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À Ouagadougou, les danseurs du Burkina Faso, du Mali et du Niger fondent leur premier réseau régional

À Ouagadougou, les danseurs du Burkina Faso, du Mali et du Niger fondent leur premier réseau régional

Du 22 au 26 juin 2026, des représentants des principales organisations professionnelles de la danse du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour un atelier consacré à la création du Réseau Danse en Mouvement (REDAM). Au terme de cinq jours de travaux, les participants ont adopté un protocole d’accord instituant officiellement ce nouveau cadre de coopération régionale. 

L’événement pourrait constituer une date importante dans l’histoire récente des arts vivants en Afrique de l’Ouest. Pour la première fois, des organisations représentatives du secteur chorégraphique des trois pays membres de la Confédération des États du Sahel (AES) décident de se doter d’un cadre permanent de coopération, de représentation et de développement à l’échelle régionale. 

Quand les organisations de danse décident de changer d’échelle

La création du REDAM intervient dans un contexte de transformation des espaces de coopération culturelle ouest-africains. Depuis plusieurs décennies, les scènes chorégraphiques du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont développé leurs propres structures, festivals, centres de formation, compagnies et réseaux professionnels. Ces trajectoires nationales ont permis l’émergence de générations d’artistes, de chorégraphes et d’organisations qui ont progressivement contribué à l’affirmation de la danse contemporaine dans la région.

Le président du REDAM , le chorégraphe Bienvenue BAZIÉ et le docteur Jacob YARABATIOULA sociologue, enseignant-chercheur burkinabè et specialiste des ICC – Crédit photo : ZANMA Photographie

Les trois pays partagent également des problématiques communes. La circulation des artistes demeure complexe, les mécanismes de coopération régionale restent limités, les opportunités de formation sont inégalement réparties et les organisations professionnelles disposent encore de faibles capacités de représentation auprès des pouvoirs publics. Les participants à l’atelier de Ouagadougou ont choisi d’aborder ces enjeux dans une logique collective. 

Lassina Koné et Kadidja Tiemanta, chorégraphes malien, président et vice présidente de la Fédération des Associations des danseurs et chorégraphes du Mali (FADCM)
Lassina Koné et Kadidja Tiemanta, chorégraphes maliens, Président et Vice – présidente de la Fédération des Associations des danseurs et chorégraphes du Mali (FADCM)

Le REDAM rassemble, dans sa configuration fondatrice, l’Association MBOMEN du Burkina Faso, la Fédération des Associations des Danseurs et Chorégraphes du Mali (FADCM) et l’Association NEMA du Niger. Ensemble, ces organisations ont défini les bases institutionnelles d’un réseau destiné à renforcer la coopération artistique, la mobilité des artistes, la professionnalisation du secteur et la place de la danse dans les politiques culturelles régionales. 

Durant les travaux, les participants ont finalisé un protocole d’accord, engagé les démarches relatives à la reconnaissance du réseau et élaboré une première planification stratégique sur trois ans. Cette feuille de route prévoit notamment des actions en matière de mobilité artistique, de formation, de diffusion des œuvres et de plaidoyer institutionnel. 

La naissance d’un espace chorégraphique sahélien

Les membres fondateurs ont également reconnu officiellement FOGO – Les Rencontres Chorégraphiques Africaines comme première initiative structurante du REDAM. Cette plateforme est appelée à devenir un espace régional de diffusion, de formation, de rencontres professionnelles, de médiation culturelle et d’accompagnement des compagnies de danse. 

Au-delà des décisions administratives et organisationnelles adoptées à Ouagadougou, la création du REDAM traduit une évolution plus profonde. Les professionnels de la danse du Burkina Faso, du Mali et du Niger entreprennent de construire un espace chorégraphique régional fondé sur des objectifs, des outils et des mécanismes de coopération communs.

Cette initiative s’inscrit dans l’héritage des générations qui ont contribué, au cours des dernières décennies, à structurer la danse contemporaine dans les trois pays. Elle répond également aux transformations institutionnelles et géopolitiques qui traversent aujourd’hui le Sahel. En choisissant de créer leur propre cadre permanent de coopération, les organisations fondatrices du REDAM affirment que les artistes peuvent eux aussi participer à la construction des nouveaux espaces régionaux.

Si les orientations adoptées à Ouagadougou se traduisent par des programmes durables, des mobilités effectives et des projets communs, l’année 2026 pourrait être retenue comme le moment où la danse contemporaine du Burkina Faso, du Mali et du Niger a commencé à se constituer en force collective régionale. 

