Portrait d’une Afrique qui regarde le monde, caméra à la main

À travers Kalapo, c’est une Afrique visuelle, engagée et documentée qui se dessine. Une Afrique qui ne fuit pas son passé, mais le met en lumière. Une Afrique jeune, qui prend la parole, et surtout, qui sait où elle va. Appareil photo en bandoulière, Kalapo marche dans les pas de ses ancêtres pêcheurs, sauf que ses filets à lui attrapent la lumière. Dans l’objectif de
John Moussa Kalapo, l’eau devient mémoire, les visages deviennent récits, et les silences prennent la parole. Artiste visuel, photographe engagé et héritier de la culture Bozo, il incarne une jeunesse africaine qui voyage pour mieux transmettre, observe pour mieux comprendre, et crée pour mieux sauvegarder.


Quand on lui demande qui il est, John Moussa Kalapo répond sans détour :
« Je suis Bozo. »

Cette simple affirmation dit tout d’une appartenance profonde, d’un lien viscéral à une culture millénaire. Les Bozo, appelés « les maîtres du fleuve », forment un peuple nomade du Mali, vivant au rythme de l’eau, bâtissant leurs maisons selon les crues et les saisons, et porteurs d’un savoir ancien sur les écosystèmes fluviaux. Les Bozo sont un peuple de l’eau, de pêcheurs, de mouvements.

Chez Kalapo, cet héritage ne s’exprime pas en pirogue, mais en images. Avec l’appareil photo comme boussole, il a parcouru l’Afrique, l’Europe et les Amériques, exposant ses œuvres à Abidjan, Lomé, Paris, Londres ou encore New York. Son style ? Un mélange entre photojournalisme et narration visuelle, où l’émotion se fait outil de compréhension du réel.

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John Kalapo, l’artiste qui documente les traces invisibles.

Plus qu’un photographe, Kalapo est un archiviste du sensible. Il a contribué à la sauvegarde d’un patrimoine rare : les fonds photographiques de légendes africaines comme Malick Sidibé, Abderrahmane Sakaly, Adama Kouyaté ou Tijane Sitou. Il a aussi œuvré pour la préservation des archives des luttes des femmes maliennes, un chantier mémoriel de première
importance.

À travers ces projets, il construit un pont entre l’Afrique d’hier et celle de demain, entre les silences oubliés et les voix émergentes : « Ce qui m’anime, c’est rendre visibles des réalités qu’on ne regarde plus. »


Un artiste nomade à l’âme Bozo

John Moussa Kalapo est à la fois globe-trotter et enraciné. Son identité Bozo, loin d’être figée, nourrit ses voyages, ses rencontres, ses choix esthétiques. Il fait partie d’une génération d’artistes africains qui croient en la mobilité comme apprentissage. Mais il sait aussi combien cette liberté est entravée. « Les jeunes Bozo vivent dans la précarité. L’accès à la mobilité, à l’éducation, est souvent bloqué, par le manque de moyens. » Face à cette réalité, Kalapo agit. À Bamako, il anime des ateliers de photographie pour les enfants et pour les jeunes, pour transmettre, pour initier, pour ouvrir des portes. Ces ateliers deviennent des lieux de respiration, d’éveil à l’image, à l’expression, à la critique : « Je veux qu’ils puissent observer le monde autrement. Se sentir capables de le raconter à leur tour. »

L’eau comme fil conducteur, la mémoire comme urgence

Aujourd’hui, John travaille sur un documentaire autour des Bozo, sur tous ceux et celles qui vivent au bord de l’eau. Il veut documenter cette culture mouvante, avant qu’elle ne disparaisse. Car si l’eau est source de vie, elle est aussi devenue, dans certaines zones, un territoire menacé, fragilisé par le changement climatique, l’urbanisation ou le désintérêt des
politiques. « Je suis fier d’être Bozo. J’apprends de cette culture. Et je veux la transmettre, en images, en récits, en gestes. », affirme-t-il comme mot de fin pour conclure.


Ce contenu a été créé dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par Africa No Filter (ANF) avec le financement de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ, de l’Union africaine ou d’ANF.


L’AUTEUR.E

Léonella OLOUKOI est communicatrice et créatrice de contenus digitaux, titulaire d’un Master en Marketing Communication. Elle cumule dix années d’expérience dans les médias et se distingue par sa passion pour la communication digitale et la culture. Depuis 2022, elle dirige la communication digitale d’une organisation internationale, où elle œuvre à diffuser une image positive sur les plateformes numériques.