Du 6 juillet au 5 septembre 2026, L’Afrique vue par elle-même est présentée à L’Œil Qui Court, 16 rue Jouvène à Arles. Malick Sidibé, Sanlé Sory, Mabeye Deme, Oumar Ly, Tidiani Shitou, Bruce Clarke, Andile Bhala et plusieurs autres photographes figurent dans l’exposition. Le titre avait déjà été utilisé à Arles en 2019 par Olivier Sultan et la galerie Art-Z, dans un contexte de débat sur l’absence de photographes africains dans la programmation officielle du cinquantenaire des Rencontres d’Arles. En 2026, l’exposition revient avec un nouveau corpus et fait apparaître plusieurs histoires de la photographie africaine dans un même lieu.
Un titre déjà présent à Arles en 2019
En août 2019, L’Afrique vue par elle-même est présentée à La Grande Vitrine, 12 rue Jouvène à Arles. L’exposition est portée par Olivier Sultan, fondateur de la galerie Art-Z, dans le contexte du cinquantenaire des Rencontres d’Arles. Cette édition anniversaire avait suscité des critiques sur la faible présence des photographes africains dans la programmation officielle. Le Monde Afrique rapporte alors qu’Olivier Sultan choisit d’organiser une exposition parallèle réunissant notamment Lassy King Massassy, Robert Nzaou, Malick Sidibé, Oumar Ly, Jürgen Schadeberg, Nyaba Ouedraogo, N’Krumah Lawson Daku et Mabeye Deme.
Le projet inscrit ainsi à Arles plusieurs générations de photographes africains dans un espace distinct du programme officiel. Robert Nzaou mentionne cette exposition dans son parcours professionnel, avec le titre L’Afrique vue par elle-même, le lieu de La Grande Vitrine et l’année 2019. Cette occurrence confirme la place du projet dans la saison photographique arlésienne de cette année-là.

En 2026, L’Afrique vue par elle-même revient à Arles avec une nouvelle sélection et un autre lieu. L’exposition est présentée à L’Œil Qui Court avec Malick Sidibé, Sanlé Sory, Mabeye Deme, Oumar Ly, Jean-Christophe Béchet, Marina Burnel, Tidiani Shitou, Bruce Clarke, Andile Bhala, Suzanne Porter et Marc-Henri Martin. Le retour du titre crée une continuité entre les deux éditions, tandis que le corpus de 2026 introduit de nouveaux artistes et de nouveaux rapprochements entre générations. Les informations disponibles permettent d’établir cette continuité de titre et de présence à Arles ; elles ne précisent pas, à ce stade, si le commissariat ou le dispositif curatorial de 2026 reprend celui de 2019.
Malick Sidibé, de nouveau présent dans le projet
Malick Sidibé apparaît dans les deux éditions arlésiennes de L’Afrique vue par elle-même, en 2019 puis en 2026. Pour cette dernière, quatre tirages vintage de la série Surprise Party, datés de 1968, sont identifiés parmi les œuvres présentées. Réalisées au gélatino-bromure d’argent et mesurant environ 9 × 6 cm, ces petites photographies renvoient directement au fonctionnement quotidien de son studio à Bamako.
Après les soirées qu’il photographiait, Sidibé réalisait de petits tirages de référence et les regroupait par événement. Chaque image portait un numéro correspondant aux négatifs conservés au studio. Les jeunes photographiés revenaient ensuite consulter ces planches, retrouver leur image et commander le tirage de leur choix. Le Metropolitan Museum of Art conserve un ensemble comparable, Surprise Party, Ambassade Haute Volta, daté de 1964, qui permet de restituer ce mode de travail avec précision.
Les quatre photographies présentées à Arles en 2026 appartiennent à cette économie de l’image. Elles ont d’abord servi à organiser la circulation des portraits entre le photographe et les personnes photographiées. Près de soixante ans plus tard, elles sont montrées dans une exposition internationale. Leur déplacement du studio bamakois vers Arles raconte à lui seul le changement de statut de ces images : d’outil de repérage et de commande, elles sont devenues des pièces d’exposition, de collection et d’archive.
Les soirées de Bamako comme lieu de production
Malick Sidibé ouvre son studio à Bamako en 1962. Au cours de cette période, il photographie régulièrement les fêtes et les clubs de jeunes de la capitale malienne. Le Metropolitan Museum rappelle que ces groupes se réunissent autour de la danse et de musiques venues notamment des Beatles ou du cha-cha-cha cubain. Sidibé photographie les soirées, puis reçoit les participants dans son studio lorsqu’ils viennent voir et commander les images.
Ses photographies conservent ainsi les vêtements, les coiffures, les danses et les attitudes d’une génération de jeunes Bamakois. Elles montrent également une pratique sociale de la photographie. Le passage devant l’objectif se prolonge par le retour au studio, le choix d’une photographie et sa commande.
