Chorégraphe et performeur ivoirien, William Diarrassouba est de ceux qui avancent avec la foi du bâtisseur. Chaque pas de danse, chaque création, chaque geste est un manifeste. Il construit une œuvre à la fois enracinée et tournée vers l’avenir, avec la certitude que la danse est un moteur de transformation.
D’une dalle familiale à une compagnie reconnue
Danseur, chorégraphe, enseignant et délégué régional de la Fédération Ivoirienne de Danse, William Diarrassouba — de son nom complet Diarrassouba Ibrahim William — incarne l’énergie, la résilience et la vision d’une génération d’artistes africains qui construisent un art à la fois enraciné et contemporain. Son aventure commence par un déclic : le décès de Michael Jackson en 2009. Fasciné par les clips du roi de la pop, William se met à danser sur une dalle chez lui, à Abidjan. À l’époque, il ne le sait pas encore, mais cette dalle deviendra la fondation invisible d’un parcours d’excellence.
En 2012, il passe avec succès un test d’entrée dans un groupe de danse hip-hop. À leurs côtés, il rafle les compétitions, notamment le Malta Street Dance à San Pedro, avant de remporter la finale nationale à Abidjan. Le milieu artistique s’ouvre à lui. En 2016, c’est une nouvelle étape : il intègre l’INSAAC, temple de formation artistique ivoirien, pour une maîtrise en danse. Il y explore les styles classique, traditionnel, contemporain et de salon. Sa polyvalence devient sa signature.
Entre 2017 et 2024, il rejoint la compagnie Tuwani Ofrititi, en devient le chorégraphe officiel, apprend à gérer des tournées et construit des pièces. Puis, en avril 2024, William fonde sa propre compagnie, GX-Marmite Africaine, avec un objectif clair : croiser les disciplines (danse, cinéma, musique), transmettre, inventer, former, tout en affirmant une vision d’auteur.
De la scène ivoirienne à la scène africaine
William multiplie les expériences à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Il participe à de nombreux festivals — Festival Connexion (Bénin, 2019), Ankata, FIDO, Fila Ni Kele (2022), Fari foni Waati (2025). Il y présente ses créations, rencontre des figures comme Fatou Cissé, Marcel Gbeffa, Lassina Koné, Andreya Wemba, Salimata Kobré, Christian Romain Kossa, et tisse des liens forts avec d’autres artistes du continent. Il collabore notamment avec Bic Rouge de la Guinée et Diazou Christopher de la Côte d’Ivoire, prouvant à chaque fois l’importance du réseautage Sud-Sud, trop souvent négligé.
« Ce sont ces connexions qui font avancer la carrière », confie-t-il. « Se voir, se parler, échanger entre chorégraphes africains, c’est essentiel. »
Penser la danse comme art majeur
Pour William, la danse ne peut se contenter d’être un divertissement. Elle est un langage, un cri, une manière d’interpeller la société. Il déplore cependant un manque de reconnaissance du métier de danseur, souvent perçu comme secondaire en Afrique de l’Ouest. Il milite pour une structuration du secteur, une meilleure prise en compte des artistes dans les politiques publiques et une revalorisation sociale de la profession.
« Il faut que les danseurs soient fiers de ce qu’ils font. Qu’on les respecte. Qu’on arrête de considérer que ce n’est pas un vrai travail », martèle-t-il.
Il insiste aussi sur le rôle de la danse dans le changement social : « On peut faire réfléchir avec une chorégraphie. La danse peut dire ce que d’autres disciplines n’osent pas. »
Voyager pour créer, malgré les frontières
La mobilité est un autre combat pour William. Il raconte avec force une expérience marquante pendant la crise COVID : un voyage au Burkina Faso, en pleine fermeture des frontières. Une traversée difficile, à moto, dans le froid et les raquettes, pour rejoindre une scène où il tenait à être. « Ça m’a marqué. Ça m’a même fait penser aux clandestins. Mais quand tu crois à ton art, tu y vas. »
Pour lui, les artistes doivent être mieux accompagnés, notamment pour les déplacements à l’international : réduction des coûts, simplification des visas, aides logistiques. La mobilité est le poumon de l’art vivant.
Donner plus de place aux femmes dans la danse
William accorde une attention particulière à l’autonomisation des femmes dans la danse. Il observe les nombreux freins que rencontrent les danseuses : pression sociale, équilibre difficile entre maternité et carrière, manque d’espaces sûrs. Il soutient les initiatives féminines et intègre dans ses projets un engagement clair pour l’égalité.
