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La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

La danse malienne en quête de structuration : la FADCM pose les bases d’une nouvelle étape

Le samedi 7 février 2026, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ à Bamako a accueilli la première Assemblée Générale de la Fédération des Associations des Danseurs et Chorégraphes du Mali (FADCM). Une rencontre qui a marqué une étape importante dans la structuration du secteur de la danse au Mali.

Professionnels venus de différentes régions, chorégraphes, partenaires culturels, représentants institutionnels et médias ont répondu présents. L’objectif de la journée était de faire un état des lieux lucide du secteur et réfléchir ensemble aux perspectives d’organisation et de reconnaissance.

Un secteur vivant, porté par l’héritage

Pour le chorégraphe Lassina Koné, président de la Fédération, la danse malienne repose aujourd’hui sur un socle solide.

« Nous avons été chanceux d’avoir des devanciers qui ont accompli un travail colossal. Ils ont transmis la danse, mais aussi des valeurs liées à nos territoires au Mali. Grâce à cette transmission, le secteur est aujourd’hui vivant et prêt à aller plus loin. »

Selon lui, le principal enjeu n’est plus l’existence ou la vitalité artistique, mais la structuration. De Kidal à Bamako, les réalités diffèrent. L’Assemblée générale a permis d’identifier les difficultés propres à chaque territoire afin de construire une vision commune.

CP : konexionculture

La Fédération entend désormais porter la voix du secteur auprès des autorités et inscrire la danse dans un cadre institutionnel plus affirmé.

La danse comme espace social et citoyen

Vice-présidente de la FADCM, Kadidja Tiemanta a insisté sur la dimension sociale et inclusive de la discipline.

« La danse crée du lien entre les populations, entre les artistes et la communauté. Elle offre un espace d’expression aux jeunes et aux femmes, leur permettant de gagner en confiance et de s’exprimer librement. »

Au-delà de l’esthétique, la danse devient ainsi un outil de cohésion sociale, un langage commun capable de raconter les histoires des communautés.

Pour elle, la tenue de cette Assemblée générale traduit une certaine maturité du secteur de la danse : « Nous sommes sur une voie de structuration et de professionnalisation. Il s’agit d’accompagner les danseurs vers plus d’organisation et de renforcer l’appui financier, technique et institutionnel. »

Vers un statut pour les danseurs maliens

Les échanges ont également porté sur la question centrale de la mise en place d’un statut profitable aux danseurs maliens. Un chantier structurant qui permettrait de clarifier les conditions d’exercice, de renforcer la reconnaissance professionnelle et de consolider le dialogue avec les pouvoirs publics.

CP : konexionculture

La rencontre s’est déroulée dans un esprit d’unité et de mobilisation. Plusieurs personnalités ont marqué leur présence, notamment Alioune Ifra Ndiaye directeur du Blonba, Mamountou Koné chef du département danse du Conservatoire ou encore Abdoulaye Mangane professeur au Conservatoire. Le soutien du Palais de la Culture, du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme aux coté des nombreuses structures partenaires a été salué par les organisateurs.

Les délégations venues de l’intérieur du pays ont également renforcé la dimension nationale de cette rencontre. À travers cette première Assemblée générale, la FADCM souhaite parler d’une seule voix et inscrire durablement la danse dans le paysage institutionnel et professionnel malien.

Dans un contexte où les industries culturelles et créatives cherchent à se structurer davantage en Afrique de l’Ouest, cette dynamique pourrait constituer un tournant pour les arts vivants au Mali.

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

À Bamako, Fari Foni Waati : dix ans de danse pour tenir le monde debout

Le Fari Foni Waati est un des plus grands rendez-vous de la danse contemporaine en Afrique. Pour sa dixième édition, en 2026, le festival a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité. Depuis ses débuts le FFW célèbre une danse contemporaine pensée comme un outil de recherche, de transmission et de professionnalisation. Un festival au plus près des réalités du terrain.

