistes et professionnels du secteur.
El Hadj Amadou Diop souhaite que cette position compte davantage dans l’économie de la photographie africaine. Il envisage la présence de professionnels internationaux comme une occasion de découvrir les artistes et de s’intéresser à leurs œuvres. Des conférences sur le marché de l’art sont également prévues, avec des experts du continent et d’ailleurs appelés à discuter des évolutions auxquelles la photographie contemporaine africaine est confrontée.
À terme, El Hadj Amadou Diop souhaite que Bamako devienne « un point de passage incontournable pour quiconque s’intéresse véritablement au marché de la photographie africaine ».
Le marché annoncé pendant la 15e édition donnera une première mesure de cette orientation. Sa capacité à réunir acheteurs, collectionneurs et galeries, à susciter des acquisitions et à prolonger les relations après la Biennale permettra d’en apprécier la portée.
REFABULATION(S) : maîtriser le récit, mais aussi ses conditions de production
Proposé par Armelle Dakouo et développé avec son équipe curatoriale, REFABULATION(S) interroge la capacité à produire depuis l’Afrique ses propres récits et représentations. El Hadj Amadou Diop en retient une formulation directe : « nous mettre nous-mêmes au cœur de nos histoires » et sortir des représentations imposées « selon nos propres prismes, selon notre propre regard ».
« L’Afrique n’est pas un sujet que l’on photographie, c’est un continent qui se raconte elle-même. »
Pour une biennale de photographie, cette affirmation engage désormais davantage que le choix des images. À mesure que la photographie se mêle à l’installation, au son, à la vidéo, au numérique et aux dispositifs hybrides, la maîtrise du récit dépend aussi de la capacité à produire matériellement ces formes.
El Hadj Amadou Diop le rencontre depuis la production de l’édition : « Il faut également penser à la production et à l’installation des œuvres », particulièrement complexes cette année avec l’interdisciplinarité.
REFABULATION(S) fait ainsi apparaître une question rarement séparée de celle de la représentation : peut-on véritablement déplacer le centre depuis lequel les récits africains sont construits si une part décisive des outils, des compétences et des infrastructures nécessaires à leur fabrication demeure ailleurs ? Pour Bamako, la portée de cette édition se mesurera aussi aux capacités techniques et professionnelles que ces nouvelles formes auront permis d’activer ou de renforcer sur place.ko comptera autant pour l’organisation de l’édition que pour ce qu’elle pourra laisser dans son environnement professionnel.
Produire une Biennale plus ambitieuse suppose aussi d’élargir ses ressources
La mobilisation des ressources reste, selon El Hadj Amadou Diop, le principal défi de cette édition.
« Pour être honnête, le plus grand défi reste la mobilisation des ressources, dans le contexte économique que nous traversons. »
La Délégation Générale s’appuie d’abord sur l’engagement de l’État, avec le soutien du ministère de la Culture. Elle travaille également avec le mécénat privé, les coopérations internationales et des partenaires privés et institutionnels.
« Nous allons constamment jongler entre ces différentes ressources pour pouvoir atteindre nos objectifs », explique El Hadj Amadou Diop.
Ces financements doivent permettre de tenir l’ensemble de l’édition : production et installation des œuvres, préparation des sites, accueil des professionnels et ouverture des expositions pendant deux mois. La recherche de partenaires accompagne également les projets développés autour de la programmation et les nouvelles opportunités que la Biennale souhaite créer pour les artistes.
Après trente-deux ans de rayonnement, renforcer ce que les Rencontres produisent à Bamako
L’entretien avec El Hadj Amadou Diop ouvre finalement une réflexion plus large que celle des retombées économiques de la Biennale. Son approche par les industries culturelles et créatives invite à regarder ce que trente-deux années de Rencontres ont déjà constitué à Bamako : des compétences, des expériences de production, des archives, des réseaux professionnels et une connaissance de la photographie africaine portée par plusieurs générations d’artistes, de commissaires, de chercheurs et de responsables culturels. Cette histoire peut devenir une ressource pour penser la suite.
