Select Page
À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

Le Fari Foni Waati est un des plus grands rendez-vous de la danse contemporaine en Afrique. Pour sa dixième édition, en 2026, le festival a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité. Depuis ses débuts le FFW célèbre une danse contemporaine pensée comme un outil de recherche, de transmission et de professionnalisation. Un festival au plus près des réalités du terrain.

Initialement conçu le festival est prévu pour se déployer sur trois semaines. Mais cette année, dû à des contraintes diverses et difficiles, le projet a été ramené à une durée à deux semaines du 12 au 24 janvier 2026. L’essentiel n’a pourtant pas été sacrifié. Le principe fondateur a été maintenu. Deux semaines de laboratoires intensifs, menés avec 19 jeunes artistes sélectionnés sur appel à candidatures au Mali et d’autres pays africains, suivies d’un temps de festival ouvert au public. Une architecture exigeante, rarement maintenue avec une telle constance dans la région.

Les laboratoires comme colonne vertébrale

Les laboratoires constituent le cœur battant du Fari Foni Waati. Pensés à chaque édition pour porter une ADN spécifique, ils sont définis par la direction artistique, aujourd’hui assurée par Romain Christian Kossa. Très prisés, ces laboratoires représentent pour de nombreux jeunes chorégraphes un passage déterminant, souvent décisif dans la construction de leur parcours professionnel.

Romain Christian Kossa – CP : Aloupy

Pour cette édition anniversaire, les laboratoires ont été dirigés par trois figures majeures de la création contemporaine : la chorégraphe Naomi Fall, fondatrice du festival, Ahlam El Morsli, cofondatrice et codirectrice des Rencontres chorégraphiques de Casablanca, et le dramaturge Étienne Minoungou, figure incontournable de la scène africaine contemporaine et fondateur des Récréâtrales.

La présence de ce dernier constitue d’ailleurs l’une des particularités marquantes de cette édition : l’ouverture pleinement assumée de la danse à d’autres disciplines, notamment le théâtre. Cette hybridation s’est incarnée dans un laboratoire conduit par Étienne Minoungou en collaboration avec le chorégraphe malien Lassina Donkébaga Koné. Ensemble, ils ont travaillé avec les jeunes interprètes sur la friction entre corps, parole, geste et pensée, donnant naissance à Tourner la face au Soleil, une proposition collective nourrie des textes de Felwine Sarr, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau.

Des créations qui interrogent le présent

En plus de Tourner la face au Soleil, les plateaux FFW, dédiés à la restitution des créations issues des laboratoires, ont donné à voir deux autres propositions portées par les chorégraphes Naomi Fall et Ahlam El Morsli. Deux formes distinctes, mais animées par une même exigence : interroger le présent, l’instant et la force de ce qui advient sur scène.

À la lisière, porté par Naomi Fall, a marqué les esprits par la délicatesse de son écriture chorégraphique. Issu d’un processus de recherche de deux semaines, le spectacle explore les états de présence, les failles et les résonances intimes des interprètes (Bakary Diabaté (Bouki), Bonaventure C. Sossou, Victoria Ojiayo, Ousmane Diallo, Bigué Ndiaye et Daffa Dagnioko) dans une attention constante au monde environnant.

A la lisère, Plateau FFW de Naomi Fall – CP : Aloupy

Face à Face, transmission menée par Ahlam El Morsli à partir de son œuvre originale avec la Cie Col’jam, interroge frontalement les normes sociales et culturelles. Interprété par Ayanou Hodemissi, Labarest Anoura Aya Larissa, Djagba Marie-Rose, Ana Aida Koné, Moussa Dabo, Koné Alou et Ouedraogo Hortence, le spectacle explore la puissance des corps féminins face aux rapports de domination, avec une intensité rare et sans concession.

Professionnalisation et coopération internationale

Fidèle à sa vocation formatrice, le festival a initié un important volet de masterclasses, dispensées cette année par des artistes venus d’Espagne dans le cadre de la coopération espagnole. La Compagnie Marco Vargas & Chloé Brûlé, ainsi que le chorégraphe ivoirien Oulouy, résident en Espagne, ont partagé leurs pratiques et leurs expériences avec les participants.

