Le samedi 7 février 2026, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ à Bamako a accueilli la première Assemblée Générale de la Fédération des Associations des Danseurs et Chorégraphes du Mali (FADCM). Une rencontre qui a marqué une étape importante dans la structuration du secteur de la danse au Mali.
Professionnels venus de différentes régions, chorégraphes, partenaires culturels, représentants institutionnels et médias ont répondu présents. L’objectif de la journée était de faire un état des lieux lucide du secteur et réfléchir ensemble aux perspectives d’organisation et de reconnaissance.
Un secteur vivant, porté par l’héritage
Pour le chorégraphe Lassina Koné, président de la Fédération, la danse malienne repose aujourd’hui sur un socle solide.
« Nous avons été chanceux d’avoir des devanciers qui ont accompli un travail colossal. Ils ont transmis la danse, mais aussi des valeurs liées à nos territoires au Mali. Grâce à cette transmission, le secteur est aujourd’hui vivant et prêt à aller plus loin. »
Selon lui, le principal enjeu n’est plus l’existence ou la vitalité artistique, mais la structuration. De Kidal à Bamako, les réalités diffèrent. L’Assemblée générale a permis d’identifier les difficultés propres à chaque territoire afin de construire une vision commune.
CP : konexionculture
La Fédération entend désormais porter la voix du secteur auprès des autorités et inscrire la danse dans un cadre institutionnel plus affirmé.
La danse comme espace social et citoyen
Vice-présidente de la FADCM, Kadidja Tiemanta a insisté sur la dimension sociale et inclusive de la discipline.
« La danse crée du lien entre les populations, entre les artistes et la communauté. Elle offre un espace d’expression aux jeunes et aux femmes, leur permettant de gagner en confiance et de s’exprimer librement. »
Au-delà de l’esthétique, la danse devient ainsi un outil de cohésion sociale, un langage commun capable de raconter les histoires des communautés.
Pour elle, la tenue de cette Assemblée générale traduit une certaine maturité du secteur de la danse : « Nous sommes sur une voie de structuration et de professionnalisation. Il s’agit d’accompagner les danseurs vers plus d’organisation et de renforcer l’appui financier, technique et institutionnel. »
Vers un statut pour les danseurs maliens
Les échanges ont également porté sur la question centrale de la mise en place d’un statut profitable aux danseurs maliens. Un chantier structurant qui permettrait de clarifier les conditions d’exercice, de renforcer la reconnaissance professionnelle et de consolider le dialogue avec les pouvoirs publics.
CP : konexionculture
La rencontre s’est déroulée dans un esprit d’unité et de mobilisation. Plusieurs personnalités ont marqué leur présence, notamment Alioune Ifra Ndiaye directeur du Blonba, Mamountou Koné chef du département danse du Conservatoire ou encore Abdoulaye Mangane professeur au Conservatoire. Le soutien du Palais de la Culture, du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme aux coté des nombreuses structures partenaires a été salué par les organisateurs.
Les délégations venues de l’intérieur du pays ont également renforcé la dimension nationale de cette rencontre. À travers cette première Assemblée générale, la FADCM souhaite parler d’une seule voix et inscrire durablement la danse dans le paysage institutionnel et professionnel malien.
Dans un contexte où les industries culturelles et créatives cherchent à se structurer davantage en Afrique de l’Ouest, cette dynamique pourrait constituer un tournant pour les arts vivants au Mali.
Le Fari Foni Waati est un des plus grands rendez-vous de la danse contemporaine en Afrique. Pour sa dixième édition, en 2026, le festival a une nouvelle fois affirmé ce qui fait sa singularité. Depuis ses débuts le FFW célèbre une danse contemporaine pensée comme un outil de recherche, de transmission et de professionnalisation. Un festival au plus près des réalités du terrain.
Initialement conçu le festival est prévu pour se déployer sur trois semaines. Mais cette année, dû à des contraintes diverses et difficiles, le projet a été ramené à une durée à deux semaines du 12 au 24 janvier 2026. L’essentiel n’a pourtant pas été sacrifié. Le principe fondateur a été maintenu. Deux semaines de laboratoires intensifs, menés avec 19 jeunes artistes sélectionnés sur appel à candidatures au Mali et d’autres pays africains, suivies d’un temps de festival ouvert au public. Une architecture exigeante, rarement maintenue avec une telle constance dans la région.