Car les transformations qui attendent la photographie dépassent désormais les questions d’exposition et de marché. L’intelligence artificielle intervient dans la production, la description et l’indexation des images. Leur provenance, leur authentification et leurs droits deviennent des enjeux majeurs. Les archives photographiques deviennent aussi des ensembles de données dont les méthodes de classement détermineront demain ce qui pourra être retrouvé, étudié et transmis. Pour une Biennale consacrée depuis 1994 aux représentations africaines, la maîtrise du récit passe désormais aussi par la maîtrise de ces infrastructures.
El Hadj Amadou Diop ne compte pas porter seul ces questions qui relèvent de multiples expertises. Les Rencontres ont précisément la capacité de réunir photographes, archivistes, conservateurs, chercheurs, juristes, technologues et professionnels du marché, y compris parmi ceux qui ont contribué à leur histoire. Une question pourrait alors prolonger au delà de cet entretien : que faut-il commencer à construire à Bamako en 2026 pour que, dans un siècle, la photographie africaine puisse toujours y être produite, documentée, authentifiée, conservée, étudiée et interprétée à partir de ses propres ressources ?
Du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, Bamako accueillera la 15e édition des Rencontres de Bamako, Biennale Africaine de la Photographie. La sélection officielle, dévoilée cette semaine, réunit quarante-neuf artistes issus de vingt-six pays, dont vingt-cinq femmes. Entre figures majeures de la scène internationale et nouvelle génération de créateurs, cette édition confirme la place de la Biennale comme l’un des principaux rendez-vous mondiaux consacrés aux pratiques contemporaines de l’image.
Pendant plusieurs semaines, artistes, commissaires d’exposition, galeristes, collectionneurs et institutions culturelles attendaient cette annonce. La sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 réunit quarante-neuf artistes retenus à l’issue d’un appel international ayant reçu plusieurs centaines de candidatures venues d’Afrique, de ses diasporas et d’autres régions du monde. Leurs œuvres seront présentées pendant deux mois dans une dizaine de lieux de la capitale malienne.
Cette sélection donne à voir les orientations actuelles de la création photographique contemporaine. La photographie y dialogue avec la vidéo, les archives, la sculpture, l’installation et la performance. Les artistes mobilisent l’image pour travailler sur les mémoires, les territoires, les héritages et les récits collectifs. Cette diversité prolonge l’évolution des Rencontres de Bamako, qui ne se limitent plus à un espace d’exposition et accueillent désormais des formes artistiques multiples.
Créées en 1994 à l’initiative de l’État malien, les Rencontres de Bamako sont la plus ancienne biennale consacrée exclusivement à la photographie africaine. Depuis plus de trente ans, elles accompagnent les transformations du médium sur le continent, contribuent à la reconnaissance internationale de plusieurs générations d’artistes et réunissent créateurs, chercheurs, institutions et professionnels de l’image.
Placée sous le commissariat général d’Armelle Dakouo, la 15e édition poursuit cette histoire à travers le thème REFABULATION(S). Inspiré par les réflexions de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, ce thème interroge la manière dont les récits façonnent notre lecture du monde et dont les images peuvent les déplacer, les compléter ou les contester.
L’annonce de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 intervient dans un contexte où l’image internationale du Mali reste largement dominée par les questions diplomatiques et sécuritaires. La programmation apporte un autre regard sur la capitale. Les quarante-neuf artistes viennent de vingt-six pays et plusieurs participeront à des résidences de création organisées à Bamako avant l’ouverture de la Biennale. Leur présence confirme la place que la ville conserve dans les réseaux internationaux de la photographie.
Cette annonce marque le passage à la phase de production. Équipes curatoriales, scénographes, régisseurs, médiateurs, artisans et partenaires techniques préparent désormais les expositions qui seront présentées du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027. Pendant deux mois, Bamako accueillera artistes, professionnels et publics autour de la photographie contemporaine africaine et internationale.
Qui sont les artistes sélectionnés pour les Rencontres de Bamako 2026 ?
La sélection officielle des Rencontres de Bamako constitue chaque année un indicateur de l’évolution de la photographie contemporaine africaine. Elle révèle les artistes qui marqueront les débats des prochains mois, les nouvelles écritures visuelles qui traversent le continent et les dialogues qui s’établissent avec les scènes internationales.
