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Comment structurer un marché chorégraphique en Afrique ?

Comment structurer un marché chorégraphique en Afrique ?

Entre économie culturelle, mobilité internationale et transformation des festivals

La danse contemporaine africaine circule davantage qu’il y a vingt ans. Des chorégraphes du continent sont aujourd’hui programmés dans des festivals internationaux, intégrés dans des résidences de création et présents dans plusieurs réseaux professionnels européens, africains ou transcontinentaux. Dans le même temps, de nombreux festivals africains ont progressivement développé des dimensions professionnelles : laboratoires, plateformes de diffusion, rencontres avec des programmateurs, sessions de pitch ou masterclass.

Cette évolution a renforcé la visibilité internationale de certaines scènes chorégraphiques africaines. Pourtant, derrière cette circulation accrue, une question demeure peu abordée : existe-t-il réellement aujourd’hui un marché chorégraphique africain structuré ?

La question dépasse largement celle des festivals ou de la qualité artistique des œuvres. Un marché culturel suppose des mécanismes économiques durables : des acheteurs, des producteurs, des réseaux de diffusion, des contrats, des capacités d’investissement, des lieux de programmation et des circulations régulières entre territoires.

Or, dans plusieurs pays africains, les œuvres chorégraphiques continuent de circuler davantage vers l’Europe que sur le continent lui-même.

Circulation des œuvres : le rôle des réseaux dans le marché chorégraphique africain

Le sociologue américain Howard Becker expliquait dans Les Mondes de l’art qu’aucune œuvre artistique n’existe indépendamment des réseaux qui la soutiennent. Une création dépend d’un ensemble de coopérations : artistes, techniciens, producteurs, lieux, programmateurs, médias, institutions ou financeurs.

Cette lecture reste particulièrement pertinente pour comprendre les réalités des arts vivants africains. La visibilité d’un spectacle dépend rarement uniquement de sa qualité esthétique. Elle dépend aussi de sa capacité à entrer dans des réseaux professionnels capables de le rendre visible, légitime et diffusable.

Pierre-Michel Menger a montré de son côté que les carrières artistiques fonctionnent souvent selon des logiques d’incertitude et de concentration des opportunités. Quelques artistes bénéficient d’une forte visibilité tandis qu’une majorité peine à stabiliser sa circulation professionnelle.

Raymonde Moulin, dans ses travaux sur le marché de l’art, insistait également sur le rôle de la prescription.. Une programmation dans un festival européen peut augmenter la capacité d’un artiste africain à obtenir une résidence, une coproduction, une tournée ou une invitation institutionnelle. La circulation ne produit donc pas seulement un déplacement géographique ; elle modifie la valeur professionnelle attribuée à l’artiste.

Dans le secteur chorégraphique africain, cette logique est visible. Être programmé à Avignon, Bruxelles, Berlin ou Montréal ne produit pas seulement une diffusion. Cela transforme aussi la perception institutionnelle d’un artiste dans son propre pays ou dans sa région.

La question des infrastructures culturelles

Plusieurs penseurs africains ont travaillé sur ces questions de circulation et de dépendance culturelle.

L’économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr interroge régulièrement la capacité des sociétés africaines à construire leurs propres modèles culturels et économiques plutôt que de dépendre exclusivement des circuits internationaux hérités de la coopération culturelle.

Achille Mbembe insiste quant à lui sur les enjeux de circulation, de souveraineté culturelle et de production des imaginaires dans les espaces africains contemporains. Derrière les questions artistiques se jouent aussi des questions de représentation et de pouvoir.

Le commissaire et théoricien nigérian Okwui Enwezor analysait déjà le fait que la reconnaissance internationale des artistes africains passait souvent par des institutions extérieures au continent. Cette situation produit une asymétrie durable dans la construction de la valeur artistique.

La curatrice nigériane Bisi Silva soulignait également les difficultés liées à l’absence d’infrastructures critiques et économiques capables de soutenir durablement les scènes artistiques africaines.

Ces réflexions rejoignent une réalité observable dans plusieurs pays : la vitalité artistique ne produit pas automatiquement une économie culturelle structurée.

Comment une scène artistique devient-elle une économie ?

Une scène artistique devient une économie lorsqu’elle dépasse la logique de l’événement ponctuel pour produire une activité continue capable de générer des revenus, des emplois et des circulations professionnelles régulières.

Cela suppose plusieurs maillons complémentaires :

  • formation ;
  • création ;
  • production ;
  • diffusion ;
  • médiation ;
  • documentation ;
  • circulation des œuvres ;
  • et présence de publics.

Dans le secteur chorégraphique, la chaîne de valeur commence dès la formation : écoles, centres chorégraphiques, résidences, laboratoires ou programmes pédagogiques. Elle se poursuit avec la recherche artistique, les répétitions, la dramaturgie, la création musicale, la scénographie ou le travail vidéo.

Vient ensuite la production : administration, contrats, budgets, communication, logistique ou recherche de financements.

Puis intervient la diffusion à travers les festivals, les théâtres, les tournées ou les marchés professionnels.

Enfin, les médias, les archives, les captations, la documentation et les contenus numériques prolongent la vie des œuvres et participent à leur valeur économique et symbolique.