Initialement conçu le festival est prévu pour se déployer sur trois semaines. Mais cette année, dû à des contraintes diverses et difficiles, le projet a été ramené à une durée à deux semaines du 12 au 24 janvier 2026. L’essentiel n’a pourtant pas été sacrifié. Le principe fondateur a été maintenu. Deux semaines de laboratoires intensifs, menés avec 19 jeunes artistes sélectionnés sur appel à candidatures au Mali et d’autres pays africains, suivies d’un temps de festival ouvert au public. Une architecture exigeante, rarement maintenue avec une telle constance dans la région.

Les laboratoires comme colonne vertébrale

Les laboratoires constituent le cœur battant du Fari Foni Waati. Pensés à chaque édition pour porter une ADN spécifique, ils sont définis par la direction artistique, aujourd’hui assurée par Romain Christian Kossa. Très prisés, ces laboratoires représentent pour de nombreux jeunes chorégraphes un passage déterminant, souvent décisif dans la construction de leur parcours professionnel.

Romain Christian Kossa – CP : Aloupy

Pour cette édition anniversaire, les laboratoires ont été dirigés par trois figures majeures de la création contemporaine : la chorégraphe Naomi Fall, fondatrice du festival, Ahlam El Morsli, cofondatrice et codirectrice des Rencontres chorégraphiques de Casablanca, et le dramaturge Étienne Minoungou, figure incontournable de la scène africaine contemporaine et fondateur des Récréâtrales.

La présence de ce dernier constitue d’ailleurs l’une des particularités marquantes de cette édition : l’ouverture pleinement assumée de la danse à d’autres disciplines, notamment le théâtre. Cette hybridation s’est incarnée dans un laboratoire conduit par Étienne Minoungou en collaboration avec le chorégraphe malien Lassina Donkébaga Koné. Ensemble, ils ont travaillé avec les jeunes interprètes sur la friction entre corps, parole, geste et pensée, donnant naissance à Tourner la face au Soleil, une proposition collective nourrie des textes de Felwine Sarr, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau.

Des créations qui interrogent le présent

En plus de Tourner la face au Soleil, les plateaux FFW, dédiés à la restitution des créations issues des laboratoires, ont donné à voir deux autres propositions portées par les chorégraphes Naomi Fall et Ahlam El Morsli. Deux formes distinctes, mais animées par une même exigence : interroger le présent, l’instant et la force de ce qui advient sur scène.

À la lisière, porté par Naomi Fall, a marqué les esprits par la délicatesse de son écriture chorégraphique. Issu d’un processus de recherche de deux semaines, le spectacle explore les états de présence, les failles et les résonances intimes des interprètes (Bakary Diabaté (Bouki), Bonaventure C. Sossou, Victoria Ojiayo, Ousmane Diallo, Bigué Ndiaye et Daffa Dagnioko) dans une attention constante au monde environnant.

A la lisère, Plateau FFW de Naomi Fall – CP : Aloupy

Face à Face, transmission menée par Ahlam El Morsli à partir de son œuvre originale avec la Cie Col’jam, interroge frontalement les normes sociales et culturelles. Interprété par Ayanou Hodemissi, Labarest Anoura Aya Larissa, Djagba Marie-Rose, Ana Aida Koné, Moussa Dabo, Koné Alou et Ouedraogo Hortence, le spectacle explore la puissance des corps féminins face aux rapports de domination, avec une intensité rare et sans concession.

Professionnalisation et coopération internationale

Fidèle à sa vocation formatrice, le festival a initié un important volet de masterclasses, dispensées cette année par des artistes venus d’Espagne dans le cadre de la coopération espagnole. La Compagnie Marco Vargas & Chloé Brûlé, ainsi que le chorégraphe ivoirien Oulouy, résident en Espagne, ont partagé leurs pratiques et leurs expériences avec les participants.

Ces temps de transmission se sont ensuite prolongés sur scène, avec la présentation de Naufrage universel par Marco Vargas et Chloé Brûlé, et de Black par Oulouy de Africa Moment, deux œuvres intégrées à la programmation officielle. Une manière cohérente, pour le festival, d’ouvrir sa scène à des créations internationales tout en renforçant les dynamiques de coopération avec l’Espagne.