L’édition 2026 réunit quarante-neuf artistes originaires de vingt-six pays. Vingt-cinq femmes composent cette sélection, un équilibre rarement observé dans les grandes manifestations internationales consacrées aux arts visuels. Au-delà de la parité, cette représentation traduit une évolution profonde des pratiques artistiques contemporaines, où les femmes occupent désormais une place centrale dans la production des récits photographiques, des archives et des recherches visuelles.
La liste rassemble des artistes confirmés dont les œuvres circulent depuis plusieurs années dans les plus grandes institutions culturelles, mais aussi des créateurs plus jeunes qui feront à Bamako l’une de leurs premières apparitions dans une biennale internationale de cette envergure. Cette coexistence entre générations constitue l’une des caractéristiques historiques des Rencontres de Bamako. Depuis leur création, elles ont régulièrement permis à de jeunes photographes de présenter leurs travaux aux côtés d’artistes déjà reconnus, favorisant ainsi le renouvellement de la scène photographique africaine.
Parmi les figures les plus identifiées de cette édition figure Ayrson Heráclito. L’artiste brésilien développe depuis plus de deux décennies une œuvre consacrée aux héritages afro-atlantiques, à la mémoire de l’esclavage et aux circulations culturelles entre l’Afrique et les Amériques. Ses travaux ont notamment été présentés à la Biennale de Venise, à la Biennale de São Paulo ainsi que dans plusieurs musées internationaux. Sa présence témoigne de l’ouverture des Rencontres aux dialogues entre l’Afrique et les mondes afro-descendants.
La sélection accueille également Euridice Zaituna Kala, artiste née au Mozambique et installée en France. Ses installations, photographies et performances interrogent les mécanismes de construction des archives, les héritages coloniaux et les mémoires invisibilisées. Son travail a été présenté au Centre Pompidou, au Haus der Kulturen der Welt de Berlin ainsi qu’à la Biennale de Venise.
REFABULATION(S) : comment la 15e édition des Rencontres de Bamako interroge le pouvoir des images
REFABULATION(S), le thème de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026
Chaque édition des Rencontres de Bamako repose sur une proposition curatoriale qui dépasse le choix d’un thème. Depuis 1994, la Biennale accompagne les évolutions de la photographie africaine en confrontant les pratiques artistiques aux grandes questions de leur époque. Après avoir abordé les mutations sociales, les identités, les circulations et les rapports entre mémoire et modernité, la 15e édition place au centre de sa réflexion un terme encore peu employé dans le champ de la photographie, REFABULATION(S).
Ce mot renvoie à la pensée de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, figure majeure de la littérature africaine contemporaine. Son œuvre défend l’idée que les sociétés ne peuvent construire leur avenir sans reprendre la maîtrise des récits qui les définissent. Face aux représentations héritées de la colonisation ou produites depuis l’extérieur du continent, Achebe appelait à élaborer des histoires capables de restituer la complexité des expériences africaines.
Cette réflexion guide la proposition curatoriale portée par Armelle Dakouo et son équipe, composée d’Ange-Frédéric Koffi, Lamine Diarra et Sandrine Honliasso. La photographie n’y est pas envisagée comme un simple outil d’enregistrement du réel, mais comme un langage capable d’en proposer de nouvelles lectures.
Dans la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026, l’image devient ainsi un espace de construction, de déplacement et de contestation des récits établis. Les artistes mobilisent des archives familiales, des mises en scène, des installations, des vidéos, des performances ou des sculptures pour interroger les mémoires individuelles et collectives. Ces pratiques explorent aussi ce que les archives institutionnelles, les discours politiques et les représentations médiatiques laissent parfois hors champ.
Cette orientation reflète les transformations de la photographie contemporaine africaine. Les générations qui ont contribué à sa reconnaissance internationale ont souvent été associées au portrait de studio, au documentaire et au photojournalisme. Ces héritages restent présents, mais de nombreux artistes utilisent désormais l’image comme un matériau parmi d’autres, aux côtés du son, du texte, de l’objet ou du geste performatif.
Les œuvres retenues abordent les histoires familiales, les héritages coloniaux, les migrations, les appartenances, les spiritualités, les territoires, les enjeux environnementaux et la circulation des savoirs. Cette diversité repose sur une même interrogation, comment raconter autrement des histoires longtemps écrites ou interprétées par d’autres ?