Dans plusieurs contextes africains, certains de ces maillons restent fragiles ou peu structurés, notamment la production et la diffusion.

Les festivals deviennent des quasi-marchés

Face à la faiblesse des réseaux de diffusion, plusieurs festivals africains évoluent progressivement vers des formats hybrides.

Ils ne sont plus uniquement des espaces de représentation artistique. Ils deviennent aussi :

  • des lieux de réseautage ;
  • des plateformes de visibilité ;
  • des espaces de rencontres professionnelles ;
  • des dispositifs de connexion avec des programmateurs ;
  • parfois même des lieux de négociation de tournées.

La récente Biennale de la Danse en Afrique au Sénégal illustre cette évolution avec l’annonce de la présence de 200 programmateurs internationaux et d’espaces professionnels structurés.

Dans des contextes où peu de structures disposent de budgets d’achat suffisants, le festival devient parfois le seul endroit où artistes, producteurs et diffuseurs peuvent réellement se rencontrer.

Mais cette évolution révèle aussi une faiblesse structurelle : l’absence d’un véritable réseau d’acheteurs locaux et régionaux.

Cette transformation des festivals en espaces professionnels se lit déjà dans plusieurs événements culturels africains. Le MASA à Abidjan a installé depuis plusieurs années une logique de marché pour les arts de la scène. La Biennale de la Danse en Afrique, annoncée au Sénégal, revendique la présence de 200 programmateurs internationaux et de 25 compagnies sélectionnées. Des plateformes comme Danse l’Afrique Danse, les Rencontres chorégraphiques ou certains festivals à Bamako, Ouagadougou, Tunis et Marrakech ont également contribué à faire du festival un lieu de repérage, de prescription et parfois de négociation professionnelle.

Le problème central : les acheteurs

Un marché culturel ne peut pas fonctionner uniquement avec des artistes et des festivals. Il nécessite des diffuseurs capables d’acheter des spectacles et de les faire circuler. Or, dans plusieurs pays africains :

  • peu de théâtres disposent de budgets de programmation importants ;
  • les collectivités investissent peu dans les arts vivants ;
  • les tournées nationales restent rares ;
  • les cachets sont souvent faibles et irréguliers.

Le résultat est paradoxal : certains artistes africains tournent davantage en Europe que dans les pays voisins. Cette géographie des circulations influence profondément le secteur :

  • formats de production ;
  • temporalités de création ;
  • réseaux professionnels ;
  • stratégies de visibilité ;
  • parfois même les esthétiques.

Les marchés locaux restent souvent fragiles tandis que la reconnaissance internationale devient un levier de légitimation incontournable.

Mobilité artistique et dépendances structurelles

La mobilité artistique africaine repose encore largement sur les dispositifs internationaux de coopération culturelle. Instituts français, Goethe-Institut, programmes européens, fondations ou dispositifs EUNIC financent aujourd’hui une partie importante des circulations artistiques africaines.

Ces soutiens sont essentiels. Sans eux, de nombreuses créations ne verraient pas le jour. Mais ils produisent également plusieurs déséquilibres :

  • concentration des réseaux vers l’Europe ;
  • difficulté à financer les tournées intra-africaines ;
  • dépendance aux appels à projets ;
  • précarité des compagnies ;
  • adaptation des projets aux attentes des bailleurs.

Les études menées par On the Move, l’UNESCO ou EUNIC montrent que les coûts de visas, les contraintes administratives et les déséquilibres de mobilité structurent profondément les échanges culturels contemporains.

Cette question dépasse la simple logistique. Elle touche aussi aux représentations symboliques. Une programmation dans un festival européen produit souvent une reconnaissance institutionnelle plus forte qu’une circulation régionale pourtant parfois plus pertinente culturellement.

Pourquoi les artistes africains circulent-ils davantage vers l’Europe que sur le continent ?

Les artistes africains circulent souvent davantage vers l’Europe parce que les financements de mobilité, les programmateurs, les résidences et les réseaux de coproduction y sont plus structurés. À l’inverse, les tournées intra-africaines restent freinées par le coût des transports, les visas, le manque de lieux acheteurs et la faiblesse des budgets publics de diffusion.

Pourquoi un festival ne suffit-il pas à créer un marché ?

Un festival ne crée un marché que s’il connecte les artistes à des acheteurs capables de programmer, payer et faire circuler les œuvres après l’événement. Sans contrats, sans tournées et sans suivi professionnel, le festival produit de la visibilité mais pas une économie durable.

Pourquoi certaines villes deviennent-elles des hubs chorégraphiques ?

Toutes les villes africaines ne jouent pas le même rôle dans l’économie chorégraphique du continent. Certaines concentrent progressivement les écoles, festivals, résidences, centres culturels, réseaux diplomatiques et dispositifs de coopération. Mais derrière cette concentration apparaissent des modèles très différents de développement culturel.

Johannesburg s’est imposée grâce à la puissance relative de son économie culturelle privée. La ville bénéficie d’universités structurées, de théâtres mieux équipés, de fondations, d’un marché de l’art plus ancien et d’une capacité plus forte à attirer des investissements culturels. Les compagnies y trouvent davantage d’opportunités de production, même si les inégalités d’accès restent importantes. La danse y est intégrée à une économie créative plus large où se croisent spectacle vivant, mode, audiovisuel et industries musicales.

