Select Page
La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

Le samedi 7 février 2026, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ à Bamako a accueilli la première Assemblée Générale de la Fédération des Associations des Danseurs et Chorégraphes du Mali (FADCM). Une rencontre qui a marqué une étape importante dans la structuration du secteur de la danse au Mali.

Professionnels venus de différentes régions, chorégraphes, partenaires culturels, représentants institutionnels et médias ont répondu présents. L’objectif de la journée était de faire un état des lieux lucide du secteur et réfléchir ensemble aux perspectives d’organisation et de reconnaissance.

Un secteur vivant, porté par l’héritage

Pour le chorégraphe Lassina Koné, président de la Fédération, la danse malienne repose aujourd’hui sur un socle solide.

« Nous avons été chanceux d’avoir des devanciers qui ont accompli un travail colossal. Ils ont transmis la danse, mais aussi des valeurs liées à nos territoires au Mali. Grâce à cette transmission, le secteur est aujourd’hui vivant et prêt à aller plus loin. »

Selon lui, le principal enjeu n’est plus l’existence ou la vitalité artistique, mais la structuration. De Kidal à Bamako, les réalités diffèrent. L’Assemblée générale a permis d’identifier les difficultés propres à chaque territoire afin de construire une vision commune.

CP : konexionculture

La Fédération entend désormais porter la voix du secteur auprès des autorités et inscrire la danse dans un cadre institutionnel plus affirmé.

La danse comme espace social et citoyen

Vice-présidente de la FADCM, Kadidja Tiemanta a insisté sur la dimension sociale et inclusive de la discipline.

« La danse crée du lien entre les populations, entre les artistes et la communauté. Elle offre un espace d’expression aux jeunes et aux femmes, leur permettant de gagner en confiance et de s’exprimer librement. »

Au-delà de l’esthétique, la danse devient ainsi un outil de cohésion sociale, un langage commun capable de raconter les histoires des communautés.

Pour elle, la tenue de cette Assemblée générale traduit une certaine maturité du secteur de la danse : « Nous sommes sur une voie de structuration et de professionnalisation. Il s’agit d’accompagner les danseurs vers plus d’organisation et de renforcer l’appui financier, technique et institutionnel. »

Vers un statut pour les danseurs maliens

Les échanges ont également porté sur la question centrale de la mise en place d’un statut profitable aux danseurs maliens. Un chantier structurant qui permettrait de clarifier les conditions d’exercice, de renforcer la reconnaissance professionnelle et de consolider le dialogue avec les pouvoirs publics.

CP : konexionculture

La rencontre s’est déroulée dans un esprit d’unité et de mobilisation. Plusieurs personnalités ont marqué leur présence, notamment Alioune Ifra Ndiaye directeur du Blonba, Mamountou Koné chef du département danse du Conservatoire ou encore Abdoulaye Mangane professeur au Conservatoire. Le soutien du Palais de la Culture, du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme aux coté des nombreuses structures partenaires a été salué par les organisateurs.

Les délégations venues de l’intérieur du pays ont également renforcé la dimension nationale de cette rencontre. À travers cette première Assemblée générale, la FADCM souhaite parler d’une seule voix et inscrire durablement la danse dans le paysage institutionnel et professionnel malien.

Dans un contexte où les industries culturelles et créatives cherchent à se structurer davantage en Afrique de l’Ouest, cette dynamique pourrait constituer un tournant pour les arts vivants au Mali.

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

Le Fari Foni Waati est un des plus grands rendez-vous de la danse contemporaine en Afrique. Pour sa dixième édition, en 2026, le festival a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité. Depuis ses débuts le FFW célèbre une danse contemporaine pensée comme un outil de recherche, de transmission et de professionnalisation. Un festival au plus près des réalités du terrain.

Initialement conçu le festival est prévu pour se déployer sur trois semaines. Mais cette année, dû à des contraintes diverses et difficiles, le projet a été ramené à une durée à deux semaines du 12 au 24 janvier 2026. L’essentiel n’a pourtant pas été sacrifié. Le principe fondateur a été maintenu. Deux semaines de laboratoires intensifs, menés avec 19 jeunes artistes sélectionnés sur appel à candidatures au Mali et d’autres pays africains, suivies d’un temps de festival ouvert au public. Une architecture exigeante, rarement maintenue avec une telle constance dans la région.