Cette question prend une portée particulière à une époque marquée par la multiplication des images. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les outils d’intelligence artificielle rendent leur production et leur circulation plus rapides, tout en brouillant les frontières entre document, interprétation et fiction. REFABULATION(S) invite donc à examiner la manière dont les images façonnent les représentations collectives, organisent les mémoires et participent à la production des récits contemporains.
À Bamako, cette réflexion s’inscrit dans une histoire de plus de trente ans. Les Rencontres réunissent photographes, chercheurs, commissaires d’exposition, institutions et publics autour des transformations des sociétés africaines. La 15e édition poursuit ce travail en donnant une place à des récits multiples, portés par des expériences, des territoires et des pratiques différentes.
Produire les œuvres à Bamako, un nouvel ancrage pour la Biennale
L’annonce de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 ouvre une phase de production qui dépasse la présentation des artistes retenus. La 15e édition souhaite renforcer le rôle de Bamako comme lieu de conception, de fabrication et de finalisation des œuvres.
Pendant plusieurs éditions, une part importante des expositions était produite hors du Mali avant d’être acheminée vers la capitale. Ce fonctionnement, courant dans les manifestations internationales, réduisait la participation des professionnels locaux à la fabrication des projets.
En 2026, plusieurs artistes internationaux seront accueillis à Bamako plus de dix jours avant l’ouverture de la Biennale dans le cadre de résidences de création. Ils développeront ou finaliseront leurs œuvres avec les équipes techniques des Rencontres, des artisans, des scénographes et des professionnels maliens.
La production d’une exposition mobilise de nombreux métiers. Scénographes, menuisiers, soudeurs, imprimeurs, graphistes, éclairagistes, régisseurs, transporteurs, restaurateurs d’œuvres, médiateurs culturels et prestataires techniques interviennent à différentes étapes. En produisant une partie des expositions à Bamako, la Biennale sollicite ces compétences sur place et favorise leur mobilisation sur d’autres projets culturels.
Pour les artistes, la résidence ne se limite pas à une période de fabrication. Elle permet de travailler avec les ressources disponibles au Mali, d’échanger avec des artisans ou des chercheurs et d’adapter les œuvres aux lieux d’exposition. Les projets se construisent ainsi en relation avec la ville, plutôt que d’y être simplement installés quelques jours avant l’ouverture.
Cette méthode rapproche la résidence de création du travail curatorial. Elle affirme aussi que Bamako peut accueillir toutes les étapes d’un projet artistique international, depuis la recherche jusqu’à la présentation publique.
Cette orientation est portée par la Délégation générale dirigée par El Hadj Amadou Diop. Son projet vise à consolider les Rencontres comme une institution capable de produire des œuvres, de transmettre des compétences, de développer des partenariats internationaux et d’accompagner les artistes au-delà du temps de la Biennale.
La programmation de 2026 associe ainsi résidences, collaborations avec les professionnels maliens, projets spéciaux et mobilisation de plusieurs lieux d’exposition. Ces activités augmentent les retombées professionnelles de l’événement et renforcent les liens entre la Biennale et les acteurs culturels de la capitale.
Cette évolution intervient alors que l’image internationale du Mali reste souvent dominée par les questions politiques et sécuritaires. Les Rencontres de Bamako montrent une autre réalité, celle d’une institution qui continue d’investir dans la création, d’accueillir des artistes venus de plusieurs continents et de faire de la production artistique un cadre de coopération internationale. La 15e édition ne présentera donc pas seulement la photographie africaine au monde. Elle fera aussi de Bamako un lieu où une partie de cette création sera conçue et produite.
L’annonce de l’équipe curatoriale de la 15e édition des Rencontres de Bamako marque une étape importante dans la préparation de la Biennale africaine de la photographie. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, cette édition sera placée sous le thème REFABULATION(S) et réunira une équipe composée d’Armelle Dakouo comme commissaire générale, accompagnée des co-commissaires Ange-Frédéric Koffi, Lamine Diarra et Sandrine Honliasso.
Une annonce qui rappelle également le rôle particulier qu’occupent les Rencontres de Bamako dans l’histoire de la photographie contemporaine africaine.