Dakar s’est construite comme un centre diplomatique et culturel ouest-africain à travers la Biennale de l’art africain contemporain, les réseaux francophones, les instituts culturels étrangers et une longue histoire de centralité intellectuelle. Les festivals y jouent un rôle stratégique de connexion entre artistes africains, programmateurs européens et bailleurs internationaux. Cette concentration produit une forte visibilité symbolique, mais elle repose encore largement sur les infrastructures de coopération internationale.

Kigali représente un modèle plus récent, fortement soutenu par une stratégie étatique de repositionnement international. La culture y participe à la fabrication d’une image de stabilité, d’innovation et d’ouverture. Les événements culturels, les résidences et les infrastructures artistiques s’inscrivent dans une politique plus large d’attractivité territoriale et touristique. La danse devient alors un outil de diplomatie culturelle autant qu’un secteur artistique.

Ouagadougou, de son côté, continue de bénéficier de l’héritage historique du FESPACO et d’un tissu culturel construit depuis les années Sankara autour de l’idée que les arts participent à la souveraineté culturelle. Même dans des contextes économiques fragiles, la ville conserve une densité exceptionnelle de praticiens, de compagnies et de structures indépendantes. Bamako fonctionne davantage comme un espace de création et de laboratoire. Plusieurs initiatives chorégraphiques y ont développé des formes de coopération régionales et internationales malgré la faiblesse des infrastructures de diffusion. La ville attire moins pour ses équipements que pour sa vitalité artistique, ses réseaux humains et sa capacité à produire des espaces d’expérimentation.

Ces différences sont importantes parce qu’elles montrent qu’un hub chorégraphique ne se construit pas uniquement grâce aux artistes. Il dépend aussi :

  • des infrastructures de transport ;
  • de la présence diplomatique ;
  • des politiques publiques ;
  • des réseaux de financement ;
  • des capacités hôtelières ;
  • des dispositifs de mobilité ;
  • et de la circulation des professionnels.

La danse participe alors à la production d’une image urbaine et à des stratégies économiques plus larges. À Marrakech ou Kigali, la culture accompagne directement les politiques d’attractivité internationale. À Dakar, elle renforce un rôle historique de capitale culturelle régionale. À Johannesburg, elle alimente une économie créative déjà fortement connectée aux industries culturelles mondiales.

La professionnalisation produit aujourd’hui ses propres limites

Depuis une quinzaine d’années, une grande partie des financements culturels destinés aux arts vivants africains s’est concentrée sur la professionnalisation : résidences, laboratoires, formations administratives, coaching, masterclass ou accompagnement artistique.

Ces dispositifs ont produit des effets réels. Le niveau de structuration des dossiers artistiques s’est amélioré. Les artistes maîtrisent davantage les mécanismes de coproduction, les outils de diffusion ou les formats internationaux de présentation des projets.

Mais un déséquilibre apparaît progressivement : la formation progresse plus vite que les capacités réelles du marché.

Dans plusieurs pays africains, les artistes sortent aujourd’hui de résidences avec des créations professionnelles, des captations vidéo, des dossiers solides et parfois une visibilité internationale, mais sans réseaux de diffusion capables d’absorber durablement ces productions. Peu de théâtres achètent régulièrement des spectacles. Les tournées nationales restent rares. Les collectivités locales financent peu les arts vivants. Les producteurs spécialisés demeurent peu nombreux.

Cette situation crée une tension structurelle. Beaucoup de festivals deviennent simultanément :

  • des lieux de création ;
  • des espaces de formation ;
  • des plateformes de visibilité ;
  • et parfois les seuls espaces de diffusion disponibles.

Le festival finit alors par remplacer plusieurs maillons absents de la chaîne économique.

Mais cette concentration produit aussi une fragilité. Un artiste peut être visible pendant un festival international sans pour autant disposer d’un véritable marché de tournée derrière cette visibilité. Plusieurs compagnies africaines circulent ainsi de résidence en résidence ou de festival en festival sans stabiliser une économie durable.

Le problème ne réside donc plus uniquement dans le manque de talents ou de compétences. Il réside dans l’absence d’infrastructures de circulation capables de transformer une vitalité artistique en activité économique régulière.

Les marchés internationaux produisent aussi des hiérarchies

La question de la mobilité révèle un autre déséquilibre. Aujourd’hui, plusieurs artistes africains circulent plus facilement vers Bruxelles, Paris ou Berlin que vers Lagos, Nairobi ou Dakar. Les réseaux de mobilité restent largement organisés autour des anciennes géographies de coopération culturelle européenne.

Les Instituts français, le Goethe-Institut, les programmes européens ou les fondations internationales financent une part importante des circulations artistiques africaines. Ces dispositifs sont indispensables. Sans eux, de nombreuses créations ne verraient pas le jour. Mais ils structurent aussi les flux culturels selon des logiques qui ne correspondent pas toujours aux dynamiques continentales africaines.