Marco Vargas & Chloé Brûlé dans Naufrage Universel – CP : AKD

Oulouy dans Black – CP : AKD

Sur le plan international, cette dixième édition a également été marquée par une soirée-cocktail organisée le 21 janvier à la Résidence de l’Ambassadrice de l’Union européenne au Mali. Pensée comme un prélude à la phase festival, cette rencontre a donné lieu à plusieurs prises de parole engagées, dans un contexte où la culture peine parfois à conserver sa place parmi les priorités de la coopération internationale au Mali.

Patricia Gómez Lanzaco, Première Conseillère de l’Ambassade l’Espagne au Mali et Bettina Muscheidt ambassadrice de l’UE au Mali.
La soirée a vu la présentation de Puzzle , une performance de Christian Kossa. CP : AKD

Diplomates, acteurs économiques et professionnels de la culture étaient réunis à cette occasion. La directrice générale du Fari Foni Waati, prenant la parole à la suite de Bettina Muscheidt, a rappelé le soutien constant de l’Union européenne depuis 2023, dans le cadre du programme Voix des Jeunes, à travers le projet « DCQ engagé pour la professionnalisation et la création d’opportunités dans le secteur des arts vivants au Mali ».

Kadidja Tiemanta, Directrice du Festival – CP : AKD

Elle a surtout appelé les acteurs de la coopération à ne pas mettre la culture en pause, invitant à considérer les artistes et leurs pratiques non comme des variables d’ajustement, mais comme une économie à part entière et des partenaires essentiels des projets de développement. La soirée a vu la présentation de Puzzle D, une performance de Christian Kossa.

Un festival ancré dans la communauté

Au-delà des plateaux chorégraphiques, la programmation locale a conservé toute sa place avec la Compagnie Nama, référence majeure de l’art de la marionnette au Mali, dirigée par Yacouba Magassouba. D’année en année, le spectacle de marionnettes gagne en ampleur et en inventivité… puise dans la richesse des talents des artistes et dans un répertoire de contes locaux dont la vitalité ne se dément pas.

L’exposition-installation performative D’où la lumière jaillit portée par Naomi Fall, Nolwenn PETERSEMMITT et Awa KEBE a, quant à elle, proposé au public une expérience sensible autour des questions de santé mentale, confirmant l’attention constante du festival aux enjeux sociaux contemporains.

CP : ALoupy

Cette édition a accueilli près d’une centaine d’artistes (danseur·se·s, chorégraphes, dramaturges, musicien·ne·s et performeur·se·s ) et a rassemblé plus de 1 400 spectateurs. Le public du Fari Foni Waati demeure majoritairement jeune, souvent enfant, et profondément acquis à la danse contemporaine. Une fidélité construite dans le temps, grâce à un travail patient d’ancrage territorial et de médiation culturelle.

Une fidélité que les organisateurs entendent préserver lors de la 11ᵉ édition, qui adoptera un nouveau format et se tiendra du 12 octobre 2026 au 24 janvier 2027, dans un même esprit de continuité, aussi bien envers le public qu’envers les partenaires du festival.

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

Les grands rendez-vous de la mode africaine en 2025

En 2025, la mode africaine a consolidé ses positions. D’un continent longtemps perçu comme réservoir d’inspirations, l’Afrique est devenue un espace stratégique où se redéfinissent les équilibres entre création, industrie et diplomatie culturelle. Une série de rendez-vous majeurs a dessiné une cartographie plus lisible d’un secteur en mutation, porté par des capitales aux identités affirmées.

À l’Ouest, Lagos Fashion Week s’est imposée comme le centre de gravité continental. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a confirmé la maturité d’un écosystème capable d’articuler esthétique, durabilité et accès au marché. Lagos n’est plus seulement une vitrine créative : elle est devenue un laboratoire observé par les grandes plateformes internationales, où la mode se pense aussi comme industrie et solution.

