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Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Le festival Fari Foni Waati (FFW) vient de lancer son appel à candidatures pour sa 10ᵉ édition, prévue en janvier 2026. Dix ans après sa création, ce rendez-vous majeur de la scène chorégraphique africaine continue de tracer un chemin singulier, entre ancrage populaire et rayonnement international.

Une fabrique vivante de la danse contemporaine

Créé en 2017 par la chorégraphe Naomi Fall, le FFW – “Le temps des corps en mouvement” en bambara, est devenu au fil des ans un temps d’expérimentation, de transmission et de structuration porté par l’association De Ceux Qui (DCQ), basée à Bamako. Depuis ses débuts, le festival a su faire émerger une nouvelle génération d’artistes à l’écoute de leur temps, attentifs aux mutations sociales et culturelles du continent.

Au cœur de son dispositif, les laboratoires chorégraphiques rassemblent chaque année une vingtaine de jeunes danseurs africains ou résidents sur le continent, encadrés par trois chorégraphes invités. Ensemble, ils construisent, pendant trois semaines, des pièces collectives qui seront présentées au public lors du Grand Festival, dans les rues de Bacodjicoroni et au Centre culturel BlonBa. Une manière forte d’inscrire la danse dans les territoires et de valoriser la rencontre avec des publics multiples.

Temps d'échange "Grin" durant le FFW 2025.

2026 : “L’année de l’audace et de la transmission”

L’édition 2026 sera placée sous ce thème fédérateur. Pour sa 10ème édition, le FFW veut célébrer son histoire tout en ouvrant une nouvelle page. L’enjeu ? Renforcer les ponts intergénérationnels, encourager les croisements entre disciplines artistiques et inscrire plus profondément encore la danse contemporaine dans le dialogue avec les enjeux de société : écologie, genre, inclusion, justice sociale.

Sans encore dévoiler les noms des chorégraphes invités, l’équipe annonce des figures reconnues et engagées, et promet une édition marquée par l’ouverture et l’excellence. La direction exécutive du FFW est aujourd’hui assurée par une nouvelle génération d’acteurs culturels : Kadidja Tiemanta (directrice générale), Kossa Christian (direction artistique et technique) et Wilfried Sanwidi (production, administration et développement), avec l’appui de Bamory Samaké, coordinateur général.

Un appel à tous les jeunes danseurs du continent

L’appel à candidatures s’adresse aux danseurs professionnels ou en voie de professionnalisation, résidant en Afrique, avec une expérience en danse contemporaine ou en danses traditionnelles et urbaines. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 août 2025 à 23h59 GMT.

Ce processus de sélection passe désormais par un formulaire unique en ligne, avec un dossier simplifié (biographie, lettre de motivation, CV, vidéo de performance, photo professionnelle, etc.). Un webinaire d’information est également prévu le 11 août 2025 à 10h GMT, en français.

Communiqué de presse

De Bamako à l’Afrique entière, un souffle de création

Avec le soutien de partenaires historiques comme BlonBa (Wakloni) et l’engagement croissant du tissu artistique local, le Fari Foni Waati s’inscrit dans un contexte fertile. La récente création de la Fédération malienne des professionnels de la danse marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur, portée par la mobilisation des artistes eux-mêmes. Dans cette dynamique, le FFW affirme plus que jamais son rôle de catalyseur : pour les talents émergents, les pédagogues, les programmateurs, et pour toutes celles et ceux qui considèrent la danse comme un levier de transformation et d’émancipation.

Basée à Bamako, l’association De Ceux Qui (DCQ) œuvre depuis 2016 à la promotion et à l’organisation des arts vivants au Mali, avec un engagement fort pour la danse contemporaine. À travers le festival-laboratoire Fari Foni Waati, projet emblématique de son action, DCQ a su créer un espace pérenne de recherche, de création et de diffusion, réunissant chaque année des artistes du Mali et d’autres horizons autour d’une démarche exigeante, inclusive et ouverte aux publics.

Au-delà du festival, l’association développe des programmes pédagogiques, des dispositifs de professionnalisationpour les jeunes artistes, et multiplie les initiatives visant à faire des arts vivants un outil d’engagement citoyen, d’innovation sociale et de dialogue entre les territoires.

William Diarrassouba : “Danser, c’est affirmer qu’on est vivant”

William Diarrassouba : “Danser, c’est affirmer qu’on est vivant”

Chorégraphe et performeur ivoirien, William Diarrassouba est de ceux qui avancent avec la foi du bâtisseur. Chaque pas de danse, chaque création, chaque geste est un manifeste. Il construit une œuvre à la fois enracinée et tournée vers l’avenir, avec la certitude que la danse est un moteur de transformation.