Ces temps de transmission se sont ensuite prolongés sur scène, avec la présentation de Naufrage universel par Marco Vargas et Chloé Brûlé, et de Black par Oulouy de Africa Moment, deux œuvres intégrées à la programmation officielle. Une manière cohérente, pour le festival, d’ouvrir sa scène à des créations internationales tout en renforçant les dynamiques de coopération avec l’Espagne.

Marco Vargas & Chloé Brûlé dans Naufrage Universel – CP : AKD

Oulouy dans Black – CP : AKD

Sur le plan international, cette dixième édition a également été marquée par une soirée-cocktail organisée le 21 janvier à la Résidence de l’Ambassadrice de l’Union européenne au Mali. Pensée comme un prélude à la phase festival, cette rencontre a donné lieu à plusieurs prises de parole engagées, dans un contexte où la culture peine parfois à conserver sa place parmi les priorités de la coopération internationale au Mali.

Patricia Gómez Lanzaco, Première Conseillère de l’Ambassade l’Espagne au Mali et Bettina Muscheidt ambassadrice de l’UE au Mali.
La soirée a vu la présentation de Puzzle , une performance de Christian Kossa. CP : AKD

Diplomates, acteurs économiques et professionnels de la culture étaient réunis à cette occasion. La directrice générale du Fari Foni Waati, prenant la parole à la suite de Bettina Muscheidt, a rappelé le soutien constant de l’Union européenne depuis 2023, dans le cadre du programme Voix des Jeunes, à travers le projet « DCQ engagé pour la professionnalisation et la création d’opportunités dans le secteur des arts vivants au Mali ».

Kadidja Tiemanta, Directrice du Festival – CP : AKD

Elle a surtout appelé les acteurs de la coopération à ne pas mettre la culture en pause, invitant à considérer les artistes et leurs pratiques non comme des variables d’ajustement, mais comme une économie à part entière et des partenaires essentiels des projets de développement. La soirée a vu la présentation de Puzzle D, une performance de Christian Kossa.

Un festival ancré dans la communauté

Au-delà des plateaux chorégraphiques, la programmation locale a conservé toute sa place avec la Compagnie Nama, référence majeure de l’art de la marionnette au Mali, dirigée par Yacouba Magassouba. D’année en année, le spectacle de marionnettes gagne en ampleur et en inventivité… puise dans la richesse des talents des artistes et dans un répertoire de contes locaux dont la vitalité ne se dément pas.

L’exposition-installation performative D’où la lumière jaillit portée par Naomi Fall, Nolwenn PETERSEMMITT et Awa KEBE a, quant à elle, proposé au public une expérience sensible autour des questions de santé mentale, confirmant l’attention constante du festival aux enjeux sociaux contemporains.

CP : ALoupy

Cette édition a accueilli près d’une centaine d’artistes (danseur·se·s, chorégraphes, dramaturges, musicien·ne·s et performeur·se·s ) et a rassemblé plus de 1 400 spectateurs. Le public du Fari Foni Waati demeure majoritairement jeune, souvent enfant, et profondément acquis à la danse contemporaine. Une fidélité construite dans le temps, grâce à un travail patient d’ancrage territorial et de médiation culturelle.

Une fidélité que les organisateurs entendent préserver lors de la 11ᵉ édition, qui adoptera un nouveau format et se tiendra du 12 octobre 2026 au 24 janvier 2027, dans un même esprit de continuité, aussi bien envers le public qu’envers les partenaires du festival.

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

En 2025, la mode africaine a consolidé ses positions. D’un continent longtemps perçu comme réservoir d’inspirations, l’Afrique est devenue un espace stratégique où se redéfinissent les équilibres entre création, industrie et diplomatie culturelle. Une série de rendez-vous majeurs a dessiné une cartographie plus lisible d’un secteur en mutation, porté par des capitales aux identités affirmées.

À l’Ouest, Lagos Fashion Week s’est imposée comme le centre de gravité continental. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a confirmé la maturité d’un écosystème capable d’articuler esthétique, durabilité et accès au marché. Lagos n’est plus seulement une vitrine créative : elle est devenue un laboratoire observé par les grandes plateformes internationales, où la mode se pense aussi comme industrie et solution.