À Dakar, la continuité a fait figure de méthode. Fondée en 2002, la Dakar Fashion Week a poursuivi son travail de fond : accompagnement des créateurs, scénographies ancrées dans l’espace public, et usage assumé de la mode comme outil de dialogue culturel. Le défi reste économique, mais la légitimité acquise place Dakar parmi les plateformes africaines les plus respectées à l’international.

À Bamako, le Mali Mode Show  est devenu la Biennale Africaine de la Mode, et en s’est déployé sur tout le mois de novembre, l’événement a privilégié l’ancrage territorial et le récit culturel. Ici, la mode s’écrit à partir des savoir-faire, du patrimoine textile et de la ville elle-même. Moins tournée vers l’effet immédiat que vers la construction d’un imaginaire durable, la plateforme malienne affirme une autre temporalité de la reconnaissance.

À l’international, Paris a continué de jouer un rôle de caisse de résonance. Africa Fashion Up a consolidé son positionnement comme passerelle entre créateurs africains, diaspora et grandes institutions européennes. Formation, visibilité et débouchés commerciaux y sont pensés comme un continuum, non comme une fin en soi.

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week, à Addis-Abeba, a rappelé une évidence : sans industrie, pas de souveraineté créative. En réunissant fabricants, acheteurs et investisseurs, l’ASFW a confirmé que l’avenir de la mode africaine se jouera aussi dans les usines, les chaînes logistiques et les accords commerciaux.

Enfin, à Kampala, l’Afri Art Fashion Show a illustré l’émergence de nouveaux pôles en Afrique de l’Est, misant sur la formation, la reconnaissance institutionnelle et la jeunesse comme leviers de transformation.

Pris ensemble, ces événements racontent une même bascule : la mode africaine n’est plus un récit unique, mais un champ de forces. En 2025, le continent a cessé d’être un simple sujet pour devenir un acteur structurant des conversations mondiales sur la création, l’économie et la culture.

FOCUS

Lagos Fashion Week, centre de gravité continental

Plus de 60 designers, 15 000 visiteurs

Du 29 octobre au 2 novembre, Lagos Fashion Week a confirmé son rôle de pivot. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a illustré la maturité d’un écosystème capable d’articuler création, durabilité et accès au marché. Défilés, programmes de formation et débats ont consolidé une vision où l’esthétique s’accompagne d’une réflexion sur la production responsable et la structuration de l’industrie. Plus qu’un rendez-vous créatif, Lagos s’impose désormais comme un laboratoire à ciel ouvert, observé bien au-delà du continent.

Dakar Fashion Week, dans la continuité

Fondée en 2002 par Adama Paris, la Dakar Fashion Week reste l’une des plateformes les plus durables du paysage africain. L’édition 2025, prévue du 3 au 7 décembre, s’inscrit dans une trajectoire assumée : innovation durable, scénographies ancrées dans l’espace public et usage de la mode comme outil de diplomatie culturelle. Le défi demeure toutefois économique : transformer une reconnaissance internationale solide en infrastructures de production et de distribution capables d’assurer des revenus pérennes aux créateurs.

Bamako, la Biennale Africaine de la Mode

Avec sa cinquième édition devenue biennale, le Mali Mode Show a proposé en 2025 un modèle singulier dans le paysage de la mode africaine. Déployé sur l’ensemble du mois de novembre, l’événement a investi la ville à travers une programmation plurielle mêlant exposition, défilés, afterworks, soirées privées et des balades sur le fleuve Niger, pour un public d’amateurs de mode, de passionnés et de professionnels, tous engagés dans une même volonté de création et de transmission.

Au total, plus de 3 000 personnes ont participé aux différentes activités. L’édition a mobilisé une quarantaine de partenaires institutionnels, médiatiques et technique, organisé deux grandes soirées de défilés avec  80 mannequins sur les podium et 30 stylistes.