Armelle Dakouo
Crédit photo : Bénédicte KurzenI
Une institution née à Bamako et devenue une référence mondiale
Créées en 1994, les Rencontres de Bamako sont aujourd’hui reconnues comme la première biennale africaine consacrée à la photographie et aux pratiques de l’image sur le continent. Depuis plus de trente ans, elles constituent un espace de découverte, de débat et de visibilité pour plusieurs générations de photographes africains.
Au fil des éditions, la biennale a accompagné l’émergence de nombreux artistes devenus des références internationales. Elle a également contribué à faire de Bamako l’un des centres majeurs de réflexion sur les images produites en Afrique et sur l’Afrique.
Peu d’événements culturels africains disposent d’une telle continuité. Malgré les crises politiques, les difficultés économiques, les contraintes sécuritaires ou les bouleversements internationaux, la biennale a poursuivi son travail de documentation, de diffusion et de reconnaissance de la création photographique africaine.
Cette longévité lui a permis de devenir une référence pour les institutions, les commissaires d’exposition, les collectionneurs, les chercheurs et les médias spécialisés du monde entier. Plusieurs observateurs la considèrent aujourd’hui comme le principal rendez-vous international consacré à la photographie africaine contemporaine.
Bamako, capitale historique de la photographie africaine
Le rôle des Rencontres de Bamako s’inscrit dans une histoire plus large.
Les Rencontres de Bamako prolongent cet héritage. Tous les deux ans, elles transforment la ville en espace d’exposition, de réflexion et de rencontres professionnelles. Expositions, conférences, projections, ateliers et semaines professionnelles attirent artistes, chercheurs, commissaires et institutions venus de plusieurs continents.
Dans un secteur où les centres de décision restent souvent situés hors du continent africain, la biennale conserve une singularité importante : elle est organisée au Mali, portée par les institutions culturelles maliennes et ancrée dans un territoire qui participe lui-même à l’histoire de la photographie.
Une équipe curatoriale aux profils complémentaires
Pour cette quinzième édition, la commissaire générale Armelle Dakouo apporte une expérience construite entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et les Caraïbes. Commissaire d’exposition indépendante et directrice artistique, elle développe depuis plus de quinze ans des projets consacrés aux scènes artistiques africaines et afro-diasporiques. Son travail porte notamment sur les questions de mémoire, d’archives, de transmission et de circulation des récits.
Ange-Frederic Koffi
Elle sera accompagnée par Ange-Frédéric Koffi, plasticien, historien de l’art et commissaire d’exposition dont les recherches portent sur les régimes d’images, les récits historiques et les héritages postcoloniaux. Son parcours associe pratique artistique, recherche universitaire et commissariat international.
Lamine Diarra,
Crédit Photo : Antoine Tempe
Lamine Diarra apporte pour sa part une expérience issue du théâtre, de l’espace public et du travail culturel de proximité. Fondateur des Praticables à Bamako, il développe depuis plusieurs années des projets qui articulent création artistique, participation citoyenne et ancrage urbain.
Sandrine Honliasso
Enfin, Sandrine Honliasso complète l’équipe avec une approche attentive aux questions migratoires, aux circulations culturelles et aux scènes artistiques africaines et diasporiques. Commissaire d’exposition et critique d’art, elle développe son travail entre recherche, édition et production curatoriale.
L’ensemble dessine une équipe où se croisent histoire de l’art, photographie, création contemporaine, théâtre, recherche et critique.
REFABULATION(S), un thème au cœur des débats contemporains
Le thème choisi pour cette édition, REFABULATION(S), s’inscrit dans plusieurs débats qui traversent aujourd’hui les arts visuels, les sciences sociales et les pratiques curatoriales.
La notion de refabulation interroge la manière dont les récits sont construits, transmis, contestés ou réinventés. Elle ouvre un espace de réflexion sur la mémoire, les archives, les histoires officielles, les récits minorés et les imaginaires collectifs.
Dans le contexte africain comme dans les diasporas, ces questions traversent aujourd’hui une grande partie de la création contemporaine. Elles concernent autant les héritages coloniaux que les mutations urbaines, les migrations, les identités culturelles, les technologies de l’image ou les nouvelles formes de narration visuelle.
Le choix de ce thème place la photographie au centre d’une interrogation plus large sur la production des récits contemporains.
Une édition stratégique pour le Mali
Cette quinzième édition intervient également dans un moment particulier pour le Mali.