Les coûts de visas, les difficultés administratives et l’absence de mécanismes régionaux de mobilité limitent fortement les tournées intra-africaines. Il devient parfois moins coûteux pour une compagnie africaine de se rendre en Europe avec un soutien international que d’organiser une circulation régionale autonome.

Cette situation influence progressivement les imaginaires professionnels. Une diffusion à Avignon ou dans un grand festival européen continue souvent de produire davantage de reconnaissance symbolique qu’une circulation régionale africaine. La légitimation artistique passe encore largement par des espaces extérieurs au continent.

C’est précisément là que la question du marché chorégraphique devient politique. Construire un marché africain ne signifie pas seulement produire davantage de spectacles. Cela suppose de construire des mécanismes autonomes de circulation, de financement et de reconnaissance capables de réduire cette dépendance structurelle.

Construire un écosystème plutôt qu’un événement

La structuration d’un marché chorégraphique africain dépendra probablement moins de la création de nouveaux festivals que de la capacité à relier durablement plusieurs éléments : artistes, producteurs, diffuseurs, lieux, médias, écoles, réseaux régionaux, financements et politiques publiques.

La question centrale devient alors celle des flux : comment les œuvres circulent-elles ? Qui les achète ? Qui prend le risque économique de la diffusion ? Quels territoires deviennent capables de produire des tournées ? Quels réseaux médiatiques accompagnent les artistes ? Quels dispositifs permettent de faire émerger des producteurs spécialisés ?

Tant que ces mécanismes resteront faibles, la danse africaine continuera de dépendre principalement des espaces internationaux de validation et de financement.

Le défi actuel n’est donc pas uniquement artistique. Il concerne la capacité des scènes africaines à construire leurs propres infrastructures économiques de circulation, de visibilité et de valeur.

La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

Le samedi 7 février 2026, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ à Bamako a accueilli la première Assemblée Générale de la Fédération des Associations des Danseurs et Chorégraphes du Mali (FADCM). Une rencontre qui a marqué une étape importante dans la structuration du secteur de la danse au Mali.

Professionnels venus de différentes régions, chorégraphes, partenaires culturels, représentants institutionnels et médias ont répondu présents. L’objectif de la journée était de faire un état des lieux lucide du secteur et réfléchir ensemble aux perspectives d’organisation et de reconnaissance.

Un secteur vivant, porté par l’héritage

Pour le chorégraphe Lassina Koné, président de la Fédération, la danse malienne repose aujourd’hui sur un socle solide.

« Nous avons été chanceux d’avoir des devanciers qui ont accompli un travail colossal. Ils ont transmis la danse, mais aussi des valeurs liées à nos territoires au Mali. Grâce à cette transmission, le secteur est aujourd’hui vivant et prêt à aller plus loin. »

Selon lui, le principal enjeu n’est plus l’existence ou la vitalité artistique, mais la structuration. De Kidal à Bamako, les réalités diffèrent. L’Assemblée générale a permis d’identifier les difficultés propres à chaque territoire afin de construire une vision commune.

CP : konexionculture

La Fédération entend désormais porter la voix du secteur auprès des autorités et inscrire la danse dans un cadre institutionnel plus affirmé.

La danse comme espace social et citoyen

Vice-présidente de la FADCM, Kadidja Tiemanta a insisté sur la dimension sociale et inclusive de la discipline.

« La danse crée du lien entre les populations, entre les artistes et la communauté. Elle offre un espace d’expression aux jeunes et aux femmes, leur permettant de gagner en confiance et de s’exprimer librement. »

Au-delà de l’esthétique, la danse devient ainsi un outil de cohésion sociale, un langage commun capable de raconter les histoires des communautés.

Pour elle, la tenue de cette Assemblée générale traduit une certaine maturité du secteur de la danse : « Nous sommes sur une voie de structuration et de professionnalisation. Il s’agit d’accompagner les danseurs vers plus d’organisation et de renforcer l’appui financier, technique et institutionnel. »

Vers un statut pour les danseurs maliens

Les échanges ont également porté sur la question centrale de la mise en place d’un statut profitable aux danseurs maliens. Un chantier structurant qui permettrait de clarifier les conditions d’exercice, de renforcer la reconnaissance professionnelle et de consolider le dialogue avec les pouvoirs publics.

CP : konexionculture

La rencontre s’est déroulée dans un esprit d’unité et de mobilisation. Plusieurs personnalités ont marqué leur présence, notamment Alioune Ifra Ndiaye directeur du Blonba, Mamountou Koné chef du département danse du Conservatoire ou encore Abdoulaye Mangane professeur au Conservatoire. Le soutien du Palais de la Culture, du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme aux coté des nombreuses structures partenaires a été salué par les organisateurs.

Les délégations venues de l’intérieur du pays ont également renforcé la dimension nationale de cette rencontre. À travers cette première Assemblée générale, la FADCM souhaite parler d’une seule voix et inscrire durablement la danse dans le paysage institutionnel et professionnel malien.

Dans un contexte où les industries culturelles et créatives cherchent à se structurer davantage en Afrique de l’Ouest, cette dynamique pourrait constituer un tournant pour les arts vivants au Mali.