Les laboratoires comme colonne vertébrale

Les laboratoires constituent le cœur battant du Fari Foni Waati. Pensés à chaque édition pour porter une ADN spécifique, ils sont définis par la direction artistique, aujourd’hui assurée par Romain Christian Kossa. Très prisés, ces laboratoires représentent pour de nombreux jeunes chorégraphes un passage déterminant, souvent décisif dans la construction de leur parcours professionnel.

Romain Christian Kossa – CP : Aloupy

Pour cette édition anniversaire, les laboratoires ont été dirigés par trois figures majeures de la création contemporaine : la chorégraphe Naomi Fall, fondatrice du festival, Ahlam El Morsli, cofondatrice et codirectrice des Rencontres chorégraphiques de Casablanca, et le dramaturge Étienne Minoungou, figure incontournable de la scène africaine contemporaine et fondateur des Récréâtrales.

La présence de ce dernier constitue d’ailleurs l’une des particularités marquantes de cette édition : l’ouverture pleinement assumée de la danse à d’autres disciplines, notamment le théâtre. Cette hybridation s’est incarnée dans un laboratoire conduit par Étienne Minoungou en collaboration avec le chorégraphe malien Lassina Donkébaga Koné. Ensemble, ils ont travaillé avec les jeunes interprètes sur la friction entre corps, parole, geste et pensée, donnant naissance à Tourner la face au Soleil, une proposition collective nourrie des textes de Felwine Sarr, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau.

Des créations qui interrogent le présent

En plus de Tourner la face au Soleil, les plateaux FFW, dédiés à la restitution des créations issues des laboratoires, ont donné à voir deux autres propositions portées par les chorégraphes Naomi Fall et Ahlam El Morsli. Deux formes distinctes, mais animées par une même exigence : interroger le présent, l’instant et la force de ce qui advient sur scène.

À la lisière, porté par Naomi Fall, a marqué les esprits par la délicatesse de son écriture chorégraphique. Issu d’un processus de recherche de deux semaines, le spectacle explore les états de présence, les failles et les résonances intimes des interprètes (Bakary Diabaté (Bouki), Bonaventure C. Sossou, Victoria Ojiayo, Ousmane Diallo, Bigué Ndiaye et Daffa Dagnioko) dans une attention constante au monde environnant.

A la lisère, Plateau FFW de Naomi Fall – CP : Aloupy

Face à Face, transmission menée par Ahlam El Morsli à partir de son œuvre originale avec la Cie Col’jam, interroge frontalement les normes sociales et culturelles. Interprété par Ayanou Hodemissi, Labarest Anoura Aya Larissa, Djagba Marie-Rose, Ana Aida Koné, Moussa Dabo, Koné Alou et Ouedraogo Hortence, le spectacle explore la puissance des corps féminins face aux rapports de domination, avec une intensité rare et sans concession.

Professionnalisation et coopération internationale

Fidèle à sa vocation formatrice, le festival a initié un important volet de masterclasses, dispensées cette année par des artistes venus d’Espagne dans le cadre de la coopération espagnole. La Compagnie Marco Vargas & Chloé Brûlé, ainsi que le chorégraphe ivoirien Oulouy, résident en Espagne, ont partagé leurs pratiques et leurs expériences avec les participants.

Ces temps de transmission se sont ensuite prolongés sur scène, avec la présentation de Naufrage universel par Marco Vargas et Chloé Brûlé, et de Black par Oulouy de Africa Moment, deux œuvres intégrées à la programmation officielle. Une manière cohérente, pour le festival, d’ouvrir sa scène à des créations internationales tout en renforçant les dynamiques de coopération avec l’Espagne.

Marco Vargas & Chloé Brûlé dans Naufrage Universel – CP : AKD

Oulouy dans Black – CP : AKD

Sur le plan international, cette dixième édition a également été marquée par une soirée-cocktail organisée le 21 janvier à la Résidence de l’Ambassadrice de l’Union européenne au Mali. Pensée comme un prélude à la phase festival, cette rencontre a donné lieu à plusieurs prises de parole engagées, dans un contexte où la culture peine parfois à conserver sa place parmi les priorités de la coopération internationale au Mali.