Depuis plusieurs années, les acteurs culturels maliens poursuivent leur travail dans un environnement marqué par des défis sécuritaires, économiques et institutionnels importants. Dans ce contexte, maintenir et développer une biennale de cette ampleur constitue un signal fort envoyé aux professionnels de la culture, aux partenaires internationaux et aux artistes du continent.
L’édition 2026 sera également la première placée sous la direction générale d’El Hadj Amadou Diop. Sa nomination ouvre une nouvelle séquence pour l’événement, avec la responsabilité de consolider l’héritage des éditions précédentes tout en accompagnant les transformations nécessaires à une institution qui entre dans sa quatrième décennie d’existence.
L’enjeu dépasse la réussite d’une exposition.
Il s’agit de maintenir à Bamako l’un des rares espaces africains capables de réunir, à une telle échelle, artistes, institutions, commissaires, chercheurs, collectionneurs, médias et publics autour des pratiques contemporaines de l’image.
Trente-deux ans après sa création, la Biennale africaine de la photographie demeure l’un des instruments culturels les plus influents du continent. La composition de cette nouvelle équipe curatoriale montre que les Rencontres de Bamako entendent poursuivre cette histoire tout en ouvrant un nouveau chapitre.
Le 14 mai 2026, la Maison africaine de la photographie de Bamako a accueilli la cérémonie officielle de lancement de la 15e édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, cette nouvelle édition débutera par une semaine professionnelle organisée du 26 novembre au 2 décembre.
Autour du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, plusieurs personnalités du monde culturel et diplomatique avaient fait le déplacement : la commissaire générale Armelle Dakouo, le délégué général El Hadj Amadou Diop, le directeur de la Maison africaine de la photographie Tidiane Sangaré, des membres du Conseil des sages ainsi que des représentants du corps diplomatique.
Deux jours avant cette cérémonie, Armelle Dakouo avait été reçue par le ministre Mamou Daffé dans le cadre des préparatifs de la Biennale. Elle était accompagnée de Tidiane Sangaré et d’El Hadj Amadou Diop. Cette rencontre avait permis de présenter officiellement au ministre la nouvelle commissaire générale choisie à l’issue de l’appel à candidatures, mais aussi d’échanger sur les grandes orientations de cette édition et les derniers ajustements liés au lancement public de l’événement.
Les Rencontres de Bamako, trente ans au cœur de la photographie africaine
Créées en 1994, les Rencontres de Bamako sont considérées comme l’un des principaux rendez-vous internationaux consacrés à la photographie africaine contemporaine. Organisée tous les deux ans au Mali, la Biennale rassemble photographes, commissaires d’exposition, chercheurs, collectionneurs et professionnels de l’image venus d’Afrique, de la diaspora et d’autres scènes internationales.
Au fil des éditions, la Biennale a accompagné plusieurs générations de photographes africains, de Seydou Keïta et Malick Sidibé, Seydou Camara jusqu’aux scènes contemporaines venues du continent, de ses diasporas et des communautés afro-descendantes. Pendant plusieurs semaines, Bamako devient un espace de circulation où se croisent artistes, commissaires d’exposition, chercheurs, critiques, collectionneurs, journalistes et professionnels de la culture.
La manifestation s’est construite dans un rapport particulier à la photographie africaine : celui d’un événement pensé depuis le continent lui-même, à partir de ses récits, de ses archives et de ses transformations politiques et sociales.
“REFABULATION(s)” : déplacer les récits
La 15e édition portera le titre « REFABULATION(s) ».
Pour Armelle Dakouo, la « refabulation » apparaît dans son approche curatoriale comme une manière de reprendre la main sur les récits, les images et les mémoires. Le terme renvoie à l’écrivain nigérian Chinua Achebe, qui voyait dans la narration une réponse aux mécanismes de dépossession culturelle, d’aliénation et d’assimilation. À travers cette édition, la photographie est pensée comme un espace capable de produire d’autres récits et d’autres représentations du monde africain contemporain.
Dans cette approche, la photographie est un espace de déplacement des regards, de recomposition des imaginaires et de réécriture des histoires.
Cette réflexion traverse aujourd’hui une partie importante de la création visuelle africaine, notamment autour des archives, de la mémoire coloniale, des représentations du corps, des récits urbains et des identités diasporiques.