Les laboratoires comme colonne vertébrale
Les laboratoires constituent le cœur battant du Fari Foni Waati. Pensés à chaque édition pour porter une ADN spécifique, ils sont définis par la direction artistique, aujourd’hui assurée par Romain Christian Kossa. Très prisés, ces laboratoires représentent pour de nombreux jeunes chorégraphes un passage déterminant, souvent décisif dans la construction de leur parcours professionnel.
Romain Christian Kossa – CP : Aloupy
Pour cette édition anniversaire, les laboratoires ont été dirigés par trois figures majeures de la création contemporaine : la chorégraphe Naomi Fall, fondatrice du festival, Ahlam El Morsli, cofondatrice et codirectrice des Rencontres chorégraphiques de Casablanca, et le dramaturge Étienne Minoungou, figure incontournable de la scène africaine contemporaine et fondateur des Récréâtrales.
La présence de ce dernier constitue d’ailleurs l’une des particularités marquantes de cette édition : l’ouverture pleinement assumée de la danse à d’autres disciplines, notamment le théâtre. Cette hybridation s’est incarnée dans un laboratoire conduit par Étienne Minoungou en collaboration avec le chorégraphe malien Lassina Donkébaga Koné. Ensemble, ils ont travaillé avec les jeunes interprètes sur la friction entre corps, parole, geste et pensée, donnant naissance à Tourner la face au Soleil, une proposition collective nourrie des textes de Felwine Sarr, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau.
Des créations qui interrogent le présent
En plus de Tourner la face au Soleil, les plateaux FFW, dédiés à la restitution des créations issues des laboratoires, ont donné à voir deux autres propositions portées par les chorégraphes Naomi Fall et Ahlam El Morsli. Deux formes distinctes, mais animées par une même exigence : interroger le présent, l’instant et la force de ce qui advient sur scène.
À la lisière, porté par Naomi Fall, a marqué les esprits par la délicatesse de son écriture chorégraphique. Issu d’un processus de recherche de deux semaines, le spectacle explore les états de présence, les failles et les résonances intimes des interprètes (Bakary Diabaté (Bouki), Bonaventure C. Sossou, Victoria Ojiayo, Ousmane Diallo, Bigué Ndiaye et Daffa Dagnioko) dans une attention constante au monde environnant.
A la lisère, Plateau FFW de Naomi Fall – CP : Aloupy
Face à Face, transmission menée par Ahlam El Morsli à partir de son œuvre originale avec la Cie Col’jam, interroge frontalement les normes sociales et culturelles. Interprété par Ayanou Hodemissi, Labarest Anoura Aya Larissa, Djagba Marie-Rose, Ana Aida Koné, Moussa Dabo, Koné Alou et Ouedraogo Hortence, le spectacle explore la puissance des corps féminins face aux rapports de domination, avec une intensité rare et sans concession.
Professionnalisation et coopération internationale
Fidèle à sa vocation formatrice, le festival a initié un important volet de masterclasses, dispensées cette année par des artistes venus d’Espagne dans le cadre de la coopération espagnole. La Compagnie Marco Vargas & Chloé Brûlé, ainsi que le chorégraphe ivoirien Oulouy, résident en Espagne, ont partagé leurs pratiques et leurs expériences avec les participants.
Ces temps de transmission se sont ensuite prolongés sur scène, avec la présentation de Naufrage universel par Marco Vargas et Chloé Brûlé, et de Black par Oulouy de Africa Moment, deux œuvres intégrées à la programmation officielle. Une manière cohérente, pour le festival, d’ouvrir sa scène à des créations internationales tout en renforçant les dynamiques de coopération avec l’Espagne.