Placée sous le thème « Incarnez l’héritage », cette édition a ouvert une réflexion de fond sur la place du patrimoine textile et des savoir-faire dans les aspirations des créateurs, et sur leur capacité à réinventer l’avenir sans rompre avec leurs racines. Cette vision s’est incarnée au cœur de l’événement avec l’exposition « Afrique Bleue, histoires tissées en indigo », installée au Musée national du Mali, un symbole fort qui a inscrit durablement le Mali Mode Show dans le champ patrimonial et muséal.

Moins tourné vers la recherche d’une visibilité immédiate que vers la consolidation d’un récit national, le Mali Mode Show s’affirme ainsi comme un outil de soft power culturel en construction, fondé sur la transmission, l’inclusion et le temps long.

Dans cette même dynamique, un défilé inclusif, organisé en partenariat avec l’UNICEF, a mis en lumière des personnes vivant avec différents handicaps, habillées par une dizaine de stylistes maliens. Ce partenariat s’est également traduit par des actions en direction de la jeunesse, notamment un atelier autour de l’indigo, animé par Moussa Bagayoko, affirmant la vocation éducative et sociale de l’événement.

Paris comme caisse de résonance

À l’international, Africa Fashion Up a poursuivi son rôle de passerelle. En réunissant à Paris des créateurs du continent et de la diaspora, le programme fondé par Valérie Ka articule formation d’excellence, visibilité médiatique et débouchés commerciaux. Le défilé du 26 juin 2025 et le pop-up Africa Now aux Galeries Lafayette ont illustré une stratégie claire : inscrire la mode africaine dans les circuits internationaux sans la dissoudre dans une esthétique standardisée.

Addis-Abeba, le cœur industriel

À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week s’est imposée comme le baromètre économique du secteur. Avec 189 exposants venus de 22 pays et plus de 4 300 visiteurs professionnels, l’édition 2025 a mis en lumière les enjeux clés : industrialisation, compétitivité, durabilité. Ici, la mode se lit moins comme spectacle que comme chaîne de valeur, reliant matières premières, technologies et marchés internationaux.

Afrique de l’Est et Afrique australe, nouvelles dynamiques

À Kampala, l’Afri Art Fashion Show a franchi un seuil en devenant un festival d’une semaine, mêlant formation, exposition et reconnaissance institutionnelle à travers ses prix. En Afrique du Sud, la pause stratégique annoncée par la South Africa Fashion Week témoigne, à l’inverse, des tensions structurelles qui traversent les modèles traditionnels des semaines de la mode, confrontées à la montée du digital et du direct-to-consumer.

Le Mali célèbre durant un mois la mode africaine

Le Mali célèbre durant un mois la mode africaine

La mode africaine s’apprête à franchir un nouveau cap. Du 1er au 30 novembre 2025, la capitale malienne accueillera la cinquième édition du Mali Mode Show (MMS), qui adopte désormais le format ambitieux d’une biennale africaine de la mode. Né en 2018 comme un rendez-vous annuel consacré aux défilés, l’événement s’impose aujourd’hui comme une plateforme continentale de création, de réflexion et de transmission.

« Incarnez l’héritage, l’héritage incarné » : un manifeste pour la mode africaine

Placée sous la présidence d’honneur de Cheick Diallo, designer de renommée internationale et figure majeure de la création contemporaine, cette cinquième édition se déroulera sous le thème « Incarnez l’héritage, l’héritage incarné ». Le thème est évocateur tel un véritable manifeste : celui d’une Afrique qui puise dans ses savoir-faire ancestraux pour inventer de nouvelles esthétiques.

Bogolan, indigo, teinture, tissage… Autant de techniques artisanales qui sont convoquées comme des matières vivantes, porteuses de mémoire, de créativité et de modernité. Pour les organisateurs, il s’agit de transcender l’héritage pour mieux le projeter vers l’avenir.

 Cheick Diallo Président d’honneur du Mali Mode Show 2025, lors de la conférence de presse du 25 septembre 2025

Une conférence de presse pour lancer la dynamique

C’est dans cette perspective que s’est tenue, ce jeudi 25 septembre 2025, à Tanya Garden, la conférence de presse officielle de l’événement. Elle a réuni un présidium représentatif des partenaires institutionnels et diplomatiques, parmi lesquels Orange Mali, sponsor officiel de l’édition, l’Ambassade d’Espagne, et le Ministère malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme.