Dans un contexte mondial marqué par l’intelligence artificielle générative et la multiplication des images synthétiques, la Biennale interroge aussi la capacité de la photographie africaine à produire ses propres récits visuels.
Armelle Dakouo, une commissaire au croisement des scènes africaines et diasporiques
La nomination d’Armelle Dakouo inscrit cette édition dans une géographie curatoriale déjà largement connectée aux scènes artistiques africaines et diasporiques.
Commissaire d’exposition indépendante et directrice artistique, elle travaille depuis plus de quinze ans sur les pratiques contemporaines de l’image, entre Afrique, Europe et espaces méditerranéens. Son parcours passe par Dakar, où elle a vécu plusieurs années, puis par le Maroc, avant de développer des collaborations internationales autour de la photographie, des archives et des scènes afro-diasporiques.
Elle a dirigé artistiquement AKAA – Also Known As Africa à Paris entre 2017 et 2024, accompagné plusieurs expositions collectives et personnelles, participé à la Biennale du Congo à Kinshasa et assuré récemment le commissariat de la Biennale PhotoSa à Ouagadougou.
Ses projets reviennent souvent sur les questions de mémoire, de transmission et d’histoire visuelle. Cette approche entre directement en résonance avec le positionnement historique des Rencontres de Bamako.
Une Biennale dans un Mali en recomposition
Depuis trente ans, Bamako occupe une place centrale dans l’histoire de la photographie africaine contemporaine.
Le texte de présentation évoque explicitement une « souveraineté culturelle » que les organisateurs considèrent comme essentielle dans cette période de transition.
L’inscription de cette édition dans l’Année de l’Éducation et de la Culture décrétée par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, participe également à cette lecture institutionnelle de la culture comme espace de mémoire, de transmission et de projection collective.
El Hadj Amadou Diop à la délégation générale des Rencontres de Bamako
À la délégation générale, le choix d’El Hadj Amadou Diop installé depuis juillet 2025. Son parcours s’est construit dans plusieurs espaces à la fois. Télévision, radio, documentaire, communication institutionnelle, production exécutive, événementiel culturel ou accompagnement de projets internationaux : il appartient à cette génération de professionnels maliens apparue dans les années 2000 autour des mutations de l’audiovisuel et des industries culturelles ouest-africaines.
Au fil des années, Diop a travaillé aussi bien avec des institutions publiques qu’avec des projets culturels indépendants, des organisations internationales ou des productions documentaires tournées au Mali. Son parcours passe notamment par le Bamako Jazz Festival, la Fondation Ali Farka Touré, plusieurs programmes des Nations unies, des productions audiovisuelles internationales et le secteur des médias maliens.
Cette trajectoire lui donne une connaissance fine des équilibres entre création artistique, visibilité médiatique, diplomatie culturelle et contraintes opérationnelles, dans un contexte où les événements culturels africains doivent désormais gérer simultanément des enjeux artistiques, institutionnels, logistiques et internationaux.
Une Biennale ouverte aux scènes africaines et diasporiques
Les organisateurs ont également lancé un appel à projets destiné aux photographes, vidéastes, plasticiens et artistes visuels africains, afro-descendants et issus des diasporas.
Expositions, performances, interventions in situ, projets numériques ou résidences courtes pourront intégrer la programmation satellite de cette édition.
Cette ouverture confirme l’évolution progressive des Rencontres de Bamako. La Biennale ne se limite plus à la photographie documentaire ou patrimoniale. Elle accueille désormais des formes hybrides où dialoguent photographie, vidéo, performance, archives, création numérique et recherche visuelle contemporaine.
Bamako face à une nouvelle génération de plateformes culturelles africaines
Depuis les années 1990, le paysage culturel africain s’est profondément transformé. Dakar, Marrakech, Johannesburg, Tunis, Kigali ou Lagos ont développé leurs propres Biennales, foires, festivals et plateformes curatoriales.
Dans ce nouvel environnement, Bamako conserve néanmoins une place particulière. Peu d’événements africains consacrés à l’image disposent d’une histoire comparable, d’un ancrage aussi fort dans la photographie et d’une telle reconnaissance auprès des scènes africaines contemporaines.