Marco Vargas & Chloé Brûlé dans Naufrage Universel – CP : AKD
Oulouy dans Black – CP : AKD
Sur le plan international, cette dixième édition a également été marquée par une soirée-cocktail organisée le 21 janvier à la Résidence de l’Ambassadrice de l’Union européenne au Mali. Pensée comme un prélude à la phase festival, cette rencontre a donné lieu à plusieurs prises de parole engagées, dans un contexte où la culture peine parfois à conserver sa place parmi les priorités de la coopération internationale au Mali.
Patricia Gómez Lanzaco, Première Conseillère de l’Ambassade l’Espagne au Mali et Bettina Muscheidt ambassadrice de l’UE au Mali.La soirée a vu la présentation de Puzzle , une performance de Christian Kossa. CP : AKD
Diplomates, acteurs économiques et professionnels de la culture étaient réunis à cette occasion. La directrice générale du Fari Foni Waati, prenant la parole à la suite de Bettina Muscheidt, a rappelé le soutien constant de l’Union européenne depuis 2023, dans le cadre du programme Voix des Jeunes, à travers le projet « DCQ engagé pour la professionnalisation et la création d’opportunités dans le secteur des arts vivants au Mali ».
Kadidja Tiemanta, Directrice du Festival – CP : AKD
Elle a surtout appelé les acteurs de la coopération à ne pas mettre la culture en pause, invitant à considérer les artistes et leurs pratiques non comme des variables d’ajustement, mais comme une économie à part entière et des partenaires essentiels des projets de développement. La soirée a vu la présentation de Puzzle D, une performance de Christian Kossa.
Un festival ancré dans la communauté
Au-delà des plateaux chorégraphiques, la programmation locale a conservé toute sa place avec la Compagnie Nama, référence majeure de l’art de la marionnette au Mali, dirigée par Yacouba Magassouba. D’année en année, le spectacle de marionnettes gagne en ampleur et en inventivité… puise dans la richesse des talents des artistes et dans un répertoire de contes locaux dont la vitalité ne se dément pas.
L’exposition-installation performative D’où la lumière jaillit portée par Naomi Fall, Nolwenn PETERSEMMITT et Awa KEBE a, quant à elle, proposé au public une expérience sensible autour des questions de santé mentale, confirmant l’attention constante du festival aux enjeux sociaux contemporains.
CP : ALoupy
Cette édition a accueilli près d’une centaine d’artistes (danseur·se·s, chorégraphes, dramaturges, musicien·ne·s et performeur·se·s ) et a rassemblé plus de 1 400 spectateurs. Le public du Fari Foni Waati demeure majoritairement jeune, souvent enfant, et profondément acquis à la danse contemporaine. Une fidélité construite dans le temps, grâce à un travail patient d’ancrage territorial et de médiation culturelle.
Une fidélité que les organisateurs entendent préserver lors de la 11ᵉ édition, qui adoptera un nouveau format et se tiendra du 12 octobre 2026 au 24 janvier 2027, dans un même esprit de continuité, aussi bien envers le public qu’envers les partenaires du festival.
En 2025, la mode africaine a consolidé ses positions. D’un continent longtemps perçu comme réservoir d’inspirations, l’Afrique est devenue un espace stratégique où se redéfinissent les équilibres entre création, industrie et diplomatie culturelle. Une série de rendez-vous majeurs a dessiné une cartographie plus lisible d’un secteur en mutation, porté par des capitales aux identités affirmées.
À l’Ouest, Lagos Fashion Week s’est imposée comme le centre de gravité continental. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a confirmé la maturité d’un écosystème capable d’articuler esthétique, durabilité et accès au marché. Lagos n’est plus seulement une vitrine créative : elle est devenue un laboratoire observé par les grandes plateformes internationales, où la mode se pense aussi comme industrie et solution.
À Dakar, la continuité a fait figure de méthode. Fondée en 2002, la Dakar Fashion Week a poursuivi son travail de fond : accompagnement des créateurs, scénographies ancrées dans l’espace public, et usage assumé de la mode comme outil de dialogue culturel. Le défi reste économique, mais la légitimité acquise place Dakar parmi les plateformes africaines les plus respectées à l’international.