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

Le Fari Foni Waati est un des plus grands rendez-vous de la danse contemporaine en Afrique. Pour sa dixième édition, en 2026, le festival a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité. Depuis ses débuts le FFW célèbre une danse contemporaine pensée comme un outil de recherche, de transmission et de professionnalisation. Un festival au plus près des réalités du terrain.

Initialement conçu le festival est prévu pour se déployer sur trois semaines. Mais cette année, dû à des contraintes diverses et difficiles, le projet a été ramené à une durée à deux semaines du 12 au 24 janvier 2026. L’essentiel n’a pourtant pas été sacrifié. Le principe fondateur a été maintenu. Deux semaines de laboratoires intensifs, menés avec 19 jeunes artistes sélectionnés sur appel à candidatures au Mali et d’autres pays africains, suivies d’un temps de festival ouvert au public. Une architecture exigeante, rarement maintenue avec une telle constance dans la région.

Les laboratoires comme colonne vertébrale

Les laboratoires constituent le cœur battant du Fari Foni Waati. Pensés à chaque édition pour porter une ADN spécifique, ils sont définis par la direction artistique, aujourd’hui assurée par Romain Christian Kossa. Très prisés, ces laboratoires représentent pour de nombreux jeunes chorégraphes un passage déterminant, souvent décisif dans la construction de leur parcours professionnel.

Romain Christian Kossa – CP : Aloupy

Pour cette édition anniversaire, les laboratoires ont été dirigés par trois figures majeures de la création contemporaine : la chorégraphe Naomi Fall, fondatrice du festival, Ahlam El Morsli, cofondatrice et codirectrice des Rencontres chorégraphiques de Casablanca, et le dramaturge Étienne Minoungou, figure incontournable de la scène africaine contemporaine et fondateur des Récréâtrales.

La présence de ce dernier constitue d’ailleurs l’une des particularités marquantes de cette édition : l’ouverture pleinement assumée de la danse à d’autres disciplines, notamment le théâtre. Cette hybridation s’est incarnée dans un laboratoire conduit par Étienne Minoungou en collaboration avec le chorégraphe malien Lassina Donkébaga Koné. Ensemble, ils ont travaillé avec les jeunes interprètes sur la friction entre corps, parole, geste et pensée, donnant naissance à Tourner la face au Soleil, une proposition collective nourrie des textes de Felwine Sarr, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau.

Des créations qui interrogent le présent

En plus de Tourner la face au Soleil, les plateaux FFW, dédiés à la restitution des créations issues des laboratoires, ont donné à voir deux autres propositions portées par les chorégraphes Naomi Fall et Ahlam El Morsli. Deux formes distinctes, mais animées par une même exigence : interroger le présent, l’instant et la force de ce qui advient sur scène.

À la lisière, porté par Naomi Fall, a marqué les esprits par la délicatesse de son écriture chorégraphique. Issu d’un processus de recherche de deux semaines, le spectacle explore les états de présence, les failles et les résonances intimes des interprètes (Bakary Diabaté (Bouki), Bonaventure C. Sossou, Victoria Ojiayo, Ousmane Diallo, Bigué Ndiaye et Daffa Dagnioko) dans une attention constante au monde environnant.

A la lisère, Plateau FFW de Naomi Fall – CP : Aloupy

Face à Face, transmission menée par Ahlam El Morsli à partir de son œuvre originale avec la Cie Col’jam, interroge frontalement les normes sociales et culturelles. Interprété par Ayanou Hodemissi, Labarest Anoura Aya Larissa, Djagba Marie-Rose, Ana Aida Koné, Moussa Dabo, Koné Alou et Ouedraogo Hortence, le spectacle explore la puissance des corps féminins face aux rapports de domination, avec une intensité rare et sans concession.

Professionnalisation et coopération internationale

Fidèle à sa vocation formatrice, le festival a initié un important volet de masterclasses, dispensées cette année par des artistes venus d’Espagne dans le cadre de la coopération espagnole. La Compagnie Marco Vargas & Chloé Brûlé, ainsi que le chorégraphe ivoirien Oulouy, résident en Espagne, ont partagé leurs pratiques et leurs expériences avec les participants.

Ces temps de transmission se sont ensuite prolongés sur scène, avec la présentation de Naufrage universel par Marco Vargas et Chloé Brûlé, et de Black par Oulouy de Africa Moment, deux œuvres intégrées à la programmation officielle. Une manière cohérente, pour le festival, d’ouvrir sa scène à des créations internationales tout en renforçant les dynamiques de coopération avec l’Espagne.

Marco Vargas & Chloé Brûlé dans Naufrage Universel – CP : AKD

Oulouy dans Black – CP : AKD

Sur le plan international, cette dixième édition a également été marquée par une soirée-cocktail organisée le 21 janvier à la Résidence de l’Ambassadrice de l’Union européenne au Mali. Pensée comme un prélude à la phase festival, cette rencontre a donné lieu à plusieurs prises de parole engagées, dans un contexte où la culture peine parfois à conserver sa place parmi les priorités de la coopération internationale au Mali.