À Dakar, la continuité a fait figure de méthode. Fondée en 2002, la Dakar Fashion Week a poursuivi son travail de fond : accompagnement des créateurs, scénographies ancrées dans l’espace public, et usage assumé de la mode comme outil de dialogue culturel. Le défi reste économique, mais la légitimité acquise place Dakar parmi les plateformes africaines les plus respectées à l’international.

À Bamako, le Mali Mode Show  est devenu la Biennale Africaine de la Mode, et en s’est déployé sur tout le mois de novembre, l’événement a privilégié l’ancrage territorial et le récit culturel. Ici, la mode s’écrit à partir des savoir-faire, du patrimoine textile et de la ville elle-même. Moins tournée vers l’effet immédiat que vers la construction d’un imaginaire durable, la plateforme malienne affirme une autre temporalité de la reconnaissance.

À l’international, Paris a continué de jouer un rôle de caisse de résonance. Africa Fashion Up a consolidé son positionnement comme passerelle entre créateurs africains, diaspora et grandes institutions européennes. Formation, visibilité et débouchés commerciaux y sont pensés comme un continuum, non comme une fin en soi.

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week, à Addis-Abeba, a rappelé une évidence : sans industrie, pas de souveraineté créative. En réunissant fabricants, acheteurs et investisseurs, l’ASFW a confirmé que l’avenir de la mode africaine se jouera aussi dans les usines, les chaînes logistiques et les accords commerciaux.

Enfin, à Kampala, l’Afri Art Fashion Show a illustré l’émergence de nouveaux pôles en Afrique de l’Est, misant sur la formation, la reconnaissance institutionnelle et la jeunesse comme leviers de transformation.

Pris ensemble, ces événements racontent une même bascule : la mode africaine n’est plus un récit unique, mais un champ de forces. En 2025, le continent a cessé d’être un simple sujet pour devenir un acteur structurant des conversations mondiales sur la création, l’économie et la culture.

FOCUS

Lagos Fashion Week, centre de gravité continental

Plus de 60 designers, 15 000 visiteurs

Du 29 octobre au 2 novembre, Lagos Fashion Week a confirmé son rôle de pivot. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a illustré la maturité d’un écosystème capable d’articuler création, durabilité et accès au marché. Défilés, programmes de formation et débats ont consolidé une vision où l’esthétique s’accompagne d’une réflexion sur la production responsable et la structuration de l’industrie. Plus qu’un rendez-vous créatif, Lagos s’impose désormais comme un laboratoire à ciel ouvert, observé bien au-delà du continent.

Dakar Fashion Week, dans la continuité

Fondée en 2002 par Adama Paris, la Dakar Fashion Week reste l’une des plateformes les plus durables du paysage africain. L’édition 2025, prévue du 3 au 7 décembre, s’inscrit dans une trajectoire assumée : innovation durable, scénographies ancrées dans l’espace public et usage de la mode comme outil de diplomatie culturelle. Le défi demeure toutefois économique : transformer une reconnaissance internationale solide en infrastructures de production et de distribution capables d’assurer des revenus pérennes aux créateurs.

Bamako, la Biennale Africaine de la Mode

Avec sa cinquième édition devenue biennale, le Mali Mode Show a proposé en 2025 un modèle singulier dans le paysage de la mode africaine. Déployé sur l’ensemble du mois de novembre, l’événement a investi la ville à travers une programmation plurielle mêlant exposition, défilés, afterworks, soirées privées et des balades sur le fleuve Niger, pour un public d’amateurs de mode, de passionnés et de professionnels, tous engagés dans une même volonté de création et de transmission.

Au total, plus de 3 000 personnes ont participé aux différentes activités. L’édition a mobilisé une quarantaine de partenaires institutionnels, médiatiques et technique, organisé deux grandes soirées de défilés avec  80 mannequins sur les podium et 30 stylistes.

Placée sous le thème « Incarnez l’héritage », cette édition a ouvert une réflexion de fond sur la place du patrimoine textile et des savoir-faire dans les aspirations des créateurs, et sur leur capacité à réinventer l’avenir sans rompre avec leurs racines. Cette vision s’est incarnée au cœur de l’événement avec l’exposition « Afrique Bleue, histoires tissées en indigo », installée au Musée national du Mali, un symbole fort qui a inscrit durablement le Mali Mode Show dans le champ patrimonial et muséal.