Patricia Gómez Lanzaco, Première Conseillère de l’Ambassade l’Espagne au Mali et Bettina Muscheidt ambassadrice de l’UE au Mali.
La soirée a vu la présentation de Puzzle , une performance de Christian Kossa. CP : AKD

Diplomates, acteurs économiques et professionnels de la culture étaient réunis à cette occasion. La directrice générale du Fari Foni Waati, prenant la parole à la suite de Bettina Muscheidt, a rappelé le soutien constant de l’Union européenne depuis 2023, dans le cadre du programme Voix des Jeunes, à travers le projet « DCQ engagé pour la professionnalisation et la création d’opportunités dans le secteur des arts vivants au Mali ».

Kadidja Tiemanta, Directrice du Festival – CP : AKD

Elle a surtout appelé les acteurs de la coopération à ne pas mettre la culture en pause, invitant à considérer les artistes et leurs pratiques non comme des variables d’ajustement, mais comme une économie à part entière et des partenaires essentiels des projets de développement. La soirée a vu la présentation de Puzzle D, une performance de Christian Kossa.

Un festival ancré dans la communauté

Au-delà des plateaux chorégraphiques, la programmation locale a conservé toute sa place avec la Compagnie Nama, référence majeure de l’art de la marionnette au Mali, dirigée par Yacouba Magassouba. D’année en année, le spectacle de marionnettes gagne en ampleur et en inventivité… puise dans la richesse des talents des artistes et dans un répertoire de contes locaux dont la vitalité ne se dément pas.

L’exposition-installation performative D’où la lumière jaillit portée par Naomi Fall, Nolwenn PETERSEMMITT et Awa KEBE a, quant à elle, proposé au public une expérience sensible autour des questions de santé mentale, confirmant l’attention constante du festival aux enjeux sociaux contemporains.

CP : ALoupy

Cette édition a accueilli près d’une centaine d’artistes (danseur·se·s, chorégraphes, dramaturges, musicien·ne·s et performeur·se·s ) et a rassemblé plus de 1 400 spectateurs. Le public du Fari Foni Waati demeure majoritairement jeune, souvent enfant, et profondément acquis à la danse contemporaine. Une fidélité construite dans le temps, grâce à un travail patient d’ancrage territorial et de médiation culturelle.

Une fidélité que les organisateurs entendent préserver lors de la 11ᵉ édition, qui adoptera un nouveau format et se tiendra du 12 octobre 2026 au 24 janvier 2027, dans un même esprit de continuité, aussi bien envers le public qu’envers les partenaires du festival.

Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Le festival Fari Foni Waati (FFW) vient de lancer son appel à candidatures pour sa 10ᵉ édition, prévue en janvier 2026. Dix ans après sa création, ce rendez-vous majeur de la scène chorégraphique africaine continue de tracer un chemin singulier, entre ancrage populaire et rayonnement international.

Une fabrique vivante de la danse contemporaine

Créé en 2017 par la chorégraphe Naomi Fall, le FFW – “Le temps des corps en mouvement” en bambara, est devenu au fil des ans un temps d’expérimentation, de transmission et de structuration porté par l’association De Ceux Qui (DCQ), basée à Bamako. Depuis ses débuts, le festival a su faire émerger une nouvelle génération d’artistes à l’écoute de leur temps, attentifs aux mutations sociales et culturelles du continent.

Au cœur de son dispositif, les laboratoires chorégraphiques rassemblent chaque année une vingtaine de jeunes danseurs africains ou résidents sur le continent, encadrés par trois chorégraphes invités. Ensemble, ils construisent, pendant trois semaines, des pièces collectives qui seront présentées au public lors du Grand Festival, dans les rues de Bacodjicoroni et au Centre culturel BlonBa. Une manière forte d’inscrire la danse dans les territoires et de valoriser la rencontre avec des publics multiples.

Temps d'échange "Grin" durant le FFW 2025.