Patricia Gómez Lanzaco, Première Conseillère de l’Ambassade l’Espagne au Mali et Bettina Muscheidt ambassadrice de l’UE au Mali.
La soirée a vu la présentation de Puzzle , une performance de Christian Kossa. CP : AKD

Diplomates, acteurs économiques et professionnels de la culture étaient réunis à cette occasion. La directrice générale du Fari Foni Waati, prenant la parole à la suite de Bettina Muscheidt, a rappelé le soutien constant de l’Union européenne depuis 2023, dans le cadre du programme Voix des Jeunes, à travers le projet « DCQ engagé pour la professionnalisation et la création d’opportunités dans le secteur des arts vivants au Mali ».

Kadidja Tiemanta, Directrice du Festival – CP : AKD

Elle a surtout appelé les acteurs de la coopération à ne pas mettre la culture en pause, invitant à considérer les artistes et leurs pratiques non comme des variables d’ajustement, mais comme une économie à part entière et des partenaires essentiels des projets de développement. La soirée a vu la présentation de Puzzle D, une performance de Christian Kossa.

Un festival ancré dans la communauté

Au-delà des plateaux chorégraphiques, la programmation locale a conservé toute sa place avec la Compagnie Nama, référence majeure de l’art de la marionnette au Mali, dirigée par Yacouba Magassouba. D’année en année, le spectacle de marionnettes gagne en ampleur et en inventivité… puise dans la richesse des talents des artistes et dans un répertoire de contes locaux dont la vitalité ne se dément pas.

L’exposition-installation performative D’où la lumière jaillit portée par Naomi Fall, Nolwenn PETERSEMMITT et Awa KEBE a, quant à elle, proposé au public une expérience sensible autour des questions de santé mentale, confirmant l’attention constante du festival aux enjeux sociaux contemporains.

CP : ALoupy

Cette édition a accueilli près d’une centaine d’artistes (danseur·se·s, chorégraphes, dramaturges, musicien·ne·s et performeur·se·s ) et a rassemblé plus de 1 400 spectateurs. Le public du Fari Foni Waati demeure majoritairement jeune, souvent enfant, et profondément acquis à la danse contemporaine. Une fidélité construite dans le temps, grâce à un travail patient d’ancrage territorial et de médiation culturelle.

Une fidélité que les organisateurs entendent préserver lors de la 11ᵉ édition, qui adoptera un nouveau format et se tiendra du 12 octobre 2026 au 24 janvier 2027, dans un même esprit de continuité, aussi bien envers le public qu’envers les partenaires du festival.

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

En 2025, la mode africaine a consolidé ses positions. D’un continent longtemps perçu comme réservoir d’inspirations, l’Afrique est devenue un espace stratégique où se redéfinissent les équilibres entre création, industrie et diplomatie culturelle. Une série de rendez-vous majeurs a dessiné une cartographie plus lisible d’un secteur en mutation, porté par des capitales aux identités affirmées.

À l’Ouest, Lagos Fashion Week s’est imposée comme le centre de gravité continental. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a confirmé la maturité d’un écosystème capable d’articuler esthétique, durabilité et accès au marché. Lagos n’est plus seulement une vitrine créative : elle est devenue un laboratoire observé par les grandes plateformes internationales, où la mode se pense aussi comme industrie et solution.

À Dakar, la continuité a fait figure de méthode. Fondée en 2002, la Dakar Fashion Week a poursuivi son travail de fond : accompagnement des créateurs, scénographies ancrées dans l’espace public, et usage assumé de la mode comme outil de dialogue culturel. Le défi reste économique, mais la légitimité acquise place Dakar parmi les plateformes africaines les plus respectées à l’international.

À Bamako, le Mali Mode Show  est devenu la Biennale Africaine de la Mode, et en s’est déployé sur tout le mois de novembre, l’événement a privilégié l’ancrage territorial et le récit culturel. Ici, la mode s’écrit à partir des savoir-faire, du patrimoine textile et de la ville elle-même. Moins tournée vers l’effet immédiat que vers la construction d’un imaginaire durable, la plateforme malienne affirme une autre temporalité de la reconnaissance.

À l’international, Paris a continué de jouer un rôle de caisse de résonance. Africa Fashion Up a consolidé son positionnement comme passerelle entre créateurs africains, diaspora et grandes institutions européennes. Formation, visibilité et débouchés commerciaux y sont pensés comme un continuum, non comme une fin en soi.

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week, à Addis-Abeba, a rappelé une évidence : sans industrie, pas de souveraineté créative. En réunissant fabricants, acheteurs et investisseurs, l’ASFW a confirmé que l’avenir de la mode africaine se jouera aussi dans les usines, les chaînes logistiques et les accords commerciaux.

Enfin, à Kampala, l’Afri Art Fashion Show a illustré l’émergence de nouveaux pôles en Afrique de l’Est, misant sur la formation, la reconnaissance institutionnelle et la jeunesse comme leviers de transformation.

Pris ensemble, ces événements racontent une même bascule : la mode africaine n’est plus un récit unique, mais un champ de forces. En 2025, le continent a cessé d’être un simple sujet pour devenir un acteur structurant des conversations mondiales sur la création, l’économie et la culture.