« Il faut créer les conditions pour que les femmes puissent exister pleinement dans cet art. Et surtout, écouter ce qu’elles ont à dire. »
Et maintenant ? L’avenir selon William
Aujourd’hui, William travaille à renforcer la visibilité de sa compagnie. GX-Marmite Africaine porte des projets ambitieux : nouvelles créations chorégraphiques, programmes pédagogiques dans les écoles, événements culturels, capsules vidéo. Il poursuit l’écriture de projets à diffuser en Afrique et en Europe.
« Je me suis formé, entouré, débrouillé… Maintenant, je transmets. C’est une construction permanente. »
Pour l’instant, il n’a pas encore franchi le cap européen. Pas par manque d’envie, mais par exigence. « Je veux être prêt. Je ne veux pas rater une opportunité faute de préparation. Je construis mon écriture artistique. Quand ce sera le moment, j’y serai. »
Du 7 mars au 1er juin 2025, le Quai de la Photo à Paris accueille une exposition ambitieuse et profondément évocatrice : « Un autre Mali dans un autre monde ». Plus qu’un hommage à l’école photographique malienne, cette exposition éclaire, en creux, une dynamique essentielle de notre époque : la mobilité des jeunes africains – une mobilité qui n’est pas seulement géographique, mais aussi culturelle, sociale, et symbolique.
Portée par les regards croisés de pionniers tels Malick Sidibé et Seydou Keïta, et par une nouvelle génération d’artistes comme Kani Sissoko, Mory Bamba, Oumou Traoré, ou encore John Kalapo, l’exposition montre un Mali multiple, vivant, qui refuse d’être figé dans les clichés. Ces jeunes photographes, tout en enracinant leur pratique dans la mémoire de leurs aînés, inventent de nouveaux codes, de nouveaux langages, de nouveaux récits. Ils explorent l’identité, la mémoire, le genre, le territoire – et surtout, ils se déplacent : dans leurs pensées, dans leurs techniques, et souvent, physiquement, dans le monde.
Car nombreux sont ceux qui, à l’image de Seydou Camara, formateur et initiateur du centre Yamarou-Photo, ont traversé frontières et continents pour apprendre, transmettre, exposer. D’Alger à Johannesburg, de Bamako à New York, la photographie devient ici un passeport de création. Une mobilité artistique qui témoigne d’une circulation féconde des savoirs, des regards et des ambitions.
Une génération en mouvement : mobilité choisie, créatrice, et revendiquée
En cela, « Un autre Mali dans un autre monde » résonne avec les aspirations de milliers de jeunes Africains. Si beaucoup quittent leur pays dans des conditions précaires ou sous la contrainte, d’autres, de plus en plus nombreux, bâtissent leur avenir par le savoir, la création et l’échange culturel. Leurs trajectoires ne suivent pas les sentiers migratoires classiques, mais dessinent une autre cartographie des mobilités africaines, faite de résidences artistiques, de festivals, de formations spécialisées, de collaborations internationales.
La Biennale de Bamako, née en 1994 à l’initiative de Françoise Huguier, incarne ce mouvement. Elle est devenue, au fil des éditions, une plateforme d’interconnexion, un lieu de passage, un foyer de rayonnement pour toute une génération. Grâce à des structures comme Yamarou-Photo, certains jeunes ne se contentent plus de partir : ils reviennent, ils transmettent, ils forment à leur tour. La mobilité devient alors circulaire, enrichissante, durable.
Cette nouvelle génération de photographes maliens compose un paysage artistique riche, où chaque regard apporte une nuance au récit commun. Amadou Keïta explore la mémoire visuelle du quotidien malien en conjuguant les héritages culturels à une esthétique contemporaine, tandis que John Kalapo s’attache aux détails discrets des transformations urbaines et sociales, révélant les tensions et les aspirations d’une société en mutation. M.I. Tounkara, quant à lui, développe une écriture photographique à la fois intime et politique, où l’image devient un espace de réflexion sur soi et sur le monde. Seyba Keïta et Mory Bamba partagent une même sensibilité dans leurs portraits silencieux, empreints de retenue, mais traversés d’une grande intensité. Kani Sissoko et Fatoma Coulibaly, figures féminines de cette scène artistique, interrogent les représentations du corps, du genre et de l’héritage avec une force visuelle singulière. À leurs côtés, Oumou Traoré construit des mises en scène délicates, presque théâtrales, qui captent les nuances de la féminité malienne dans toute sa complexité. Le travail d’Adama Bamba, Drissa Diara et Mamadou Konaté, davantage ancré dans le documentaire, nous confronte aux réalités sociales contemporaines avec rigueur et humanité. Tous ont été formés ou accompagnés par des structures locales comme le centre Yamarou-Photo, dirigé par Seydou Camara, figure de la transmission et artisan d’un ancrage fort entre formation, professionnalisation et ouverture au monde. Ainsi réunis, ces photographes incarnent une génération en mouvement, connectée, lucide, qui circule entre les territoires, les disciplines et les récits, pour porter haut une parole artistique ancrée dans son temps.