La 15e édition devra désormais transformer cet héritage en nouvelle dynamique de circulation, de visibilité et de présence internationale. Les Rencontres de Bamako restent l’un des principaux événements consacrés à la photographie africaine contemporaine.
Le lancement officiel du 14 mai marque le début de cette nouvelle séquence.
Et si l’eau pouvait parler, danser, se raconter ? C’est le pari artistique et identitaire de Kadidja Tiemanta, danseuse-chorégraphe malienne d’origine Bozo, qui fait de chaque pas un hommage à ses racines et une exploration du monde.
« Je suis Bozo », affirme-t-elle d’une voix claire et tranquille. Ce n’est pas une simple déclaration d’identité. C’est un manifeste, un ancrage. Chez les Bozo, l’eau est tout : lieu de vie, de mémoire, de transmission, de spiritualité. Ils sont appelés « les maîtres du fleuve ». Nomades de l’eau, ils se déplacent au rythme du fleuve Niger, de ses crues, de ses replis. Ce lien intime à l’eau, Kadidja Tiemanta l’a transposé dans son corps, dans son art, dans sa danse.
Formée à la danse africaine et contemporaine, elle porte cette identité avec grâce, sur scène comme dans la vie. Kadidja ne se contente pas de danser, elle habite ses origines et les fait voyager. Sa trajectoire artistique est tissée de multiples itinérances, de Bamako au Ghana, du Burkina Faso au Togo, en passant par le Bénin, le Sénégal, la Guinée, le Niger, le Nigéria. Chaque déplacement est pour elle un acte de connaissance et d’ouverture.
« Le fait que je bouge fréquemment est lié à mon identité Bozo. Les Bozo sont un peuple qui bouge beaucoup. » Affirme-t-elle. Dans un monde où la mobilité devient souvent une épreuve, où les frontières s’érigent comme des murs d’obstacles, Kadidja revendique ce nomadisme culturel comme une richesse, une philosophie de vie.
L’art comme archive vivante
Mais la danse n’est pas qu’expression. Pour Kadidja, elle est un outil de mémoire, de documentation. Son rêve ? Archiver la culture Bozo, recueillir les récits, les gestes, les croyances, pour ne pas les laisser se dissoudre dans le silence. Elle veut créer des œuvres qui racontent l’histoire de son peuple, dans sa complexité, sa beauté, ses douleurs aussi. Une entreprise à la fois artistique et politique.
Regards croisés sur l’Afrique
Parmi ses souvenirs de voyage, elle évoque le Ghana, sa propreté, sa rigueur, son esthétique urbaine. Elle s’émerveille des styles vestimentaires, des manières d’habiter la ville. Chaque pays lui a appris quelque chose. Chaque rencontre l’a nourrie. C’est cette ouverture au monde qu’elle souhaite transmettre aux jeunes Bozo d’aujourd’hui.
« Si vous avez envie de bouger, bougez. Allez découvrir d’autres mondes, d’autres cultures. Ça nourrit l’esprit et le corps. »
Un plaidoyer pour l’eau, la culture et la jeunesse
Mais tout n’est pas simple. Pour les jeunes Bozo, la mobilité est souvent freinée par les réalités économiques. L’accès à l’éducation, à l’emploi, à la formation culturelle reste un défi. Face à cela, Kadidja appelle les décideurs à prendre leurs responsabilités : « Préservez cette culture, ce peuple, pour qu’il puisse continuer à vivre du fleuve. Il faut des mesures pour sauvegarder cette nature et cette identité. »
Quel serait son rêve fou ? Que les jeunes Bozo puissent créer, voyager, être vus, reconnus. Que leur culture ne soit plus un vestige, mais une source vivante de créativité, d’innovation et de beauté. Kadidja Tiemanta danse l’eau comme d’autres écrivent des livres. Elle nous invite à écouter ce que disent les courants, les silences, les racines.
Ce contenu a été créé dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par Africa No Filter (ANF) avec le financement de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ, de l’Union africaine ou d’ANF.
Léonella OLOUKOI est communicatrice et créatrice de contenus digitaux, titulaire d’un Master en Marketing Communication. Elle cumule dix années d’expérience dans les médias et se distingue par sa passion pour la communication digitale et la culture. Depuis 2022, elle dirige la communication digitale d’une organisation internationale, où elle œuvre à diffuser une image positive sur les plateformes numériques.