Les quatre Surprise Party signalées à Arles en 2026 proviennent de ce système. Leur histoire commence donc dans les soirées et le studio de Sidibé avant leur entrée dans les circuits d’exposition.
Plusieurs villes et plusieurs générations réunies à Arles
Le corpus de 2026 rapproche des photographes issus de contextes différents. Malick Sidibé travaille à Bamako. Sanlé Sory construit une grande partie de son œuvre à Bobo-Dioulasso. Oumar Ly travaille au Sénégal. Tidiani Shitou appartient à l’histoire du studio photographique au Nigeria. Mabeye Deme appartient à une génération plus récente et développe une pratique construite notamment autour de Dakar. Bruce Clarke et Andile Bhala inscrivent leurs œuvres dans d’autres espaces et d’autres périodes.
La liste publiée par 9 Lives Magazine associe ainsi plusieurs générations et plusieurs pratiques sous un même titre. On y trouve du portrait de studio, des scènes de vie, des pratiques documentaires et des écritures plus contemporaines.
Cette diversité était déjà présente dans le projet de 2019. Le Monde réunissait alors dans une même présentation Malick Sidibé, Oumar Ly, Robert Nzaou, Nyaba Ouedraogo, King Massassy, Mabeye Deme et d’autres photographes issus de générations différentes.
Le travail d’Art-Z suit cette logique depuis plusieurs années. En 2019, Le Monde retraçait les vingt années de la galerie et annonçait l’ouverture prévue d’un espace à Arles consacré à la photographie du continent pendant la période des Rencontres. La galerie présente régulièrement des artistes venus de plusieurs pays africains et associe dans ses expositions des photographes historiques et des auteurs plus jeunes.
Trois trajectoires qui croisent aussi l’histoire des Rencontres de Bamako
Parmi les photographes réunis à Arles en 2026, trois noms traversent également l’histoire des Rencontres de Bamako. Malick Sidibé est associé aux premières Rencontres en 1994. Oumar Ly apparaît dans l’édition 2009, autour de Frontières. Tidiani Shitou fait l’objet d’une présentation posthume en 2001.
Ces trois parcours relient Bamako, le Sénégal et le Nigeria à plusieurs générations de la photographie ouest-africaine. Leurs œuvres ont ensuite circulé dans des expositions, des galeries, des collections et des manifestations internationales. Leur réunion à Arles en 2026 permet ainsi de lire côte à côte des trajectoires construites dans des contextes différents, mais qui ont toutes croisé la Biennale de Bamako à un moment de leur histoire.
Du studio de Bamako à l’exposition
Le parcours des Surprise Party de Malick Sidibé montre avec précision ce changement de contexte.
En 1968, ces petits tirages servent au fonctionnement du studio. Ils permettent de relier les photographies aux négatifs, de présenter les images aux personnes photographiées et d’organiser les commandes. En 2026, quatre tirages issus de ce système sont exposés à Arles. Entre ces deux dates, l’œuvre de Sidibé a rejoint des collections muséales et le marché international de la photographie.
Le même objet passe ainsi d’un usage quotidien à un usage patrimonial et artistique. À Bamako, il participe à l’activité du studio et à la relation entre le photographe et ses clients. À Arles, il est présenté comme œuvre, comme trace d’une pratique photographique et comme archive d’une période de la vie bamakoise.
Cette histoire éclaire directement le titre L’Afrique vue par elle-même. Chez Sidibé, l’image naît dans la ville, au contact de ceux qui la vivent. Les jeunes photographiés fréquentent les mêmes soirées, reviennent au studio, retrouvent leur portrait et choisissent les images qu’ils souhaitent conserver. La photographie circule d’abord parmi eux avant d’entrer, plusieurs décennies plus tard, dans les circuits internationaux de l’art.
De 2019 à 2026, Malick Sidibé reste au cœur du projet
Malick Sidibé figure dans les deux occurrences arlésiennes de L’Afrique vue par elle-même, en 2019 puis en 2026. En 2019, son travail est présenté dans une exposition organisée à La Grande Vitrine au moment où la faible présence des photographes africains dans la programmation du cinquantenaire des Rencontres d’Arles suscite des critiques. En 2026, il revient dans une nouvelle sélection, aux côtés de Sanlé Sory, Oumar Ly, Tidiani Shitou, Mabeye Deme et plusieurs autres auteurs.

Sept années séparent les deux présentations, avec des lieux, des artistes et des contextes différents. Le retour du titre maintient pourtant une même ligne de lecture : montrer des photographies produites depuis des histoires, des villes et des sociétés africaines, puis observer la manière dont ces images circulent dans les grands rendez-vous internationaux.
Chez Malick Sidibé, cette circulation tient dans quatre tirages de 9 × 6 cm réalisés à Bamako en 1968. Leur première fonction était liée aux soirées et aux commandes du studio. En 2026, ils sont montrés à Arles, près de soixante ans plus tard, avec toute l’histoire sociale, photographique et urbaine dont ils sont issus.