À Bamako, le Mali Mode Show est devenu la Biennale Africaine de la Mode, et en s’est déployé sur tout le mois de novembre, l’événement a privilégié l’ancrage territorial et le récit culturel. Ici, la mode s’écrit à partir des savoir-faire, du patrimoine textile et de la ville elle-même. Moins tournée vers l’effet immédiat que vers la construction d’un imaginaire durable, la plateforme malienne affirme une autre temporalité de la reconnaissance.
À l’international, Paris a continué de jouer un rôle de caisse de résonance. Africa Fashion Up a consolidé son positionnement comme passerelle entre créateurs africains, diaspora et grandes institutions européennes. Formation, visibilité et débouchés commerciaux y sont pensés comme un continuum, non comme une fin en soi.
À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week, à Addis-Abeba, a rappelé une évidence : sans industrie, pas de souveraineté créative. En réunissant fabricants, acheteurs et investisseurs, l’ASFW a confirmé que l’avenir de la mode africaine se jouera aussi dans les usines, les chaînes logistiques et les accords commerciaux.
Enfin, à Kampala, l’Afri Art Fashion Show a illustré l’émergence de nouveaux pôles en Afrique de l’Est, misant sur la formation, la reconnaissance institutionnelle et la jeunesse comme leviers de transformation.
Pris ensemble, ces événements racontent une même bascule : la mode africaine n’est plus un récit unique, mais un champ de forces. En 2025, le continent a cessé d’être un simple sujet pour devenir un acteur structurant des conversations mondiales sur la création, l’économie et la culture.
FOCUS
Lagos Fashion Week, centre de gravité continental
Plus de 60 designers, 15 000 visiteurs
Du 29 octobre au 2 novembre, Lagos Fashion Week a confirmé son rôle de pivot. L’édition 2025, placée sous le thème In Full Bloom, a illustré la maturité d’un écosystème capable d’articuler création, durabilité et accès au marché. Défilés, programmes de formation et débats ont consolidé une vision où l’esthétique s’accompagne d’une réflexion sur la production responsable et la structuration de l’industrie. Plus qu’un rendez-vous créatif, Lagos s’impose désormais comme un laboratoire à ciel ouvert, observé bien au-delà du continent.
Dakar Fashion Week, dans la continuité
Fondée en 2002 par Adama Paris, la Dakar Fashion Week reste l’une des plateformes les plus durables du paysage africain. L’édition 2025, prévue du 3 au 7 décembre, s’inscrit dans une trajectoire assumée : innovation durable, scénographies ancrées dans l’espace public et usage de la mode comme outil de diplomatie culturelle. Le défi demeure toutefois économique : transformer une reconnaissance internationale solide en infrastructures de production et de distribution capables d’assurer des revenus pérennes aux créateurs.
Bamako, la Biennale Africaine de la Mode
Avec sa cinquième édition devenue biennale, le Mali Mode Show a proposé en 2025 un modèle singulier dans le paysage de la mode africaine. Déployé sur l’ensemble du mois de novembre, l’événement a investi la ville à travers une programmation plurielle mêlant exposition, défilés, afterworks, soirées privées et des balades sur le fleuve Niger, pour un public d’amateurs de mode, de passionnés et de professionnels, tous engagés dans une même volonté de création et de transmission.
Au total, plus de 3 000 personnes ont participé aux différentes activités. L’édition a mobilisé une quarantaine de partenaires institutionnels, médiatiques et technique, organisé deux grandes soirées de défilés avec 80 mannequins sur les podium et 30 stylistes.
Placée sous le thème « Incarnez l’héritage », cette édition a ouvert une réflexion de fond sur la place du patrimoine textile et des savoir-faire dans les aspirations des créateurs, et sur leur capacité à réinventer l’avenir sans rompre avec leurs racines. Cette vision s’est incarnée au cœur de l’événement avec l’exposition « Afrique Bleue, histoires tissées en indigo », installée au Musée national du Mali, un symbole fort qui a inscrit durablement le Mali Mode Show dans le champ patrimonial et muséal.
Moins tourné vers la recherche d’une visibilité immédiate que vers la consolidation d’un récit national, le Mali Mode Show s’affirme ainsi comme un outil de soft power culturel en construction, fondé sur la transmission, l’inclusion et le temps long.
