L’annonce de l’équipe curatoriale de la 15e édition des Rencontres de Bamako marque une étape importante dans la préparation de la Biennale africaine de la photographie. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, cette édition sera placée sous le thème REFABULATION(S) et réunira une équipe composée d’Armelle Dakouo comme commissaire générale, accompagnée des co-commissaires Ange-Frédéric Koffi, Lamine Diarra et Sandrine Honliasso.

Une annonce qui rappelle également le rôle particulier qu’occupent les Rencontres de Bamako dans l’histoire de la photographie contemporaine africaine.

Armelle Dakouo Crédit photo : Bénédicte KurzenI

Une institution née à Bamako et devenue une référence mondiale

Créées en 1994, les Rencontres de Bamako sont aujourd’hui reconnues comme la première biennale africaine consacrée à la photographie et aux pratiques de l’image sur le continent. Depuis plus de trente ans, elles constituent un espace de découverte, de débat et de visibilité pour plusieurs générations de photographes africains.

Au fil des éditions, la biennale a accompagné l’émergence de nombreux artistes devenus des références internationales. Elle a également contribué à faire de Bamako l’un des centres majeurs de réflexion sur les images produites en Afrique et sur l’Afrique.

Peu d’événements culturels africains disposent d’une telle continuité. Malgré les crises politiques, les difficultés économiques, les contraintes sécuritaires ou les bouleversements internationaux, la biennale a poursuivi son travail de documentation, de diffusion et de reconnaissance de la création photographique africaine.

Cette longévité lui a permis de devenir une référence pour les institutions, les commissaires d’exposition, les collectionneurs, les chercheurs et les médias spécialisés du monde entier. Plusieurs observateurs la considèrent aujourd’hui comme le principal rendez-vous international consacré à la photographie africaine contemporaine.

Bamako, capitale historique de la photographie africaine

Le rôle des Rencontres de Bamako s’inscrit dans une histoire plus large.

La capitale malienne occupe une place particulière dans l’histoire mondiale de la photographie grâce à des figures comme Seydou Keïta et Malick Sidibé. Leurs œuvres ont profondément influencé la perception de l’Afrique contemporaine et continuent d’être exposées dans les plus grandes institutions internationales.

Les Rencontres de Bamako prolongent cet héritage. Tous les deux ans, elles transforment la ville en espace d’exposition, de réflexion et de rencontres professionnelles. Expositions, conférences, projections, ateliers et semaines professionnelles attirent artistes, chercheurs, commissaires et institutions venus de plusieurs continents.

Dans un secteur où les centres de décision restent souvent situés hors du continent africain, la biennale conserve une singularité importante : elle est organisée au Mali, portée par les institutions culturelles maliennes et ancrée dans un territoire qui participe lui-même à l’histoire de la photographie.

Une équipe curatoriale aux profils complémentaires

Pour cette quinzième édition, la commissaire générale Armelle Dakouo apporte une expérience construite entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et les Caraïbes. Commissaire d’exposition indépendante et directrice artistique, elle développe depuis plus de quinze ans des projets consacrés aux scènes artistiques africaines et afro-diasporiques. Son travail porte notamment sur les questions de mémoire, d’archives, de transmission et de circulation des récits.

Ange-Frederic Koffi

Elle sera accompagnée par Ange-Frédéric Koffi, plasticien, historien de l’art et commissaire d’exposition dont les recherches portent sur les régimes d’images, les récits historiques et les héritages postcoloniaux. Son parcours associe pratique artistique, recherche universitaire et commissariat international.

Portrait of Lamine Diarra with dreadlocks and beard wearing a light buttoned shirt against a dark studio background in Dakar, 2024.
Lamine Diarra, Crédit Photo : Antoine Tempe

Lamine Diarra apporte pour sa part une expérience issue du théâtre, de l’espace public et du travail culturel de proximité. Fondateur des Praticables à Bamako, il développe depuis plusieurs années des projets qui articulent création artistique, participation citoyenne et ancrage urbain.

Sandrine Honliasso

Enfin, Sandrine Honliasso complète l’équipe avec une approche attentive aux questions migratoires, aux circulations culturelles et aux scènes artistiques africaines et diasporiques. Commissaire d’exposition et critique d’art, elle développe son travail entre recherche, édition et production curatoriale.

L’ensemble dessine une équipe où se croisent histoire de l’art, photographie, création contemporaine, théâtre, recherche et critique.

REFABULATION(S), un thème au cœur des débats contemporains

Le thème choisi pour cette édition, REFABULATION(S), s’inscrit dans plusieurs débats qui traversent aujourd’hui les arts visuels, les sciences sociales et les pratiques curatoriales.

La notion de refabulation interroge la manière dont les récits sont construits, transmis, contestés ou réinventés. Elle ouvre un espace de réflexion sur la mémoire, les archives, les histoires officielles, les récits minorés et les imaginaires collectifs.

Dans le contexte africain comme dans les diasporas, ces questions traversent aujourd’hui une grande partie de la création contemporaine. Elles concernent autant les héritages coloniaux que les mutations urbaines, les migrations, les identités culturelles, les technologies de l’image ou les nouvelles formes de narration visuelle.

Le choix de ce thème place la photographie au centre d’une interrogation plus large sur la production des récits contemporains.

Une édition stratégique pour le Mali

Cette quinzième édition intervient également dans un moment particulier pour le Mali.

Depuis plusieurs années, les acteurs culturels maliens poursuivent leur travail dans un environnement marqué par des défis sécuritaires, économiques et institutionnels importants. Dans ce contexte, maintenir et développer une biennale de cette ampleur constitue un signal fort envoyé aux professionnels de la culture, aux partenaires internationaux et aux artistes du continent.

L’édition 2026 sera également la première placée sous la direction générale d’El Hadj Amadou Diop. Sa nomination ouvre une nouvelle séquence pour l’événement, avec la responsabilité de consolider l’héritage des éditions précédentes tout en accompagnant les transformations nécessaires à une institution qui entre dans sa quatrième décennie d’existence.

L’enjeu dépasse la réussite d’une exposition.

Il s’agit de maintenir à Bamako l’un des rares espaces africains capables de réunir, à une telle échelle, artistes, institutions, commissaires, chercheurs, collectionneurs, médias et publics autour des pratiques contemporaines de l’image.

Trente-deux ans après sa création, la Biennale africaine de la photographie demeure l’un des instruments culturels les plus influents du continent. La composition de cette nouvelle équipe curatoriale montre que les Rencontres de Bamako entendent poursuivre cette histoire tout en ouvrant un nouveau chapitre.