FOCUS

Lagos Fashion Week, centre de gravité continental

Plus de 60 designers, 15 000 visiteurs

Du 29 octobre au 2 novembre, Lagos Fashion Week a confirmé son rôle de pivot. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a illustré la maturité d’un écosystème capable d’articuler création, durabilité et accès au marché. Défilés, programmes de formation et débats ont consolidé une vision où l’esthétique s’accompagne d’une réflexion sur la production responsable et la structuration de l’industrie. Plus qu’un rendez-vous créatif, Lagos s’impose désormais comme un laboratoire à ciel ouvert, observé bien au-delà du continent.

Dakar Fashion Week, dans la continuité

Fondée en 2002 par Adama Paris, la Dakar Fashion Week reste l’une des plateformes les plus durables du paysage africain. L’édition 2025, prévue du 3 au 7 décembre, s’inscrit dans une trajectoire assumée : innovation durable, scénographies ancrées dans l’espace public et usage de la mode comme outil de diplomatie culturelle. Le défi demeure toutefois économique : transformer une reconnaissance internationale solide en infrastructures de production et de distribution capables d’assurer des revenus pérennes aux créateurs.

Bamako, la Biennale Africaine de la Mode

Avec sa cinquième édition devenue biennale, le Mali Mode Show a proposé en 2025 un modèle singulier dans le paysage de la mode africaine. Déployé sur l’ensemble du mois de novembre, l’événement a investi la ville à travers une programmation plurielle mêlant exposition, défilés, afterworks, soirées privées et des balades sur le fleuve Niger, pour un public d’amateurs de mode, de passionnés et de professionnels, tous engagés dans une même volonté de création et de transmission.

Au total, plus de 3 000 personnes ont participé aux différentes activités. L’édition a mobilisé une quarantaine de partenaires institutionnels, médiatiques et technique, organisé deux grandes soirées de défilés avec  80 mannequins sur les podium et 30 stylistes.

Placée sous le thème « Incarnez l’héritage », cette édition a ouvert une réflexion de fond sur la place du patrimoine textile et des savoir-faire dans les aspirations des créateurs, et sur leur capacité à réinventer l’avenir sans rompre avec leurs racines. Cette vision s’est incarnée au cœur de l’événement avec l’exposition « Afrique Bleue, histoires tissées en indigo », installée au Musée national du Mali, un symbole fort qui a inscrit durablement le Mali Mode Show dans le champ patrimonial et muséal.

Moins tourné vers la recherche d’une visibilité immédiate que vers la consolidation d’un récit national, le Mali Mode Show s’affirme ainsi comme un outil de soft power culturel en construction, fondé sur la transmission, l’inclusion et le temps long.

Dans cette même dynamique, un défilé inclusif, organisé en partenariat avec l’UNICEF, a mis en lumière des personnes vivant avec différents handicaps, habillées par une dizaine de stylistes maliens. Ce partenariat s’est également traduit par des actions en direction de la jeunesse, notamment un atelier autour de l’indigo, animé par Moussa Bagayoko, affirmant la vocation éducative et sociale de l’événement.

Paris comme caisse de résonance

À l’international, Africa Fashion Up a poursuivi son rôle de passerelle. En réunissant à Paris des créateurs du continent et de la diaspora, le programme fondé par Valérie Ka articule formation d’excellence, visibilité médiatique et débouchés commerciaux. Le défilé du 26 juin 2025 et le pop-up Africa Now aux Galeries Lafayette ont illustré une stratégie claire : inscrire la mode africaine dans les circuits internationaux sans la dissoudre dans une esthétique standardisée.

Addis-Abeba, le cœur industriel

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week s’est imposée comme le baromètre économique du secteur. Avec 189 exposants venus de 22 pays et plus de 4 300 visiteurs professionnels, l’édition 2025 a mis en lumière les enjeux clés : industrialisation, compétitivité, durabilité. Ici, la mode se lit moins comme spectacle que comme chaîne de valeur, reliant matières premières, technologies et marchés internationaux.

Afrique de l’Est et Afrique australe, nouvelles dynamiques

À Kampala, l’Afri Art Fashion Show a franchi un seuil en devenant un festival d’une semaine, mêlant formation, exposition et reconnaissance institutionnelle à travers ses prix. En Afrique du Sud, la pause stratégique annoncée par la South Africa Fashion Week témoigne, à l’inverse, des tensions structurelles qui traversent les modèles traditionnels des semaines de la mode, confrontées à la montée du digital et du direct-to-consumer.

En pleine tourmente, Bamako célèbre l’audace et la résistance : l’exception Mali Mode Show

En pleine tourmente, Bamako célèbre l’audace et la résistance : l’exception Mali Mode Show

Bamako n’a jamais cessé d’être une ville paradoxale : fragile et vibrante, éprouvée et inventive. Depuis le 1er novembre, ce paradoxe a pris des airs de défi assumé. Dans une capitale en proie aux inquiétudes, le Mali Mode Show, désormais biennale, s’est ouvert avec une assurance qui relève presque du manifeste. Car parler de mode aujourd’hui au Mali, c’est toucher aux tensions du réel, c’est se placer au croisement de la culture, de la diplomatie et de la résilience collective.