UNESCO-Aschberg 2026 : les résultats sont connus, 16 nouveaux projets pour renforcer les droits et les conditions de travail des artistes dans le monde

UNESCO-Aschberg 2026 : les résultats sont connus, 16 nouveaux projets pour renforcer les droits et les conditions de travail des artistes dans le monde

L’UNESCO a annoncé la sélection de 16 nouveaux projets dans le cadre du Programme UNESCO-Aschberg pour les artistes et les professionnels de la culture. Plus de 750 000 dollars américains seront mobilisés en 2026 et 2027 grâce au soutien financier du gouvernement norvégien.

Créé pour promouvoir la liberté artistique et améliorer les conditions d’exercice des métiers de la création, le Programme UNESCO-Aschberg accompagne des initiatives qui renforcent le statut professionnel, social et économique des artistes. Il soutient des actions liées à la reconnaissance juridique des professions artistiques, à l’accès à la protection sociale, à la rémunération équitable, à la mobilité internationale et à la défense des droits culturels.

Cette intervention répond à une réalité documentée dans de nombreuses régions du monde. Une part importante des artistes et des professionnels de la culture exerce son activité sans couverture sociale adaptée, sans cadre juridique suffisamment protecteur et avec des revenus souvent instables. Les conflits armés, les crises économiques, les déplacements forcés de populations, les catastrophes naturelles et les mutations technologiques affectent directement les conditions de création, de production et de diffusion des œuvres.

L’UNESCO souligne que ces difficultés touchent particulièrement les artistes du Sud global, notamment les femmes, les jeunes et les membres de groupes minoritaires. Les déséquilibres dans les échanges culturels internationaux, les obstacles à la mobilité professionnelle et les difficultés d’accès aux marchés internationaux viennent souvent renforcer ces vulnérabilités.

Le troisième appel à projets du programme, lancé en décembre 2025, a reçu 1 068 candidatures. Après examen par un panel d’experts indépendants, seize projets ont été retenus pour une mise en œuvre entre 2026 et 2027. Les initiatives sélectionnées concernent la réforme des politiques culturelles, la mobilité transnationale des artistes, le développement de compétences liées aux nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, ainsi que des dispositifs de soutien destinés aux créateurs affectés par des situations d’urgence.

Une présence africaine importante dans la sélection

L’Afrique figure parmi les territoires les plus représentés dans cette nouvelle sélection. Sur les dix organisations de la société civile retenues, cinq sont implantées sur le continent ou y déploieront directement leurs activités.

Les organisations concernées sont Afropolitan Explosiv en Afrique du Sud et en Eswatini, Association Hawass au Maroc, Kakuma Sound au Kenya, Makgabaneng au Botswana ainsi que On the Move, dont le projet porte spécifiquement sur la mobilité artistique en Afrique.

Cette présence reflète plusieurs des enjeux identifiés par l’UNESCO dans le cadre de cet appel. Les questions de mobilité internationale, de circulation des œuvres, d’accès aux réseaux professionnels, de reconnaissance du statut de l’artiste ou encore d’adaptation aux évolutions technologiques demeurent au cœur des préoccupations de nombreux acteurs culturels africains.

Les projets retenus couvrent des domaines variés : formation, recherche, plaidoyer, développement de compétences, coopération professionnelle et accompagnement des artistes. Leur répartition montre que les enjeux liés à la condition des artistes ne se limitent pas au financement de la création. Ils concernent également l’environnement juridique, les capacités professionnelles, les possibilités de circulation et l’accès aux opportunités internationales.

La présence de l’organisation On the Move mérite une attention particulière. Depuis plusieurs années, la mobilité constitue l’un des principaux sujets de travail des réseaux culturels africains. L’accès aux résidences, aux festivals, aux marchés professionnels, aux programmes d’échanges et aux espaces de formation reste fortement conditionné par les régimes de visas, les coûts de déplacement et les inégalités d’accès aux réseaux internationaux. Le projet soutenu par l’UNESCO s’inscrit dans cette problématique structurante pour de nombreux artistes du continent.

Six institutions publiques accompagnées

Au-delà du soutien accordé aux organisations de la société civile, l’UNESCO accompagnera également six institutions gouvernementales dans la révision ou l’élaboration de lois, politiques publiques et mécanismes de protection relatifs au statut de l’artiste et à la liberté artistique.

Les institutions concernées sont :

  • Colombie : ministère des Cultures, des Arts et des Savoirs traditionnels ;
  • Équateur : ministère de l’Éducation, des Sports et de la Culture ;
  • Îles Salomon : division de la Culture du ministère de la Culture et du Tourisme ;
  • Lesotho : département des Arts et de la Culture ;
  • Tanzanie : Office du droit d’auteur ;
  • Uruguay : direction nationale de la Culture, par l’intermédiaire de l’Institut des arts visuels.