Dans cette même dynamique, un défilé inclusif, organisé en partenariat avec l’UNICEF, a mis en lumière des personnes vivant avec différents handicaps, habillées par une dizaine de stylistes maliens. Ce partenariat s’est également traduit par des actions en direction de la jeunesse, notamment un atelier autour de l’indigo, animé par Moussa Bagayoko, affirmant la vocation éducative et sociale de l’événement.
Paris comme caisse de résonance
À l’international, Africa Fashion Up a poursuivi son rôle de passerelle. En réunissant à Paris des créateurs du continent et de la diaspora, le programme fondé par Valérie Ka articule formation d’excellence, visibilité médiatique et débouchés commerciaux. Le défilé du 26 juin 2025 et le pop-up Africa Now aux Galeries Lafayette ont illustré une stratégie claire : inscrire la mode africaine dans les circuits internationaux sans la dissoudre dans une esthétique standardisée.
Addis-Abeba, le cœur industriel
À contre-champ des podiums, Africa Sourcing and Fashion Week s’est imposée comme le baromètre économique du secteur. Avec 189 exposants venus de 22 pays et plus de 4 300 visiteurs professionnels, l’édition 2025 a mis en lumière les enjeux clés : industrialisation, compétitivité, durabilité. Ici, la mode se lit moins comme spectacle que comme chaîne de valeur, reliant matières premières, technologies et marchés internationaux.
Afrique de l’Est et Afrique australe, nouvelles dynamiques
À Kampala, l’Afri Art Fashion Showa franchi un seuil en devenant un festival d’une semaine, mêlant formation, exposition et reconnaissance institutionnelle à travers ses prix. En Afrique du Sud, la pause stratégique annoncée par la South Africa Fashion Week témoigne, à l’inverse, des tensions structurelles qui traversent les modèles traditionnels des semaines de la mode, confrontées à la montée du digital et du direct-to-consumer.
Bamako n’a jamais cessé d’être une ville paradoxale : fragile et vibrante, éprouvée et inventive. Depuis le 1er novembre, ce paradoxe a pris des airs de défi assumé. Dans une capitale en proie aux inquiétudes, le Mali Mode Show, désormais biennale, s’est ouvert avec une assurance qui relève presque du manifeste. Car parler de mode aujourd’hui au Mali, c’est toucher aux tensions du réel, c’est se placer au croisement de la culture, de la diplomatie et de la résilience collective.
Une biennale lancée au cœur d’un moment critique
Depuis plusieurs semaines, la ville vit sous tension. Les attaques contre des convois de carburant ont engendré une pénurie sévère, qui a désorganisé la vie quotidienne jusque dans ses mécanismes les plus basiques. La crise n’a pas seulement touché les stations-service : elle a gelé les mobilités, paralysé les prestataires, renchéri les denrées, fragilisé les chaînes logistiques. Dans cet état d’incertitude, les rumeurs de blocus ont prospéré, amplifiées par la menace sécuritaire. L’appel lancé par certaines ambassades à leurs ressortissants a contribué à installer une atmosphère de crainte diffuse.
Et pourtant, dans ce chaos, c’est une cérémonie lumineuse qui s’est tenue à Bamako. Sous le haut patronage du Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme de la République du Mali, Mamou Daffé, et avec le soutien affirmé de l’Ambassade d’Espagne, la biennale a convoqué plus d’une dizaine de représentations diplomatiques, démontrant que la mode, au Mali, reste un espace stratégique : un territoire de représentation, de dialogue et d’engagement.
Une salle comble, une scène plurielle et l’énergie d’un pays debout
L’ouverture du Mali Mode Show a été un moment rare : un public attentif et un ballet continu de personnalités du monde de la culture, du lifestyle, des affaires et de la diplomatie. Plus de soixante médias, photographes et créateurs de contenus étaient accrédités. Une affluence qui démentait toutes les craintes.
La portée artistique de la cérémonie doit beaucoup au moment phare de la soirée : le spectacle Les gestes de l’héritage, imaginé par Jean Kassim et l’association espagnole Mama Africa. Ce tableau scénique, pensé comme un tissage d’expressions, a incarné avec finesse le dialogue entre tradition et contemporanéité.