Moins tourné vers la recherche d’une visibilité immédiate que vers la consolidation d’un récit national, le Mali Mode Show s’affirme ainsi comme un outil de soft power culturel en construction, fondé sur la transmission, l’inclusion et le temps long.

Dans cette même dynamique, un défilé inclusif, organisé en partenariat avec l’UNICEF, a mis en lumière des personnes vivant avec différents handicaps, habillées par une dizaine de stylistes maliens. Ce partenariat s’est également traduit par des actions en direction de la jeunesse, notamment un atelier autour de l’indigo, animé par Moussa Bagayoko, affirmant la vocation éducative et sociale de l’événement.

Paris comme caisse de résonance

À l’international, Africa Fashion Up a poursuivi son rôle de passerelle. En réunissant à Paris des créateurs du continent et de la diaspora, le programme fondé par Valérie Ka articule formation d’excellence, visibilité médiatique et débouchés commerciaux. Le défilé du 26 juin 2025 et le pop-up Africa Now aux Galeries Lafayette ont illustré une stratégie claire : inscrire la mode africaine dans les circuits internationaux sans la dissoudre dans une esthétique standardisée.

Addis-Abeba, le cœur industriel

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week s’est imposée comme le baromètre économique du secteur. Avec 189 exposants venus de 22 pays et plus de 4 300 visiteurs professionnels, l’édition 2025 a mis en lumière les enjeux clés : industrialisation, compétitivité, durabilité. Ici, la mode se lit moins comme spectacle que comme chaîne de valeur, reliant matières premières, technologies et marchés internationaux.

Afrique de l’Est et Afrique australe, nouvelles dynamiques

À Kampala, l’Afri Art Fashion Show a franchi un seuil en devenant un festival d’une semaine, mêlant formation, exposition et reconnaissance institutionnelle à travers ses prix. En Afrique du Sud, la pause stratégique annoncée par la South Africa Fashion Week témoigne, à l’inverse, des tensions structurelles qui traversent les modèles traditionnels des semaines de la mode, confrontées à la montée du digital et du direct-to-consumer.

En pleine tourmente, Bamako célèbre l’audace et la résistance : l’exception Mali Mode Show

En pleine tourmente, Bamako célèbre l’audace et la résistance : l’exception Mali Mode Show

Bamako n’a jamais cessé d’être une ville paradoxale : fragile et vibrante, éprouvée et inventive. Depuis le 1er novembre, ce paradoxe a pris des airs de défi assumé. Dans une capitale en proie aux inquiétudes, le Mali Mode Show, désormais biennale, s’est ouvert avec une assurance qui relève presque du manifeste. Car parler de mode aujourd’hui au Mali, c’est toucher aux tensions du réel, c’est se placer au croisement de la culture, de la diplomatie et de la résilience collective.

Ibrahim Guindo, Commissaire Général du Mali Mode Show, dans son discours inaugural. ©H-PICTURE

Une biennale lancée au cœur d’un moment critique

Depuis plusieurs semaines, la ville vit sous tension. Les attaques contre des convois de carburant ont engendré une pénurie sévère, qui a désorganisé la vie quotidienne jusque dans ses mécanismes les plus basiques. La crise n’a pas seulement touché les stations-service : elle a gelé les mobilités, paralysé les prestataires, renchéri les denrées, fragilisé les chaînes logistiques. Dans cet état d’incertitude, les rumeurs de blocus ont prospéré, amplifiées par la menace sécuritaire. L’appel lancé par certaines ambassades à leurs ressortissants a contribué à installer une atmosphère de crainte diffuse.

Et pourtant, dans ce chaos, c’est une cérémonie lumineuse qui s’est tenue à Bamako. Sous le haut patronage du Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme de la République du Mali, Mamou Daffé, et avec le soutien affirmé de l’Ambassade d’Espagne, la biennale a convoqué plus d’une dizaine de représentations diplomatiques, démontrant que la mode, au Mali, reste un espace stratégique : un territoire de représentation, de dialogue et d’engagement.

Une partie des officiels présents, dont le Ministre de la culture et l’ambassadeur d’Espagne au Mali et Burkina Faso. (© H-Picture)

Une salle comble, une scène plurielle et l’énergie d’un pays debout

L’ouverture du Mali Mode Show a été un moment rare : un public attentif et un ballet continu de personnalités du monde de la culture, du lifestyle, des affaires et de la diplomatie. Plus de soixante médias, photographes et créateurs de contenus étaient accrédités. Une affluence qui démentait toutes les craintes.

