Du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, Bamako accueillera la 15e édition des Rencontres de Bamako, Biennale Africaine de la Photographie. La sélection officielle, dévoilée cette semaine, réunit quarante-neuf artistes issus de vingt-six pays, dont vingt-cinq femmes. Entre figures majeures de la scène internationale et nouvelle génération de créateurs, cette édition confirme la place de la Biennale comme l’un des principaux rendez-vous mondiaux consacrés aux pratiques contemporaines de l’image.

Pendant plusieurs semaines, artistes, commissaires d’exposition, galeristes, collectionneurs et institutions culturelles attendaient cette annonce. La sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 réunit quarante-neuf artistes retenus à l’issue d’un appel international ayant reçu plusieurs centaines de candidatures venues d’Afrique, de ses diasporas et d’autres régions du monde. Leurs œuvres seront présentées pendant deux mois dans une dizaine de lieux de la capitale malienne.

Cette sélection donne à voir les orientations actuelles de la création photographique contemporaine. La photographie y dialogue avec la vidéo, les archives, la sculpture, l’installation et la performance. Les artistes mobilisent l’image pour travailler sur les mémoires, les territoires, les héritages et les récits collectifs. Cette diversité prolonge l’évolution des Rencontres de Bamako, qui ne se limitent plus à un espace d’exposition et accueillent désormais des formes artistiques multiples.

Créées en 1994 à l’initiative de l’État malien, les Rencontres de Bamako sont la plus ancienne biennale consacrée exclusivement à la photographie africaine. Depuis plus de trente ans, elles accompagnent les transformations du médium sur le continent, contribuent à la reconnaissance internationale de plusieurs générations d’artistes et réunissent créateurs, chercheurs, institutions et professionnels de l’image.

Placée sous le commissariat général d’Armelle Dakouo, la 15e édition poursuit cette histoire à travers le thème REFABULATION(S). Inspiré par les réflexions de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, ce thème interroge la manière dont les récits façonnent notre lecture du monde et dont les images peuvent les déplacer, les compléter ou les contester.

L’annonce de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 intervient dans un contexte où l’image internationale du Mali reste largement dominée par les questions diplomatiques et sécuritaires. La programmation apporte un autre regard sur la capitale. Les quarante-neuf artistes viennent de vingt-six pays et plusieurs participeront à des résidences de création organisées à Bamako avant l’ouverture de la Biennale. Leur présence confirme la place que la ville conserve dans les réseaux internationaux de la photographie.

Cette annonce marque le passage à la phase de production. Équipes curatoriales, scénographes, régisseurs, médiateurs, artisans et partenaires techniques préparent désormais les expositions qui seront présentées du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027. Pendant deux mois, Bamako accueillera artistes, professionnels et publics autour de la photographie contemporaine africaine et internationale. 

Qui sont les artistes sélectionnés pour les Rencontres de Bamako 2026 ?

La sélection officielle des Rencontres de Bamako constitue chaque année un indicateur de l’évolution de la photographie contemporaine africaine. Elle révèle les artistes qui marqueront les débats des prochains mois, les nouvelles écritures visuelles qui traversent le continent et les dialogues qui s’établissent avec les scènes internationales.

L’édition 2026 réunit quarante-neuf artistes originaires de vingt-six pays. Vingt-cinq femmes composent cette sélection, un équilibre rarement observé dans les grandes manifestations internationales consacrées aux arts visuels. Au-delà de la parité, cette représentation traduit une évolution profonde des pratiques artistiques contemporaines, où les femmes occupent désormais une place centrale dans la production des récits photographiques, des archives et des recherches visuelles. 

Liste des artistes de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 

La liste rassemble des artistes confirmés dont les œuvres circulent depuis plusieurs années dans les plus grandes institutions culturelles, mais aussi des créateurs plus jeunes qui feront à Bamako l’une de leurs premières apparitions dans une biennale internationale de cette envergure. Cette coexistence entre générations constitue l’une des caractéristiques historiques des Rencontres de Bamako. Depuis leur création, elles ont régulièrement permis à de jeunes photographes de présenter leurs travaux aux côtés d’artistes déjà reconnus, favorisant ainsi le renouvellement de la scène photographique africaine.

Ayrson Heraclito, Credit Lucas Assis
Ayrson Heraclito © Lucas Assis

Parmi les figures les plus identifiées de cette édition figure Ayrson Heráclito. L’artiste brésilien développe depuis plus de deux décennies une œuvre consacrée aux héritages afro-atlantiques, à la mémoire de l’esclavage et aux circulations culturelles entre l’Afrique et les Amériques. Ses travaux ont notamment été présentés à la Biennale de Venise, à la Biennale de São Paulo ainsi que dans plusieurs musées internationaux. Sa présence témoigne de l’ouverture des Rencontres aux dialogues entre l’Afrique et les mondes afro-descendants. 

La sélection accueille également Euridice Zaituna Kala, artiste née au Mozambique et installée en France. Ses installations, photographies et performances interrogent les mécanismes de construction des archives, les héritages coloniaux et les mémoires invisibilisées. Son travail a été présenté au Centre Pompidou, au Haus der Kulturen der Welt de Berlin ainsi qu’à la Biennale de Venise.

REFABULATION(S) : comment la 15e édition des Rencontres de Bamako interroge le pouvoir des images


REFABULATION(S), le thème de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026

Chaque édition des Rencontres de Bamako repose sur une proposition curatoriale qui dépasse le choix d’un thème. Depuis 1994, la Biennale accompagne les évolutions de la photographie africaine en confrontant les pratiques artistiques aux grandes questions de leur époque. Après avoir abordé les mutations sociales, les identités, les circulations et les rapports entre mémoire et modernité, la 15e édition place au centre de sa réflexion un terme encore peu employé dans le champ de la photographie, REFABULATION(S).