Slam, musique live, chorégraphies habitées et défilé de créations en indigo signées JK Design et Mama Africa ont composé un ensemble d’une cohérence visuelle et émotionnelle rare. La scène musicale réunissait la DJ et musicienne Amy Dian et la chanteuse Anna Diabaté, tandis qu’un casting improbable et captivant défilait : la dramaturge Jeanne Diama, égérie de cette édition ; le rappeur Cvcha ; la plasticienne Sacha Alexandra ; le maître marionnettiste Yaya Koulibaly ; le chorégraphe Lassy Koné, dit Donkebaga ; et Jean Kassim lui-même. L’ensemble formait une mosaïque d’identités artistiques dont l’intensité a transcendé les frontières habituelles entre disciplines.
La diplomatie culturelle en action : l’exemple de l’Espagne
L’un des traits marquants de cette édition est l’ampleur de la collaboration internationale, incarnée par l’Ambassade d’Espagne. Dès l’ouverture, les mots de Ibrahim Guindo, dit Akim Soul, coordinateur général du MMS et du représentant de la délégation espagnole ont rappelé l’ancrage de cette relation bilatérale, qui se traduit dans des actions tangibles : formations, ateliers, accompagnement, et surtout la remarquable exposition Afrique Bleu – Histoires tissées en indigo.
Cette exposition itinérante, passée par le Nigéria et l’Espagne Madrid, trouve à Bamako un écrin singulier.
Le public a également apprécié le photocall monumental signé Aminata Diallo, architecte et fille du grand designer Cheick Diallo, Président d’honneur de la biennale. Le geste architectural, à la fois sobre et monumental, a été unanimement salué.
Une biennale qui s’ouvre, se déploie et transforme la ville
Depuis son lancement le 1er novembre, la biennale sillonne la ville, occupe des lieux symboliques, investit les espaces professionnels et naturels :
formations à l’Ambassade d’Espagne
rencontres et afters
lancement des « Dimanches du ZemeBa »
Le ZemeBa, emblématique bateau du Niger, devient un symbole flottant : un espace de liberté, de pensée et de transmission, en rupture avec l’atmosphère de tension qui caractérise la ville.
Un acte de résistance culturelle
S’il ne fallait retenir qu’une chose de cette édition, ce serait la conviction intime que la création peut tenir debout au milieu de la tempête. Que la culture n’annule pas la crise, mais qu’elle offre un espace pour la penser, la traverser, lui opposer un récit vivant.
Dans un Bamako troublé, le Mali Mode Show apparaît comme un acte de résistance, calme, élégant, profondément enraciné, qui embrasse la tradition sans renoncer à la modernité. Une biennale qui continue jusqu’au 30 novembre, et qui réaffirme une vérité essentielle : lorsque la société vacille, la culture fait tenir l’âme.
La mode africaine s’apprête à franchir un nouveau cap. Du 1er au 30 novembre 2025, la capitale malienne accueillera la cinquième édition du Mali Mode Show (MMS), qui adopte désormais le format ambitieux d’une biennale africaine de la mode. Né en 2018 comme un rendez-vous annuel consacré aux défilés, l’événement s’impose aujourd’hui comme une plateforme continentale de création, de réflexion et de transmission.
« Incarnez l’héritage, l’héritage incarné » : un manifeste pour la mode africaine
Placée sous la présidence d’honneur de Cheick Diallo, designer de renommée internationale et figure majeure de la création contemporaine, cette cinquième édition se déroulera sous le thème « Incarnez l’héritage, l’héritage incarné ». Le thème est évocateur tel un véritable manifeste : celui d’une Afrique qui puise dans ses savoir-faire ancestraux pour inventer de nouvelles esthétiques.
Bogolan, indigo, teinture, tissage… Autant de techniques artisanales qui sont convoquées comme des matières vivantes, porteuses de mémoire, de créativité et de modernité. Pour les organisateurs, il s’agit de transcender l’héritage pour mieux le projeter vers l’avenir.