Une jeunesse qui raconte l’Afrique par elle-même
Dans un contexte où l’Afrique reste souvent racontée par d’autres, ces jeunes photographes, par leur mobilité et leur engagement, reconquièrent leur droit à la parole. Leurs œuvres témoignent de leur époque : une époque de tensions, d’espoirs, de contradictions – mais surtout de créativité libre et ancrée.
Ils s’éloignent des studios rigides, des représentations folklorisées. Ils inventent des formes neuves, osent des récits hybrides. Ils disent un Mali contemporain, urbain, rural, intime et collectif. Un Mali qui voyage et qui pense le monde. Un Mali qui, en se déplaçant, se transforme et transforme.
Le 1er juin 2025, Smarty, l’artiste burkinabè, se produira pour la première fois au Casino de Paris. Ce concert sera une étape importante de sa carrière, après plusieurs années de succès sur les scènes africaines et une carrière solo et en duo très engagée . Il s’agit d’un moment marquant pour l’artiste, connu pour sa capacité à fusionner le hip-hop avec les sonorités traditionnelles et pour son engagement social.
Pour ce qui ne le connaisse pas, il s’agit de l’une des figures les plus emblématique de rap en Afrique, notamment francophone. C’est dans les années 90 que Smarty découvre le hip-hop et, en 2000, fonde le groupe Yeleen avec l’artiste tchadien Mawndoé. Le groupe marque les esprits avec cinq albums et devient une référence du rap africain, avec à la clé un Kundé d’Or en 2007, un grand prix burkinabè qui récompense la musique depuis maintenant un quart de siècle.
En 2011, Smarty se lance en solo et enrichit son répertoire en intégrant des influences musicales traditionnelles. Son album African Kouleurs (2012) lui vaut le prix Découvertes RFI et une tournée à travers le continent africain. Ses collaborations avec des artistes comme Tiken Jah Fakoly et Magic System lui permettent de s’imposer sur la scène internationale.
Smarty à l’Olympia de Paris en 2014, en première partie du concert de Tiken Jah Fakoly
Au-delà de sa carrière musicale, Smarty est profondément engagé pour des causes sociales. En tant qu’ambassadeur de l’UNICEF, il lutte pour la protection des enfants et s’oppose aux mariages forcés, tout en soutenant les populations déplacées internes au Burkina Faso. En 2023, il reverse l’intégralité de son prix Kundé d’Or à ces populations, marquant ainsi son attachement à la solidarité.
Sa musique, qui résonne dans de nombreuses régions d’Afrique, est également un outil de réflexion sur les enjeux sociopolitiques. À travers ses textes, Smarty incite ses auditeurs à prendre conscience des défis sociaux et à s’engager pour la paix et l’unité, des valeurs qu’il défend activement.
Ecouter Smarty sur Spotify
Un moment attendu à Paris
Après avoir assuré la première partie de Tiken Jah Fakoly à l’Olympia en 2014 et un passage remarqué au Pan Piper en 2024, Smarty revient en 2025 pour un concert exceptionnel au Casino de Paris. Ce sera un moment important pour l’artiste, une nouvelle étape dans sa carrière internationale.
Le 1er juin 2025, il offrira au public parisien un spectacle inédit ! Ce concert, produit par Boss+, sera une belle occasion de découvrir ou redécouvrir l’un des plus grands artistes de la scène musicale africaine. Un événement à ne pas manquer pour les amateurs de musique authentique et d’art engagé.
Depuis le 2 avril, l’association Anw Jigi ART accueille, dans le cadre de son programme « Doni Blon », le projet Actorat-LAB, un atelier de danse dirigé par Kadidja Tiemanta. Ce programme s’inscrit dans une démarche de démocratisation du théâtre malien, visant à adapter les formations aux besoins spécifiques des jeunes publics. Il est soutenu par la Fondation DOEN, permettant ainsi de renforcer les compétences des jeunes comédiens à travers des formations spécialisées.
L’objectif principal de Actorat-LAB est de développer chez les jeunes comédiens des compétences essentielles en diction, expression corporelle et occupation scénique. Avant la finalisation des textes des auteurs maliens impliqués, il est crucial que les comédiens soient préparés à maîtriser leur corps. C’est dans ce cadre que l’atelier de danse de Kadidja Tiemanta intervient, du 2 au 12 avril, pour offrir un réveil corporel aux participants. Cette étape permettra aux comédiens de se préparer physiquement avant d’entamer les exercices de jeu d’acteur qui suivront.