2026 : “L’année de l’audace et de la transmission”

L’édition 2026 sera placée sous ce thème fédérateur. Pour sa 10ème édition, le FFW veut célébrer son histoire tout en ouvrant une nouvelle page. L’enjeu ? Renforcer les ponts intergénérationnels, encourager les croisements entre disciplines artistiques et inscrire plus profondément encore la danse contemporaine dans le dialogue avec les enjeux de société : écologie, genre, inclusion, justice sociale.

Sans encore dévoiler les noms des chorégraphes invités, l’équipe annonce des figures reconnues et engagées, et promet une édition marquée par l’ouverture et l’excellence. La direction exécutive du FFW est aujourd’hui assurée par une nouvelle génération d’acteurs culturels : Kadidja Tiemanta (directrice générale), Kossa Christian (direction artistique et technique) et Wilfried Sanwidi (production, administration et développement), avec l’appui de Bamory Samaké, coordinateur général.

Un appel à tous les jeunes danseurs du continent

L’appel à candidatures s’adresse aux danseurs professionnels ou en voie de professionnalisation, résidant en Afrique, avec une expérience en danse contemporaine ou en danses traditionnelles et urbaines. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 août 2025 à 23h59 GMT.

Ce processus de sélection passe désormais par un formulaire unique en ligne, avec un dossier simplifié (biographie, lettre de motivation, CV, vidéo de performance, photo professionnelle, etc.). Un webinaire d’information est également prévu le 11 août 2025 à 10h GMT, en français.

Communiqué de presse

De Bamako à l’Afrique entière, un souffle de création

Avec le soutien de partenaires historiques comme BlonBa (Wakloni) et l’engagement croissant du tissu artistique local, le Fari Foni Waati s’inscrit dans un contexte fertile. La récente création de la Fédération malienne des professionnels de la danse marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur, portée par la mobilisation des artistes eux-mêmes. Dans cette dynamique, le FFW affirme plus que jamais son rôle de catalyseur : pour les talents émergents, les pédagogues, les programmateurs, et pour toutes celles et ceux qui considèrent la danse comme un levier de transformation et d’émancipation.

Basée à Bamako, l’association De Ceux Qui (DCQ) œuvre depuis 2016 à la promotion et à l’organisation des arts vivants au Mali, avec un engagement fort pour la danse contemporaine. À travers le festival-laboratoire Fari Foni Waati, projet emblématique de son action, DCQ a su créer un espace pérenne de recherche, de création et de diffusion, réunissant chaque année des artistes du Mali et d’autres horizons autour d’une démarche exigeante, inclusive et ouverte aux publics.

Au-delà du festival, l’association développe des programmes pédagogiques, des dispositifs de professionnalisationpour les jeunes artistes, et multiplie les initiatives visant à faire des arts vivants un outil d’engagement citoyen, d’innovation sociale et de dialogue entre les territoires.

William Diarrassouba : “Danser, c’est affirmer qu’on est vivant”

William Diarrassouba : “Danser, c’est affirmer qu’on est vivant”

Chorégraphe et performeur ivoirien, William Diarrassouba est de ceux qui avancent avec la foi du bâtisseur. Chaque pas de danse, chaque création, chaque geste est un manifeste. Il construit une œuvre à la fois enracinée et tournée vers l’avenir, avec la certitude que la danse est un moteur de transformation.

D’une dalle familiale à une compagnie reconnue

Danseur, chorégraphe, enseignant et délégué régional de la Fédération Ivoirienne de Danse, William Diarrassouba — de son nom complet Diarrassouba Ibrahim William — incarne l’énergie, la résilience et la vision d’une génération d’artistes africains qui construisent un art à la fois enraciné et contemporain. Son aventure commence par un déclic : le décès de Michael Jackson en 2009. Fasciné par les clips du roi de la pop, William se met à danser sur une dalle chez lui, à Abidjan. À l’époque, il ne le sait pas encore, mais cette dalle deviendra la fondation invisible d’un parcours d’excellence.

En 2012, il passe avec succès un test d’entrée dans un groupe de danse hip-hop. À leurs côtés, il rafle les compétitions, notamment le Malta Street Dance à San Pedro, avant de remporter la finale nationale à Abidjan. Le milieu artistique s’ouvre à lui. En 2016, c’est une nouvelle étape : il intègre l’INSAAC, temple de formation artistique ivoirien, pour une maîtrise en danse. Il y explore les styles classique, traditionnel, contemporain et de salon. Sa polyvalence devient sa signature.