Ibrahim Guindo, Commissaire Général du Mali Mode Show, dans son discours inaugural. ©H-PICTURE

Une biennale lancée au cœur d’un moment critique

Depuis plusieurs semaines, la ville vit sous tension. Les attaques contre des convois de carburant ont engendré une pénurie sévère, qui a désorganisé la vie quotidienne jusque dans ses mécanismes les plus basiques. La crise n’a pas seulement touché les stations-service : elle a gelé les mobilités, paralysé les prestataires, renchéri les denrées, fragilisé les chaînes logistiques. Dans cet état d’incertitude, les rumeurs de blocus ont prospéré, amplifiées par la menace sécuritaire. L’appel lancé par certaines ambassades à leurs ressortissants a contribué à installer une atmosphère de crainte diffuse.

Et pourtant, dans ce chaos, c’est une cérémonie lumineuse qui s’est tenue à Bamako. Sous le haut patronage du Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme de la République du Mali, Mamou Daffé, et avec le soutien affirmé de l’Ambassade d’Espagne, la biennale a convoqué plus d’une dizaine de représentations diplomatiques, démontrant que la mode, au Mali, reste un espace stratégique : un territoire de représentation, de dialogue et d’engagement.

Une partie des officiels présents, dont le Ministre de la culture et l’ambassadeur d’Espagne au Mali et Burkina Faso. (© H-Picture)

Une salle comble, une scène plurielle et l’énergie d’un pays debout

L’ouverture du Mali Mode Show a été un moment rare : un public attentif et un ballet continu de personnalités du monde de la culture, du lifestyle, des affaires et de la diplomatie. Plus de soixante médias, photographes et créateurs de contenus étaient accrédités. Une affluence qui démentait toutes les craintes.

La portée artistique de la cérémonie doit beaucoup au moment phare de la soirée : le spectacle Les gestes de l’héritage, imaginé par Jean Kassim et l’association espagnole Mama Africa. Ce tableau scénique, pensé comme un tissage d’expressions, a incarné avec finesse le dialogue entre tradition et contemporanéité.

Lassina Koné dans Geste de l'Héritage de JK Dressing et Mama Africa

Slam, musique live, chorégraphies habitées et défilé de créations en indigo signées JK Design et Mama Africa ont composé un ensemble d’une cohérence visuelle et émotionnelle rare. La scène musicale réunissait la DJ et musicienne Amy Dian et la chanteuse Anna Diabaté, tandis qu’un casting improbable et captivant défilait : la dramaturge Jeanne Diama, égérie de cette édition ; le rappeur Cvcha ; la plasticienne Sacha Alexandra ; le maître marionnettiste Yaya Koulibaly ; le chorégraphe Lassy Koné, dit Donkebaga ; et Jean Kassim lui-même. L’ensemble formait une mosaïque d’identités artistiques dont l’intensité a transcendé les frontières habituelles entre disciplines.

La diplomatie culturelle en action : l’exemple de l’Espagne

L’un des traits marquants de cette édition est l’ampleur de la collaboration internationale, incarnée par l’Ambassade d’Espagne. Dès l’ouverture, les mots de Ibrahim Guindo, dit Akim Soul, coordinateur général du MMS et du représentant de la délégation espagnole ont rappelé l’ancrage de cette relation bilatérale, qui se traduit dans des actions tangibles : formations, ateliers, accompagnement, et surtout la remarquable exposition Afrique Bleu – Histoires tissées en indigo.

L'ambassadeur d'Espagne au Mali; Antonio Guillén Hidalgo.
Discours de l’ambassadeur d’Espagne au Mali, Antonio Guillén Hidalgo. (© Xavier Thera )

Cette exposition itinérante, passée par le Nigéria et l’Espagne Madrid, trouve à Bamako un écrin singulier.

Le public a également apprécié le photocall monumental signé Aminata Diallo, architecte et fille du grand designer Cheick Diallo, Président d’honneur de la biennale. Le geste architectural, à la fois sobre et monumental, a été unanimement salué.

Une biennale qui s’ouvre, se déploie et transforme la ville

Depuis son lancement le 1er novembre, la biennale sillonne la ville, occupe des lieux symboliques, investit les espaces professionnels et naturels :

  • formations à l’Ambassade d’Espagne
  • rencontres et afters
  • lancement des « Dimanches du ZemeBa »

Le ZemeBa, emblématique bateau du Niger, devient un symbole flottant : un espace de liberté, de pensée et de transmission, en rupture avec l’atmosphère de tension qui caractérise la ville.

Un acte de résistance culturelle

S’il ne fallait retenir qu’une chose de cette édition, ce serait la conviction intime que la création peut tenir debout au milieu de la tempête. Que la culture n’annule pas la crise, mais qu’elle offre un espace pour la penser, la traverser, lui opposer un récit vivant.

Dans un Bamako troublé, le Mali Mode Show apparaît comme un acte de résistance, calme, élégant, profondément enraciné, qui embrasse la tradition sans renoncer à la modernité. Une biennale qui continue jusqu’au 30 novembre, et qui réaffirme une vérité essentielle : lorsque la société vacille, la culture fait tenir l’âme.