Ces projets porteront sur des questions telles que la reconnaissance professionnelle des artistes, les droits d’auteur, les mécanismes de protection sociale ou encore les conditions d’exercice des activités culturelles.

Dix organisations de la société civile soutenues

Dix organisations de la société civile recevront un soutien financier de l’UNESCO pour mettre en œuvre des activités de renforcement des capacités, de plaidoyer, de recherche, de suivi ou d’accompagnement des artistes :

  • Afropolitan Explosiv (Afrique du Sud et Eswatini)
  • Association Hawass (Maroc)
  • Dizak Art (Arménie)
  • Freedom Studio Nepal (Népal)
  • Fundación Imagen (Bolivie)
  • Kakuma Sound (Kenya)
  • Makgabaneng (Botswana)
  • Kingston Creative (Caraïbes)
  • On the Move (Afrique)
  • JM International (programme mondial)

Certaines de ces initiatives porteront sur l’intégration des nouvelles technologies dans les pratiques artistiques. D’autres concerneront la mobilité professionnelle, la production de connaissances sur les conditions de travail des artistes ou encore l’accompagnement de créateurs déplacés par des conflits armés ou touchés par des catastrophes naturelles.

Un programme inscrit dans les engagements internationaux de l’UNESCO

Les projets retenus s’inscrivent dans la mise en œuvre de deux textes de référence de l’UNESCO : la Recommandation de 1980 relative à la condition de l’artiste et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Adoptée il y a plus de quarante ans, la Recommandation de 1980 invite les États à reconnaître pleinement la contribution des artistes à la société et à mettre en place des conditions favorables à l’exercice de leurs activités professionnelles. La Convention de 2005, ratifiée par plus de 150 pays, constitue aujourd’hui l’un des principaux instruments internationaux consacrés à la diversité culturelle et au développement des politiques culturelles.

À travers le Programme UNESCO-Aschberg, l’organisation poursuit ainsi un travail qui associe réforme des politiques publiques, accompagnement des acteurs culturels et défense des droits des artistes dans un environnement professionnel en constante évolution.

Rencontres de Bamako 2026 : composition et enjeux de la nouvelle équipe curatoriale de la Biennale africaine de la photographie

Rencontres de Bamako 2026 : composition et enjeux de la nouvelle équipe curatoriale de la Biennale africaine de la photographie

L’annonce de l’équipe curatoriale de la 15e édition des Rencontres de Bamako marque une étape importante dans la préparation de la Biennale africaine de la photographie. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, cette édition sera placée sous le thème REFABULATION(S) et réunira une équipe composée d’Armelle Dakouo comme commissaire générale, accompagnée des co-commissaires Ange-Frédéric Koffi, Lamine Diarra et Sandrine Honliasso.

Une annonce qui rappelle également le rôle particulier qu’occupent les Rencontres de Bamako dans l’histoire de la photographie contemporaine africaine.

Armelle Dakouo Crédit photo : Bénédicte KurzenI

Une institution née à Bamako et devenue une référence mondiale

Créées en 1994, les Rencontres de Bamako sont aujourd’hui reconnues comme la première biennale africaine consacrée à la photographie et aux pratiques de l’image sur le continent. Depuis plus de trente ans, elles constituent un espace de découverte, de débat et de visibilité pour plusieurs générations de photographes africains.

Au fil des éditions, la biennale a accompagné l’émergence de nombreux artistes devenus des références internationales. Elle a également contribué à faire de Bamako l’un des centres majeurs de réflexion sur les images produites en Afrique et sur l’Afrique.

Peu d’événements culturels africains disposent d’une telle continuité. Malgré les crises politiques, les difficultés économiques, les contraintes sécuritaires ou les bouleversements internationaux, la biennale a poursuivi son travail de documentation, de diffusion et de reconnaissance de la création photographique africaine.

Cette longévité lui a permis de devenir une référence pour les institutions, les commissaires d’exposition, les collectionneurs, les chercheurs et les médias spécialisés du monde entier. Plusieurs observateurs la considèrent aujourd’hui comme le principal rendez-vous international consacré à la photographie africaine contemporaine.

Bamako, capitale historique de la photographie africaine

Le rôle des Rencontres de Bamako s’inscrit dans une histoire plus large.