Cheick Diallo Président d’honneur du Mali Mode Show 2025, lors de la conférence de presse du 25 septembre 2025
Une conférence de presse pour lancer la dynamique
C’est dans cette perspective que s’est tenue, ce jeudi 25 septembre 2025, à Tanya Garden, la conférence de presse officielle de l’événement. Elle a réuni un présidium représentatif des partenaires institutionnels et diplomatiques, parmi lesquels Orange Mali, sponsor officiel de l’édition, l’Ambassade d’Espagne, et le Ministère malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme.
Cette rencontre a permis de présenter les grandes orientations de la biennale et de rappeler son ambition : placer la mode africaine au cœur des dynamiques contemporaines, comme vecteur d’identité, d’innovation et de transformation.
Au cours de la conférence de presse, l’affiche officielle a été révélée
L’ambition de l’évènement n’a d’équivalent que le programme. La conférence de presse a déroulé un programme riche
Une exposition majeure, dont Afrique Bleue. Histoires tissées en Indigo, organisée en partenariat avec le Musée National du Mali, le Ministère espagnol de la Culture, le Musée national d’Anthropologie de Madrid et l’association Mamah Africa.
Des défilés emblématiques, notamment Made in Mali et le Grand Show international, vitrines de la création africaine contemporaine.
Des panels, conférences, ateliers et rencontres professionnelles, qui aborderont les grands enjeux de la mode sur le continent.
L’événement s’inscrit également dans l’Année de la Culture 2025 au Mali, une initiative promulgué par les plus hautes autorité pour engager les initiatives culturelles dans les efforts de développement et les enjeux de cohésion sociale.
Une plateforme structurante pour les créateurs africains
Le Mali Mode Show est devenu, en quelques années, un moteur de structuration pour tout un écosystème. Lancé en 2018 par Mali Mode Association et AS Agency, il vise à :
Célébrer les figures fondatrices de la mode africaine et rendre hommage à leur influence sur les imaginaires collectifs.
Promouvoir les patrimoines artisanaux avec fierté et modernité, loin du folklore.
Soutenir la professionnalisation des jeunes créateurs, notamment à travers des programmes de formation et d’accompagnement.
Faire dialoguer tradition et innovation pour affirmer la mode africaine comme un levier de développement culturel et économique.
L’appel à candidatures, lancé en juin et désormais clôturé, a suscité un fort intérêt sur le continent. Les créateurs sélectionnés viendront présenter à Bamako des collections inédites, conçues comme des réponses créatives au thème de cette édition.
Ibrahim Guindo dit Akim Soul commissaire général du Mali Mode Show
Pour Ibrahim Guindo, commissaire général du Mali Mode Show, cette cinquième édition porte un message fort : « Nous voulons porter collectivement un message au monde : celui d’un futur qui s’écrit sur le socle d’un passé valeureux, d’une culture africaine forte et d’un héritage désormais incarné dans la mode contemporaine. »
À travers cette biennale, Bamako affirme sa place sur la scène culturelle mondiale. Le Mali Mode Show devient ainsi une plateforme de dialogue entre patrimoine et innovation, artisanat et design, mémoire et modernité — et un point de convergence pour les créateurs africains et internationaux.
📍 Mali Mode Show 2025 – Bamako, du 1er au 30 novembre 2025 Un mois pour célébrer l’héritage africain, le réinventer et le projeter dans le futur à travers la mode contemporaine.
Le festival Fari Foni Waati (FFW) vient de lancer son appel à candidatures pour sa 10ᵉ édition, prévue en janvier 2026. Dix ans après sa création, ce rendez-vous majeur de la scène chorégraphique africaine continue de tracer un chemin singulier, entre ancrage populaire et rayonnement international.
Une fabrique vivante de la danse contemporaine
Créé en 2017 par la chorégraphe Naomi Fall, le FFW – “Le temps des corps en mouvement” en bambara, est devenu au fil des ans un temps d’expérimentation, de transmission et de structuration porté par l’association De Ceux Qui (DCQ), basée à Bamako. Depuis ses débuts, le festival a su faire émerger une nouvelle génération d’artistes à l’écoute de leur temps, attentifs aux mutations sociales et culturelles du continent.
