Le 14 mai 2026, la Maison africaine de la photographie de Bamako a accueilli la cérémonie officielle de lancement de la 15e édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, cette nouvelle édition débutera par une semaine professionnelle organisée du 26 novembre au 2 décembre. 

© Souleymane Malle

Autour du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, plusieurs personnalités du monde culturel et diplomatique avaient fait le déplacement : la commissaire générale Armelle Dakouo, le délégué général El Hadj Amadou Diop, le directeur de la Maison africaine de la photographie Tidiane Sangaré, des membres du Conseil des sages ainsi que des représentants du corps diplomatique.

Deux jours avant cette cérémonie, Armelle Dakouo avait été reçue par le ministre Mamou Daffé dans le cadre des préparatifs de la Biennale. Elle était accompagnée de Tidiane Sangaré et d’El Hadj Amadou Diop. Cette rencontre avait permis de présenter officiellement au ministre la nouvelle commissaire générale choisie à l’issue de l’appel à candidatures, mais aussi d’échanger sur les grandes orientations de cette édition et les derniers ajustements liés au lancement public de l’événement.

Les Rencontres de Bamako, trente ans au cœur de la photographie africaine

Créées en 1994, les Rencontres de Bamako sont considérées comme l’un des principaux rendez-vous internationaux consacrés à la photographie africaine contemporaine. Organisée tous les deux ans au Mali, la Biennale rassemble photographes, commissaires d’exposition, chercheurs, collectionneurs et professionnels de l’image venus d’Afrique, de la diaspora et d’autres scènes internationales.

Au fil des éditions, la Biennale a accompagné plusieurs générations de photographes africains, de Seydou Keïta et Malick Sidibé, Seydou Camara jusqu’aux scènes contemporaines venues du continent, de ses diasporas et des communautés afro-descendantes. Pendant plusieurs semaines, Bamako devient un espace de circulation où se croisent artistes, commissaires d’exposition, chercheurs, critiques, collectionneurs, journalistes et professionnels de la culture.

La manifestation s’est construite dans un rapport particulier à la photographie africaine : celui d’un événement pensé depuis le continent lui-même, à partir de ses récits, de ses archives et de ses transformations politiques et sociales.

“REFABULATION(s)” : déplacer les récits

La 15e édition portera le titre « REFABULATION(s) ».

Pour Armelle Dakouo, la « refabulation » apparaît dans son approche curatoriale comme une manière de reprendre la main sur les récits, les images et les mémoires. Le terme renvoie à l’écrivain nigérian Chinua Achebe, qui voyait dans la narration une réponse aux mécanismes de dépossession culturelle, d’aliénation et d’assimilation. À travers cette édition, la photographie est pensée comme un espace capable de produire d’autres récits et d’autres représentations du monde africain contemporain.

Dans cette approche, la photographie est un espace de déplacement des regards, de recomposition des imaginaires et de réécriture des histoires.

Cette réflexion traverse aujourd’hui une partie importante de la création visuelle africaine, notamment autour des archives, de la mémoire coloniale, des représentations du corps, des récits urbains et des identités diasporiques.

Dans un contexte mondial marqué par l’intelligence artificielle générative et la multiplication des images synthétiques, la Biennale interroge aussi la capacité de la photographie africaine à produire ses propres récits visuels.

Armelle Dakouo, une commissaire au croisement des scènes africaines et diasporiques

La nomination d’Armelle Dakouo inscrit cette édition dans une géographie curatoriale déjà largement connectée aux scènes artistiques africaines et diasporiques.

©Mohamed Ag Mohamed Aguissa
©Mohamed Ag Mohamed Aguissa

Commissaire d’exposition indépendante et directrice artistique, elle travaille depuis plus de quinze ans sur les pratiques contemporaines de l’image, entre Afrique, Europe et espaces méditerranéens. Son parcours passe par Dakar, où elle a vécu plusieurs années, puis par le Maroc, avant de développer des collaborations internationales autour de la photographie, des archives et des scènes afro-diasporiques.