Ce programme s’inscrit dans une dynamique plus large visant à promouvoir la diversité culturelle et à mettre en avant les traditions et récits locaux à travers les pièces écrites pendant cette formation. En permettant à de jeunes auteurs maliens d’exprimer leurs voix et de créer des œuvres théâtrales authentiques, le programme contribue également à la valorisation du patrimoine culturel du Mali.
Parallèlement, ce programme cherche à encourager l’entrepreneuriat féminin et à offrir des opportunités professionnelles aux femmes tout en visant à canaliser les jeunes de la communauté, afin de les éloigner des vices et tentations tels que la drogue et la délinquance.
Kadidja Tiemanta, chorégraphe et danseuse malienne, est une figure engagée dans la promotion de la danse traditionnelle africaine et de la danse contemporaine. Après avoir obtenu un master au Conservatoire des Arts de Bamako, elle a enrichi sa pratique en suivant des formations dans plusieurs pays d’Afrique, et en collaborant avec des chorégraphes internationaux. Son travail explore la mémoire, la transmission des savoirs et l’émancipation par le mouvement, en intégrant les influences des danses traditionnelles et contemporaines.
En tant que directrice artistique du festival Fari Foni Waati, un festival-laboratoire de danse contemporaine, Kadidja Tiemanta porte la vision audacieuse de l’association De Ceux Qui, engagée dans la formation des jeunes du secteur des arts vivants au Mali. Le Fari Foni Waati offre aux jeunes danseurs un espace d’expérimentation avec des chorégraphes internationaux.
Ainsi, l’intervention de Kadidja Tiemanta dans le cadre de ce programme, avec son atelier de danse, constitue une étape importante dans la formation des jeunes comédiens maliens. Cette démarche vise à renforcer les compétences des artistes tout en contribuant à l’enrichissement de la scène théâtrale malienne et à la mise en valeur des expressions culturelles locales.
Bamako – avril 2025. Depuis le début du mois, la capitale malienne accueille une initiative culturelle d’envergure : le Programme Doni Blon, porté par l’association ANW JIGI ART, investit le paysage artistique local avec ambition et engagement. Véritable laboratoire du spectacle vivant, ce programme entend poser les fondations d’un théâtre malien renouvelé, accessible, et profondément ancré dans les réalités contemporaines.
Créée en 2015, ANW JIGI ART s’est donné pour mission de revitaliser le théâtre malien à travers une approche sociale et inclusive. En prêtant sa voix à celles des sans-voix, l’association s’adresse particulièrement aux femmes, aux jeunes, aux orphelins et à tous ceux dont les histoires restent trop souvent dans l’ombre. Fidèle à cette vision, le Programme Doni Blon – « le grand vestibule du savoir » – propose une démocratisation du théâtre, en l’adaptant aux besoins spécifiques des publics et des artistes.
Au cœur de cette dynamique : ACTORAT-LAB, un espace de formation dédié aux comédiens. Ici, les participants explorent le jeu d’acteur sous toutes ses facettes : diction, expression corporelle, occupation scénique… Des outils essentiels pour accompagner l’écriture de nouvelles pièces nourries de récits locaux et portées par de jeunes auteurs maliens.
C’est dans ce cadre qu’intervient Kadidia Tiemanta, chorégraphe et performeuse reconnue, pour un atelier de danse qui se tient du 2 au 12 avril. Son intervention, centrée sur le réveil corporel, prépare les comédiens à une meilleure maîtrise de leur corps, en amont du travail de scène à venir. Une rencontre entre disciplines qui illustre la volonté du programme de décloisonner les arts pour mieux stimuler la créativité.
Soutenu par la Fondation DOEN, Doni Blon repose sur des objectifs multiples et complémentaires :
Valoriser le patrimoine culturel malien à travers les traditions et récits transmis sur scène ;
Encourager l’expression artistique des jeunes auteurs en leur offrant un cadre de formation rigoureux ;
Contribuer à l’insertion professionnelle des femmes dans le secteur culturel ;
Proposer des alternatives éducatives et artistiques à la jeunesse des quartiers populaires pour lutter contre les dérives sociales (drogue, alcool, violence…).
En quelques années, ANW JIGI ART s’est imposée comme un acteur incontournable de la scène culturelle malienne, et son engagement à former, transmettre et créer continue d’attirer l’attention au-delà des frontières. Doni Blon en est une nouvelle preuve : une passerelle entre générations, entre traditions et modernité, entre théâtre et société.