Cette rencontre a permis de présenter les grandes orientations de la biennale et de rappeler son ambition : placer la mode africaine au cœur des dynamiques contemporaines, comme vecteur d’identité, d’innovation et de transformation.

Au cours de la conférence de presse, l'affiche officiel a été révélée
Au cours de la conférence de presse, l’affiche officielle a été révélée

COMMUNIQUÉ DE PRESSE_MMS25

L’ambition de l’évènement n’a d’équivalent que le programme. La conférence de presse a déroulé un programme riche

  • Une exposition majeure, dont Afrique Bleue. Histoires tissées en Indigo, organisée en partenariat avec le Musée National du Mali, le Ministère espagnol de la Culture, le Musée national d’Anthropologie de Madrid et l’association Mamah Africa.
  • Des défilés emblématiques, notamment Made in Mali et le Grand Show international, vitrines de la création africaine contemporaine.
  • Des panels, conférences, ateliers et rencontres professionnelles, qui aborderont les grands enjeux de la mode sur le continent.

L’événement s’inscrit également dans l’Année de la Culture 2025 au Mali, une initiative promulgué par les plus hautes autorité pour engager les initiatives culturelles dans les efforts de développement et les enjeux de cohésion sociale.


Une plateforme structurante pour les créateurs africains

Le Mali Mode Show est devenu, en quelques années, un moteur de structuration pour tout un écosystème.
Lancé en 2018 par Mali Mode Association et AS Agency, il vise à :

  • Célébrer les figures fondatrices de la mode africaine et rendre hommage à leur influence sur les imaginaires collectifs.
  • Promouvoir les patrimoines artisanaux avec fierté et modernité, loin du folklore.
  • Soutenir la professionnalisation des jeunes créateurs, notamment à travers des programmes de formation et d’accompagnement.
  • Faire dialoguer tradition et innovation pour affirmer la mode africaine comme un levier de développement culturel et économique.

L’appel à candidatures, lancé en juin et désormais clôturé, a suscité un fort intérêt sur le continent. Les créateurs sélectionnés viendront présenter à Bamako des collections inédites, conçues comme des réponses créatives au thème de cette édition.

Ibrahim Guindo dit Akim Soul commissaire général du Mali Mode Show

Pour Ibrahim Guindo, commissaire général du Mali Mode Show, cette cinquième édition porte un message fort : « Nous voulons porter collectivement un message au monde : celui d’un futur qui s’écrit sur le socle d’un passé valeureux, d’une culture africaine forte et d’un héritage désormais incarné dans la mode contemporaine. »

À travers cette biennale, Bamako affirme sa place sur la scène culturelle mondiale. Le Mali Mode Show devient ainsi une plateforme de dialogue entre patrimoine et innovation, artisanat et design, mémoire et modernité — et un point de convergence pour les créateurs africains et internationaux.


📍 Mali Mode Show 2025 – Bamako, du 1er au 30 novembre 2025
Un mois pour célébrer l’héritage africain, le réinventer et le projeter dans le futur à travers la mode contemporaine.

Kadidja Tiemanta : danser l’eau,  habiter le monde

Kadidja Tiemanta : danser l’eau, habiter le monde

Et si l’eau pouvait parler, danser, se raconter ? C’est le pari artistique et identitaire de Kadidja Tiemanta, danseuse-chorégraphe malienne d’origine Bozo, qui fait de chaque pas un hommage à ses racines et une exploration du monde.

« Je suis Bozo », affirme-t-elle d’une voix claire et tranquille. Ce n’est pas une simple déclaration d’identité. C’est un manifeste, un ancrage. Chez les Bozo, l’eau est tout : lieu de vie, de mémoire, de transmission, de spiritualité. Ils sont appelés « les maîtres du fleuve ». Nomades de l’eau, ils se déplacent au rythme du fleuve Niger, de ses crues, de ses replis. Ce lien intime à l’eau, Kadidja Tiemanta l’a transposé dans son corps, dans son art, dans sa danse.