Ce mot renvoie à la pensée de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, figure majeure de la littérature africaine contemporaine. Son œuvre défend l’idée que les sociétés ne peuvent construire leur avenir sans reprendre la maîtrise des récits qui les définissent. Face aux représentations héritées de la colonisation ou produites depuis l’extérieur du continent, Achebe appelait à élaborer des histoires capables de restituer la complexité des expériences africaines.

Cette réflexion guide la proposition curatoriale portée par Armelle Dakouo et son équipe, composée d’Ange-Frédéric Koffi, Lamine Diarra et Sandrine Honliasso. La photographie n’y est pas envisagée comme un simple outil d’enregistrement du réel, mais comme un langage capable d’en proposer de nouvelles lectures.

Dans la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026, l’image devient ainsi un espace de construction, de déplacement et de contestation des récits établis. Les artistes mobilisent des archives familiales, des mises en scène, des installations, des vidéos, des performances ou des sculptures pour interroger les mémoires individuelles et collectives. Ces pratiques explorent aussi ce que les archives institutionnelles, les discours politiques et les représentations médiatiques laissent parfois hors champ.

Cette orientation reflète les transformations de la photographie contemporaine africaine. Les générations qui ont contribué à sa reconnaissance internationale ont souvent été associées au portrait de studio, au documentaire et au photojournalisme. Ces héritages restent présents, mais de nombreux artistes utilisent désormais l’image comme un matériau parmi d’autres, aux côtés du son, du texte, de l’objet ou du geste performatif.

Les œuvres retenues abordent les histoires familiales, les héritages coloniaux, les migrations, les appartenances, les spiritualités, les territoires, les enjeux environnementaux et la circulation des savoirs. Cette diversité repose sur une même interrogation, comment raconter autrement des histoires longtemps écrites ou interprétées par d’autres ?

Cette question prend une portée particulière à une époque marquée par la multiplication des images. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les outils d’intelligence artificielle rendent leur production et leur circulation plus rapides, tout en brouillant les frontières entre document, interprétation et fiction. REFABULATION(S) invite donc à examiner la manière dont les images façonnent les représentations collectives, organisent les mémoires et participent à la production des récits contemporains.

À Bamako, cette réflexion s’inscrit dans une histoire de plus de trente ans. Les Rencontres réunissent photographes, chercheurs, commissaires d’exposition, institutions et publics autour des transformations des sociétés africaines. La 15e édition poursuit ce travail en donnant une place à des récits multiples, portés par des expériences, des territoires et des pratiques différentes.

Produire les œuvres à Bamako, un nouvel ancrage pour la Biennale

L’annonce de la sélection officielle des Rencontres de Bamako 2026 ouvre une phase de production qui dépasse la présentation des artistes retenus. La 15e édition souhaite renforcer le rôle de Bamako comme lieu de conception, de fabrication et de finalisation des œuvres.

Pendant plusieurs éditions, une part importante des expositions était produite hors du Mali avant d’être acheminée vers la capitale. Ce fonctionnement, courant dans les manifestations internationales, réduisait la participation des professionnels locaux à la fabrication des projets.

En 2026, plusieurs artistes internationaux seront accueillis à Bamako plus de dix jours avant l’ouverture de la Biennale dans le cadre de résidences de création. Ils développeront ou finaliseront leurs œuvres avec les équipes techniques des Rencontres, des artisans, des scénographes et des professionnels maliens.

La production d’une exposition mobilise de nombreux métiers. Scénographes, menuisiers, soudeurs, imprimeurs, graphistes, éclairagistes, régisseurs, transporteurs, restaurateurs d’œuvres, médiateurs culturels et prestataires techniques interviennent à différentes étapes. En produisant une partie des expositions à Bamako, la Biennale sollicite ces compétences sur place et favorise leur mobilisation sur d’autres projets culturels.

Pour les artistes, la résidence ne se limite pas à une période de fabrication. Elle permet de travailler avec les ressources disponibles au Mali, d’échanger avec des artisans ou des chercheurs et d’adapter les œuvres aux lieux d’exposition. Les projets se construisent ainsi en relation avec la ville, plutôt que d’y être simplement installés quelques jours avant l’ouverture.

Cette méthode rapproche la résidence de création du travail curatorial. Elle affirme aussi que Bamako peut accueillir toutes les étapes d’un projet artistique international, depuis la recherche jusqu’à la présentation publique.

Cette orientation est portée par la Délégation générale dirigée par El Hadj Amadou Diop. Son projet vise à consolider les Rencontres comme une institution capable de produire des œuvres, de transmettre des compétences, de développer des partenariats internationaux et d’accompagner les artistes au-delà du temps de la Biennale.

La programmation de 2026 associe ainsi résidences, collaborations avec les professionnels maliens, projets spéciaux et mobilisation de plusieurs lieux d’exposition. Ces activités augmentent les retombées professionnelles de l’événement et renforcent les liens entre la Biennale et les acteurs culturels de la capitale.

Cette évolution intervient alors que l’image internationale du Mali reste souvent dominée par les questions politiques et sécuritaires. Les Rencontres de Bamako montrent une autre réalité, celle d’une institution qui continue d’investir dans la création, d’accueillir des artistes venus de plusieurs continents et de faire de la production artistique un cadre de coopération internationale. La 15e édition ne présentera donc pas seulement la photographie africaine au monde. Elle fera aussi de Bamako un lieu où une partie de cette création sera conçue et produite.