D’une dalle familiale à une compagnie reconnue

Danseur, chorégraphe, enseignant et délégué régional de la Fédération Ivoirienne de Danse, William Diarrassouba — de son nom complet Diarrassouba Ibrahim William — incarne l’énergie, la résilience et la vision d’une génération d’artistes africains qui construisent un art à la fois enraciné et contemporain. Son aventure commence par un déclic : le décès de Michael Jackson en 2009. Fasciné par les clips du roi de la pop, William se met à danser sur une dalle chez lui, à Abidjan. À l’époque, il ne le sait pas encore, mais cette dalle deviendra la fondation invisible d’un parcours d’excellence.

En 2012, il passe avec succès un test d’entrée dans un groupe de danse hip-hop. À leurs côtés, il rafle les compétitions, notamment le Malta Street Dance à San Pedro, avant de remporter la finale nationale à Abidjan. Le milieu artistique s’ouvre à lui. En 2016, c’est une nouvelle étape : il intègre l’INSAAC, temple de formation artistique ivoirien, pour une maîtrise en danse. Il y explore les styles classique, traditionnel, contemporain et de salon. Sa polyvalence devient sa signature.

Entre 2017 et 2024, il rejoint la compagnie Tuwani Ofrititi, en devient le chorégraphe officiel, apprend à gérer des tournées et construit des pièces. Puis, en avril 2024, William fonde sa propre compagnie, GX-Marmite Africaine, avec un objectif clair : croiser les disciplines (danse, cinéma, musique), transmettre, inventer, former, tout en affirmant une vision d’auteur.

De la scène ivoirienne à la scène africaine

William multiplie les expériences à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Il participe à de nombreux festivals — Festival Connexion (Bénin, 2019), Ankata, FIDO, Fila Ni Kele (2022), Fari foni Waati (2025). Il y présente ses créations, rencontre des figures comme Fatou Cissé, Marcel Gbeffa, Lassina Koné, Andreya Wemba, Salimata Kobré, Christian Romain Kossa, et tisse des liens forts avec d’autres artistes du continent. Il collabore notamment avec Bic Rouge de la Guinée et Diazou Christopher de la Côte d’Ivoire, prouvant à chaque fois l’importance du réseautage Sud-Sud, trop souvent négligé.

William Diarrassouba au Fari Foni Waati 2025
FFW #9 © Aloupy Pro

« Ce sont ces connexions qui font avancer la carrière », confie-t-il. « Se voir, se parler, échanger entre chorégraphes africains, c’est essentiel. »

Penser la danse comme art majeur

Pour William, la danse ne peut se contenter d’être un divertissement. Elle est un langage, un cri, une manière d’interpeller la société. Il déplore cependant un manque de reconnaissance du métier de danseur, souvent perçu comme secondaire en Afrique de l’Ouest. Il milite pour une structuration du secteur, une meilleure prise en compte des artistes dans les politiques publiques et une revalorisation sociale de la profession.

« Il faut que les danseurs soient fiers de ce qu’ils font. Qu’on les respecte. Qu’on arrête de considérer que ce n’est pas un vrai travail », martèle-t-il.

Les Chorégraphes Bic Rouge et William Diarrassouba / Abidjan, Avril 2025

Il insiste aussi sur le rôle de la danse dans le changement social : « On peut faire réfléchir avec une chorégraphie. La danse peut dire ce que d’autres disciplines n’osent pas. »

Voyager pour créer, malgré les frontières

La mobilité est un autre combat pour William. Il raconte avec force une expérience marquante pendant la crise COVID : un voyage au Burkina Faso, en pleine fermeture des frontières. Une traversée difficile, à moto, dans le froid et les raquettes, pour rejoindre une scène où il tenait à être. « Ça m’a marqué. Ça m’a même fait penser aux clandestins. Mais quand tu crois à ton art, tu y vas. »

Pour lui, les artistes doivent être mieux accompagnés, notamment pour les déplacements à l’international : réduction des coûts, simplification des visas, aides logistiques. La mobilité est le poumon de l’art vivant.

Donner plus de place aux femmes dans la danse

William accorde une attention particulière à l’autonomisation des femmes dans la danse. Il observe les nombreux freins que rencontrent les danseuses : pression sociale, équilibre difficile entre maternité et carrière, manque d’espaces sûrs. Il soutient les initiatives féminines et intègre dans ses projets un engagement clair pour l’égalité.

« Il faut créer les conditions pour que les femmes puissent exister pleinement dans cet art. Et surtout, écouter ce qu’elles ont à dire. »

Et maintenant ? L’avenir selon William

Aujourd’hui, William travaille à renforcer la visibilité de sa compagnie. GX-Marmite Africaine porte des projets ambitieux : nouvelles créations chorégraphiques, programmes pédagogiques dans les écoles, événements culturels, capsules vidéo. Il poursuit l’écriture de projets à diffuser en Afrique et en Europe.

« Je me suis formé, entouré, débrouillé… Maintenant, je transmets. C’est une construction permanente. »

Pour l’instant, il n’a pas encore franchi le cap européen. Pas par manque d’envie, mais par exigence. « Je veux être prêt. Je ne veux pas rater une opportunité faute de préparation. Je construis mon écriture artistique. Quand ce sera le moment, j’y serai. »