Entre 2017 et 2024, il rejoint la compagnie Tuwani Ofrititi, en devient le chorégraphe officiel, apprend à gérer des tournées et construit des pièces. Puis, en avril 2024, William fonde sa propre compagnie, GX-Marmite Africaine, avec un objectif clair : croiser les disciplines (danse, cinéma, musique), transmettre, inventer, former, tout en affirmant une vision d’auteur.

De la scène ivoirienne à la scène africaine

William multiplie les expériences à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Il participe à de nombreux festivals — Festival Connexion (Bénin, 2019), Ankata, FIDO, Fila Ni Kele (2022), Fari foni Waati (2025). Il y présente ses créations, rencontre des figures comme Fatou Cissé, Marcel Gbeffa, Lassina Koné, Andreya Wemba, Salimata Kobré, Christian Romain Kossa, et tisse des liens forts avec d’autres artistes du continent. Il collabore notamment avec Bic Rouge de la Guinée et Diazou Christopher de la Côte d’Ivoire, prouvant à chaque fois l’importance du réseautage Sud-Sud, trop souvent négligé.

William Diarrassouba au Fari Foni Waati 2025
FFW #9 © Aloupy Pro

« Ce sont ces connexions qui font avancer la carrière », confie-t-il. « Se voir, se parler, échanger entre chorégraphes africains, c’est essentiel. »

Penser la danse comme art majeur

Pour William, la danse ne peut se contenter d’être un divertissement. Elle est un langage, un cri, une manière d’interpeller la société. Il déplore cependant un manque de reconnaissance du métier de danseur, souvent perçu comme secondaire en Afrique de l’Ouest. Il milite pour une structuration du secteur, une meilleure prise en compte des artistes dans les politiques publiques et une revalorisation sociale de la profession.

« Il faut que les danseurs soient fiers de ce qu’ils font. Qu’on les respecte. Qu’on arrête de considérer que ce n’est pas un vrai travail », martèle-t-il.

Les Chorégraphes Bic Rouge et William Diarrassouba / Abidjan, Avril 2025

Il insiste aussi sur le rôle de la danse dans le changement social : « On peut faire réfléchir avec une chorégraphie. La danse peut dire ce que d’autres disciplines n’osent pas. »

Voyager pour créer, malgré les frontières

La mobilité est un autre combat pour William. Il raconte avec force une expérience marquante pendant la crise COVID : un voyage au Burkina Faso, en pleine fermeture des frontières. Une traversée difficile, à moto, dans le froid et les raquettes, pour rejoindre une scène où il tenait à être. « Ça m’a marqué. Ça m’a même fait penser aux clandestins. Mais quand tu crois à ton art, tu y vas. »

Pour lui, les artistes doivent être mieux accompagnés, notamment pour les déplacements à l’international : réduction des coûts, simplification des visas, aides logistiques. La mobilité est le poumon de l’art vivant.

Donner plus de place aux femmes dans la danse

William accorde une attention particulière à l’autonomisation des femmes dans la danse. Il observe les nombreux freins que rencontrent les danseuses : pression sociale, équilibre difficile entre maternité et carrière, manque d’espaces sûrs. Il soutient les initiatives féminines et intègre dans ses projets un engagement clair pour l’égalité.

« Il faut créer les conditions pour que les femmes puissent exister pleinement dans cet art. Et surtout, écouter ce qu’elles ont à dire. »

Et maintenant ? L’avenir selon William

Aujourd’hui, William travaille à renforcer la visibilité de sa compagnie. GX-Marmite Africaine porte des projets ambitieux : nouvelles créations chorégraphiques, programmes pédagogiques dans les écoles, événements culturels, capsules vidéo. Il poursuit l’écriture de projets à diffuser en Afrique et en Europe.

« Je me suis formé, entouré, débrouillé… Maintenant, je transmets. C’est une construction permanente. »

Pour l’instant, il n’a pas encore franchi le cap européen. Pas par manque d’envie, mais par exigence. « Je veux être prêt. Je ne veux pas rater une opportunité faute de préparation. Je construis mon écriture artistique. Quand ce sera le moment, j’y serai. »