Formée à la danse africaine et contemporaine, elle porte cette identité avec grâce, sur scène comme dans la vie. Kadidja ne se contente pas de danser, elle habite ses origines et les fait voyager. Sa trajectoire artistique est tissée de multiples itinérances, de Bamako au Ghana, du Burkina Faso au Togo, en passant par le Bénin, le Sénégal, la Guinée, le Niger, le Nigéria. Chaque déplacement est pour elle un acte de connaissance et d’ouverture.

« Le fait que je bouge fréquemment est lié à mon identité Bozo. Les Bozo sont un peuple qui bouge beaucoup. » Affirme-t-elle. Dans un monde où la mobilité devient souvent une épreuve, où les frontières s’érigent comme des murs d’obstacles, Kadidja revendique ce nomadisme culturel comme une richesse, une philosophie de vie.

L’art comme archive vivante

Mais la danse n’est pas qu’expression. Pour Kadidja, elle est un outil de mémoire, de documentation. Son rêve ? Archiver la culture Bozo, recueillir les récits, les gestes, les croyances, pour ne pas les laisser se dissoudre dans le silence. Elle veut créer des œuvres qui racontent l’histoire de son peuple, dans sa complexité, sa beauté, ses douleurs aussi. Une entreprise à la fois artistique et politique.

Regards croisés sur l’Afrique

Parmi ses souvenirs de voyage, elle évoque le Ghana, sa propreté, sa rigueur, son esthétique urbaine. Elle s’émerveille des styles vestimentaires, des manières d’habiter la ville. Chaque pays lui a appris quelque chose. Chaque rencontre l’a nourrie. C’est cette ouverture au monde qu’elle souhaite transmettre aux jeunes Bozo d’aujourd’hui.

« Si vous avez envie de bouger, bougez. Allez découvrir d’autres mondes, d’autres cultures. Ça nourrit l’esprit et le corps. »

Un plaidoyer pour l’eau, la culture et la jeunesse

Mais tout n’est pas simple. Pour les jeunes Bozo, la mobilité est souvent freinée par les réalités économiques. L’accès à l’éducation, à l’emploi, à la formation culturelle reste un défi. Face à cela, Kadidja appelle les décideurs à prendre leurs responsabilités : « Préservez cette culture, ce peuple, pour qu’il puisse continuer à vivre du fleuve. Il faut des mesures pour sauvegarder cette nature et cette identité. »

Kadidja TIEMANTA © Agnès Mellon | Marseille 2024, 𝑴𝑬𝑻𝑨𝑴𝑶𝑹𝑷𝑯#3 | 𝑳𝒂𝒃𝒐𝒓𝒂𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒖𝒏𝒆 é𝒎𝒆𝒓𝒈𝒆𝒏𝒄𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝑺𝒖𝒅𝒔 | Sortie de Résidence du Spectacle « Dji, l’épopée de l’eau »

Quel serait son rêve fou ? Que les jeunes Bozo puissent créer, voyager, être vus, reconnus. Que leur culture ne soit plus un vestige, mais une source vivante de créativité, d’innovation et de beauté. Kadidja Tiemanta danse l’eau comme d’autres écrivent des livres. Elle nous invite à écouter ce que disent les courants, les silences, les racines.


Ce contenu a été créé dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par Africa No Filter (ANF) avec le financement de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ, de l’Union africaine ou d’ANF.

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L’AUTEUR.E

Léonella OLOUKOI est communicatrice et créatrice de contenus digitaux, titulaire d’un Master en Marketing Communication. Elle cumule dix années d’expérience dans les médias et se distingue par sa passion pour la communication digitale et la culture. Depuis 2022, elle dirige la communication digitale d’une organisation internationale, où elle œuvre à diffuser une image positive sur les plateformes numériques.

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