La portée artistique de la cérémonie doit beaucoup au moment phare de la soirée : le spectacle Les gestes de l’héritage, imaginé par Jean Kassim et l’association espagnole Mama Africa. Ce tableau scénique, pensé comme un tissage d’expressions, a incarné avec finesse le dialogue entre tradition et contemporanéité.

Lassina Koné dans Geste de l'Héritage de JK Dressing et Mama Africa

Slam, musique live, chorégraphies habitées et défilé de créations en indigo signées JK Design et Mama Africa ont composé un ensemble d’une cohérence visuelle et émotionnelle rare. La scène musicale réunissait la DJ et musicienne Amy Dian et la chanteuse Anna Diabaté, tandis qu’un casting improbable et captivant défilait : la dramaturge Jeanne Diama, égérie de cette édition ; le rappeur Cvcha ; la plasticienne Sacha Alexandra ; le maître marionnettiste Yaya Koulibaly ; le chorégraphe Lassy Koné, dit Donkebaga ; et Jean Kassim lui-même. L’ensemble formait une mosaïque d’identités artistiques dont l’intensité a transcendé les frontières habituelles entre disciplines.

La diplomatie culturelle en action : l’exemple de l’Espagne

L’un des traits marquants de cette édition est l’ampleur de la collaboration internationale, incarnée par l’Ambassade d’Espagne. Dès l’ouverture, les mots de Ibrahim Guindo, dit Akim Soul, coordinateur général du MMS et du représentant de la délégation espagnole ont rappelé l’ancrage de cette relation bilatérale, qui se traduit dans des actions tangibles : formations, ateliers, accompagnement, et surtout la remarquable exposition Afrique Bleu – Histoires tissées en indigo.

L'ambassadeur d'Espagne au Mali; Antonio Guillén Hidalgo.
Discours de l’ambassadeur d’Espagne au Mali, Antonio Guillén Hidalgo. (© Xavier Thera )

Cette exposition itinérante, passée par le Nigéria et l’Espagne Madrid, trouve à Bamako un écrin singulier.

Le public a également apprécié le photocall monumental signé Aminata Diallo, architecte et fille du grand designer Cheick Diallo, Président d’honneur de la biennale. Le geste architectural, à la fois sobre et monumental, a été unanimement salué.

Une biennale qui s’ouvre, se déploie et transforme la ville

Depuis son lancement le 1er novembre, la biennale sillonne la ville, occupe des lieux symboliques, investit les espaces professionnels et naturels :

  • formations à l’Ambassade d’Espagne
  • rencontres et afters
  • lancement des « Dimanches du ZemeBa »

Le ZemeBa, emblématique bateau du Niger, devient un symbole flottant : un espace de liberté, de pensée et de transmission, en rupture avec l’atmosphère de tension qui caractérise la ville.

Un acte de résistance culturelle

S’il ne fallait retenir qu’une chose de cette édition, ce serait la conviction intime que la création peut tenir debout au milieu de la tempête. Que la culture n’annule pas la crise, mais qu’elle offre un espace pour la penser, la traverser, lui opposer un récit vivant.

Dans un Bamako troublé, le Mali Mode Show apparaît comme un acte de résistance, calme, élégant, profondément enraciné, qui embrasse la tradition sans renoncer à la modernité. Une biennale qui continue jusqu’au 30 novembre, et qui réaffirme une vérité essentielle : lorsque la société vacille, la culture fait tenir l’âme.

Le Mali célèbre durant un mois la mode africaine

Le Mali célèbre durant un mois la mode africaine

La mode africaine s’apprête à franchir un nouveau cap. Du 1er au 30 novembre 2025, la capitale malienne accueillera la cinquième édition du Mali Mode Show (MMS), qui adopte désormais le format ambitieux d’une biennale africaine de la mode. Né en 2018 comme un rendez-vous annuel consacré aux défilés, l’événement s’impose aujourd’hui comme une plateforme continentale de création, de réflexion et de transmission.