Elle a dirigé artistiquement AKAA – Also Known As Africa à Paris entre 2017 et 2024, accompagné plusieurs expositions collectives et personnelles, participé à la Biennale du Congo à Kinshasa et assuré récemment le commissariat de la Biennale PhotoSa à Ouagadougou. 

Ses projets reviennent souvent sur les questions de mémoire, de transmission et d’histoire visuelle. Cette approche entre directement en résonance avec le positionnement historique des Rencontres de Bamako.

Une Biennale dans un Mali en recomposition

Depuis trente ans, Bamako occupe une place centrale dans l’histoire de la photographie africaine contemporaine.

Le Mali traverse depuis plusieurs années une période de profondes recompositions politiques, diplomatiques et sécuritaires. Dans ce contexte, la tenue d’une Biennale internationale consacrée à la photographie dépasse la seule question culturelle. Elle engage aussi l’image du pays, sa capacité d’accueil et la continuité de ses grandes institutions artistiques.

Le texte de présentation évoque explicitement une « souveraineté culturelle » que les organisateurs considèrent comme essentielle dans cette période de transition. 

L’inscription de cette édition dans l’Année de l’Éducation et de la Culture décrétée par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, participe également à cette lecture institutionnelle de la culture comme espace de mémoire, de transmission et de projection collective.

El Hadj Amadou Diop à la délégation générale des Rencontres de Bamako

© Souleymane Malle

À la délégation générale, le choix d’El Hadj Amadou Diop installé depuis juillet 2025. Son parcours s’est construit dans plusieurs espaces à la fois. Télévision, radio, documentaire, communication institutionnelle, production exécutive, événementiel culturel ou accompagnement de projets internationaux : il appartient à cette génération de professionnels maliens apparue dans les années 2000 autour des mutations de l’audiovisuel et des industries culturelles ouest-africaines. 

Au fil des années, Diop a travaillé aussi bien avec des institutions publiques qu’avec des projets culturels indépendants, des organisations internationales ou des productions documentaires tournées au Mali. Son parcours passe notamment par le Bamako Jazz Festival, la Fondation Ali Farka Touré, plusieurs programmes des Nations unies, des productions audiovisuelles internationales et le secteur des médias maliens. 

Cette trajectoire lui donne une connaissance fine des équilibres entre création artistique, visibilité médiatique, diplomatie culturelle et contraintes opérationnelles, dans un contexte où les événements culturels africains doivent désormais gérer simultanément des enjeux artistiques, institutionnels, logistiques et internationaux.

© Souleymane Malle

Une Biennale ouverte aux scènes africaines et diasporiques

Les organisateurs ont également lancé un appel à projets destiné aux photographes, vidéastes, plasticiens et artistes visuels africains, afro-descendants et issus des diasporas. 

Expositions, performances, interventions in situ, projets numériques ou résidences courtes pourront intégrer la programmation satellite de cette édition.

Cette ouverture confirme l’évolution progressive des Rencontres de Bamako. La Biennale ne se limite plus à la photographie documentaire ou patrimoniale. Elle accueille désormais des formes hybrides où dialoguent photographie, vidéo, performance, archives, création numérique et recherche visuelle contemporaine.

Bamako face à une nouvelle génération de plateformes culturelles africaines

Depuis les années 1990, le paysage culturel africain s’est profondément transformé. Dakar, Marrakech, Johannesburg, Tunis, Kigali ou Lagos ont développé leurs propres Biennales, foires, festivals et plateformes curatoriales.

Dans ce nouvel environnement, Bamako conserve néanmoins une place particulière. Peu d’événements africains consacrés à l’image disposent d’une histoire comparable, d’un ancrage aussi fort dans la photographie et d’une telle reconnaissance auprès des scènes africaines contemporaines.

La 15e édition devra désormais transformer cet héritage en nouvelle dynamique de circulation, de visibilité et de présence internationale. Les Rencontres de Bamako restent l’un des principaux événements consacrés à la photographie africaine contemporaine.

Le lancement officiel du 14 mai marque le début de cette nouvelle séquence.