La capitale malienne occupe une place particulière dans l’histoire mondiale de la photographie grâce à des figures comme Seydou Keïta et Malick Sidibé. Leurs œuvres ont profondément influencé la perception de l’Afrique contemporaine et continuent d’être exposées dans les plus grandes institutions internationales.

Les Rencontres de Bamako prolongent cet héritage. Tous les deux ans, elles transforment la ville en espace d’exposition, de réflexion et de rencontres professionnelles. Expositions, conférences, projections, ateliers et semaines professionnelles attirent artistes, chercheurs, commissaires et institutions venus de plusieurs continents.

Dans un secteur où les centres de décision restent souvent situés hors du continent africain, la biennale conserve une singularité importante : elle est organisée au Mali, portée par les institutions culturelles maliennes et ancrée dans un territoire qui participe lui-même à l’histoire de la photographie.

Une équipe curatoriale aux profils complémentaires

Pour cette quinzième édition, la commissaire générale Armelle Dakouo apporte une expérience construite entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et les Caraïbes. Commissaire d’exposition indépendante et directrice artistique, elle développe depuis plus de quinze ans des projets consacrés aux scènes artistiques africaines et afro-diasporiques. Son travail porte notamment sur les questions de mémoire, d’archives, de transmission et de circulation des récits.

Ange-Frederic Koffi

Elle sera accompagnée par Ange-Frédéric Koffi, plasticien, historien de l’art et commissaire d’exposition dont les recherches portent sur les régimes d’images, les récits historiques et les héritages postcoloniaux. Son parcours associe pratique artistique, recherche universitaire et commissariat international.

Portrait of Lamine Diarra with dreadlocks and beard wearing a light buttoned shirt against a dark studio background in Dakar, 2024.
Lamine Diarra, Crédit Photo : Antoine Tempe

Lamine Diarra apporte pour sa part une expérience issue du théâtre, de l’espace public et du travail culturel de proximité. Fondateur des Praticables à Bamako, il développe depuis plusieurs années des projets qui articulent création artistique, participation citoyenne et ancrage urbain.

Sandrine Honliasso

Enfin, Sandrine Honliasso complète l’équipe avec une approche attentive aux questions migratoires, aux circulations culturelles et aux scènes artistiques africaines et diasporiques. Commissaire d’exposition et critique d’art, elle développe son travail entre recherche, édition et production curatoriale.

L’ensemble dessine une équipe où se croisent histoire de l’art, photographie, création contemporaine, théâtre, recherche et critique.

REFABULATION(S), un thème au cœur des débats contemporains

Le thème choisi pour cette édition, REFABULATION(S), s’inscrit dans plusieurs débats qui traversent aujourd’hui les arts visuels, les sciences sociales et les pratiques curatoriales.

La notion de refabulation interroge la manière dont les récits sont construits, transmis, contestés ou réinventés. Elle ouvre un espace de réflexion sur la mémoire, les archives, les histoires officielles, les récits minorés et les imaginaires collectifs.

Dans le contexte africain comme dans les diasporas, ces questions traversent aujourd’hui une grande partie de la création contemporaine. Elles concernent autant les héritages coloniaux que les mutations urbaines, les migrations, les identités culturelles, les technologies de l’image ou les nouvelles formes de narration visuelle.

Le choix de ce thème place la photographie au centre d’une interrogation plus large sur la production des récits contemporains.

Une édition stratégique pour le Mali

Cette quinzième édition intervient également dans un moment particulier pour le Mali.

Depuis plusieurs années, les acteurs culturels maliens poursuivent leur travail dans un environnement marqué par des défis sécuritaires, économiques et institutionnels importants. Dans ce contexte, maintenir et développer une biennale de cette ampleur constitue un signal fort envoyé aux professionnels de la culture, aux partenaires internationaux et aux artistes du continent.

L’édition 2026 sera également la première placée sous la direction générale d’El Hadj Amadou Diop. Sa nomination ouvre une nouvelle séquence pour l’événement, avec la responsabilité de consolider l’héritage des éditions précédentes tout en accompagnant les transformations nécessaires à une institution qui entre dans sa quatrième décennie d’existence.

L’enjeu dépasse la réussite d’une exposition.

Il s’agit de maintenir à Bamako l’un des rares espaces africains capables de réunir, à une telle échelle, artistes, institutions, commissaires, chercheurs, collectionneurs, médias et publics autour des pratiques contemporaines de l’image.

Trente-deux ans après sa création, la Biennale africaine de la photographie demeure l’un des instruments culturels les plus influents du continent. La composition de cette nouvelle équipe curatoriale montre que les Rencontres de Bamako entendent poursuivre cette histoire tout en ouvrant un nouveau chapitre.