« Incarnez l’héritage, l’héritage incarné » : un manifeste pour la mode africaine

Placée sous la présidence d’honneur de Cheick Diallo, designer de renommée internationale et figure majeure de la création contemporaine, cette cinquième édition se déroulera sous le thème « Incarnez l’héritage, l’héritage incarné ». Le thème est évocateur tel un véritable manifeste : celui d’une Afrique qui puise dans ses savoir-faire ancestraux pour inventer de nouvelles esthétiques.

Bogolan, indigo, teinture, tissage… Autant de techniques artisanales qui sont convoquées comme des matières vivantes, porteuses de mémoire, de créativité et de modernité. Pour les organisateurs, il s’agit de transcender l’héritage pour mieux le projeter vers l’avenir.

 Cheick Diallo Président d’honneur du Mali Mode Show 2025, lors de la conférence de presse du 25 septembre 2025

Une conférence de presse pour lancer la dynamique

C’est dans cette perspective que s’est tenue, ce jeudi 25 septembre 2025, à Tanya Garden, la conférence de presse officielle de l’événement. Elle a réuni un présidium représentatif des partenaires institutionnels et diplomatiques, parmi lesquels Orange Mali, sponsor officiel de l’édition, l’Ambassade d’Espagne, et le Ministère malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme.

Cette rencontre a permis de présenter les grandes orientations de la biennale et de rappeler son ambition : placer la mode africaine au cœur des dynamiques contemporaines, comme vecteur d’identité, d’innovation et de transformation.

Au cours de la conférence de presse, l'affiche officiel a été révélée
Au cours de la conférence de presse, l’affiche officielle a été révélée

COMMUNIQUÉ DE PRESSE_MMS25

L’ambition de l’évènement n’a d’équivalent que le programme. La conférence de presse a déroulé un programme riche

  • Une exposition majeure, dont Afrique Bleue. Histoires tissées en Indigo, organisée en partenariat avec le Musée National du Mali, le Ministère espagnol de la Culture, le Musée national d’Anthropologie de Madrid et l’association Mamah Africa.
  • Des défilés emblématiques, notamment Made in Mali et le Grand Show international, vitrines de la création africaine contemporaine.
  • Des panels, conférences, ateliers et rencontres professionnelles, qui aborderont les grands enjeux de la mode sur le continent.

L’événement s’inscrit également dans l’Année de la Culture 2025 au Mali, une initiative promulgué par les plus hautes autorité pour engager les initiatives culturelles dans les efforts de développement et les enjeux de cohésion sociale.


Une plateforme structurante pour les créateurs africains

Le Mali Mode Show est devenu, en quelques années, un moteur de structuration pour tout un écosystème.
Lancé en 2018 par Mali Mode Association et AS Agency, il vise à :

  • Célébrer les figures fondatrices de la mode africaine et rendre hommage à leur influence sur les imaginaires collectifs.
  • Promouvoir les patrimoines artisanaux avec fierté et modernité, loin du folklore.
  • Soutenir la professionnalisation des jeunes créateurs, notamment à travers des programmes de formation et d’accompagnement.
  • Faire dialoguer tradition et innovation pour affirmer la mode africaine comme un levier de développement culturel et économique.

L’appel à candidatures, lancé en juin et désormais clôturé, a suscité un fort intérêt sur le continent. Les créateurs sélectionnés viendront présenter à Bamako des collections inédites, conçues comme des réponses créatives au thème de cette édition.

Ibrahim Guindo dit Akim Soul commissaire général du Mali Mode Show

Pour Ibrahim Guindo, commissaire général du Mali Mode Show, cette cinquième édition porte un message fort : « Nous voulons porter collectivement un message au monde : celui d’un futur qui s’écrit sur le socle d’un passé valeureux, d’une culture africaine forte et d’un héritage désormais incarné dans la mode contemporaine. »

À travers cette biennale, Bamako affirme sa place sur la scène culturelle mondiale. Le Mali Mode Show devient ainsi une plateforme de dialogue entre patrimoine et innovation, artisanat et design, mémoire et modernité — et un point de convergence pour les créateurs africains et internationaux.


📍 Mali Mode Show 2025 – Bamako, du 1er au 30 novembre 2025
Un mois pour célébrer l’héritage africain, le réinventer et le projeter dans le futur à travers la mode contemporaine.

Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Fari Foni Waati #10 : Le festival chorégraphique de Bamako ouvre son appel à candidatures

Le festival Fari Foni Waati (FFW) vient de lancer son appel à candidatures pour sa 10ᵉ édition, prévue en janvier 2026. Dix ans après sa création, ce rendez-vous majeur de la scène chorégraphique africaine continue de tracer un chemin singulier, entre ancrage populaire et rayonnement international.

Une fabrique vivante de la danse contemporaine

Créé en 2017 par la chorégraphe Naomi Fall, le FFW – “Le temps des corps en mouvement” en bambara, est devenu au fil des ans un temps d’expérimentation, de transmission et de structuration porté par l’association De Ceux Qui (DCQ), basée à Bamako. Depuis ses débuts, le festival a su faire émerger une nouvelle génération d’artistes à l’écoute de leur temps, attentifs aux mutations sociales et culturelles du continent.

Au cœur de son dispositif, les laboratoires chorégraphiques rassemblent chaque année une vingtaine de jeunes danseurs africains ou résidents sur le continent, encadrés par trois chorégraphes invités. Ensemble, ils construisent, pendant trois semaines, des pièces collectives qui seront présentées au public lors du Grand Festival, dans les rues de Bacodjicoroni et au Centre culturel BlonBa. Une manière forte d’inscrire la danse dans les territoires et de valoriser la rencontre avec des publics multiples.

Temps d'échange "Grin" durant le FFW 2025.

2026 : “L’année de l’audace et de la transmission”

L’édition 2026 sera placée sous ce thème fédérateur. Pour sa 10ème édition, le FFW veut célébrer son histoire tout en ouvrant une nouvelle page. L’enjeu ? Renforcer les ponts intergénérationnels, encourager les croisements entre disciplines artistiques et inscrire plus profondément encore la danse contemporaine dans le dialogue avec les enjeux de société : écologie, genre, inclusion, justice sociale.

Sans encore dévoiler les noms des chorégraphes invités, l’équipe annonce des figures reconnues et engagées, et promet une édition marquée par l’ouverture et l’excellence. La direction exécutive du FFW est aujourd’hui assurée par une nouvelle génération d’acteurs culturels : Kadidja Tiemanta (directrice générale), Kossa Christian (direction artistique et technique) et Wilfried Sanwidi (production, administration et développement), avec l’appui de Bamory Samaké, coordinateur général.

Un appel à tous les jeunes danseurs du continent

L’appel à candidatures s’adresse aux danseurs professionnels ou en voie de professionnalisation, résidant en Afrique, avec une expérience en danse contemporaine ou en danses traditionnelles et urbaines. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 août 2025 à 23h59 GMT.

Ce processus de sélection passe désormais par un formulaire unique en ligne, avec un dossier simplifié (biographie, lettre de motivation, CV, vidéo de performance, photo professionnelle, etc.). Un webinaire d’information est également prévu le 11 août 2025 à 10h GMT, en français.

Communiqué de presse

De Bamako à l’Afrique entière, un souffle de création

Avec le soutien de partenaires historiques comme BlonBa (Wakloni) et l’engagement croissant du tissu artistique local, le Fari Foni Waati s’inscrit dans un contexte fertile. La récente création de la Fédération malienne des professionnels de la danse marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur, portée par la mobilisation des artistes eux-mêmes. Dans cette dynamique, le FFW affirme plus que jamais son rôle de catalyseur : pour les talents émergents, les pédagogues, les programmateurs, et pour toutes celles et ceux qui considèrent la danse comme un levier de transformation et d’émancipation.

Basée à Bamako, l’association De Ceux Qui (DCQ) œuvre depuis 2016 à la promotion et à l’organisation des arts vivants au Mali, avec un engagement fort pour la danse contemporaine. À travers le festival-laboratoire Fari Foni Waati, projet emblématique de son action, DCQ a su créer un espace pérenne de recherche, de création et de diffusion, réunissant chaque année des artistes du Mali et d’autres horizons autour d’une démarche exigeante, inclusive et ouverte aux publics.

Au-delà du festival, l’association développe des programmes pédagogiques, des dispositifs de professionnalisationpour les jeunes artistes, et multiplie les initiatives visant à faire des arts vivants un outil d’engagement citoyen, d’innovation sociale et de dialogue entre les territoires.