Au cœur de son dispositif, les laboratoires chorégraphiques rassemblent chaque année une vingtaine de jeunes danseurs africains ou résidents sur le continent, encadrés par trois chorégraphes invités. Ensemble, ils construisent, pendant trois semaines, des pièces collectives qui seront présentées au public lors du Grand Festival, dans les rues de Bacodjicoroni et au Centre culturel BlonBa. Une manière forte d’inscrire la danse dans les territoires et de valoriser la rencontre avec des publics multiples.
2026 : “L’année de l’audace et de la transmission”
L’édition 2026 sera placée sous ce thème fédérateur. Pour sa 10ème édition, le FFW veut célébrer son histoire tout en ouvrant une nouvelle page. L’enjeu ? Renforcer les ponts intergénérationnels, encourager les croisements entre disciplines artistiques et inscrire plus profondément encore la danse contemporaine dans le dialogue avec les enjeux de société : écologie, genre, inclusion, justice sociale.
Sans encore dévoiler les noms des chorégraphes invités, l’équipe annonce des figures reconnues et engagées, et promet une édition marquée par l’ouverture et l’excellence. La direction exécutive du FFW est aujourd’hui assurée par une nouvelle génération d’acteurs culturels : Kadidja Tiemanta (directrice générale), Kossa Christian (direction artistique et technique) et Wilfried Sanwidi (production, administration et développement), avec l’appui de Bamory Samaké, coordinateur général.
Un appel à tous les jeunes danseurs du continent
L’appel à candidatures s’adresse aux danseurs professionnels ou en voie de professionnalisation, résidant en Afrique, avec une expérience en danse contemporaine ou en danses traditionnelles et urbaines. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 août 2025 à 23h59 GMT.
Ce processus de sélection passe désormais par un formulaire unique en ligne, avec un dossier simplifié (biographie, lettre de motivation, CV, vidéo de performance, photo professionnelle, etc.). Un webinaire d’information est également prévu le 11 août 2025 à 10h GMT, en français.
De Bamako à l’Afrique entière, un souffle de création
Avec le soutien de partenaires historiques comme BlonBa (Wakloni) et l’engagement croissant du tissu artistique local, le Fari Foni Waati s’inscrit dans un contexte fertile. La récente création de la Fédération malienne des professionnels de la danse marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur, portée par la mobilisation des artistes eux-mêmes. Dans cette dynamique, le FFW affirme plus que jamais son rôle de catalyseur : pour les talents émergents, les pédagogues, les programmateurs, et pour toutes celles et ceux qui considèrent la danse comme un levier de transformation et d’émancipation.
Basée à Bamako, l’association De Ceux Qui (DCQ) œuvre depuis 2016 à la promotion et à l’organisation des arts vivants au Mali, avec un engagement fort pour la danse contemporaine. À travers le festival-laboratoire Fari Foni Waati, projet emblématique de son action, DCQ a su créer un espace pérenne de recherche, de création et de diffusion, réunissant chaque année des artistes du Mali et d’autres horizons autour d’une démarche exigeante, inclusive et ouverte aux publics.
Au-delà du festival, l’association développe des programmes pédagogiques, des dispositifs de professionnalisationpour les jeunes artistes, et multiplie les initiatives visant à faire des arts vivants un outil d’engagement citoyen, d’innovation sociale et de dialogue entre les territoires.
Et si l’eau pouvait parler, danser, se raconter ? C’est le pari artistique et identitaire de Kadidja Tiemanta, danseuse-chorégraphe malienne d’origine Bozo, qui fait de chaque pas un hommage à ses racines et une exploration du monde.
« Je suis Bozo », affirme-t-elle d’une voix claire et tranquille. Ce n’est pas une simple déclaration d’identité. C’est un manifeste, un ancrage. Chez les Bozo, l’eau est tout : lieu de vie, de mémoire, de transmission, de spiritualité. Ils sont appelés « les maîtres du fleuve ». Nomades de l’eau, ils se déplacent au rythme du fleuve Niger, de ses crues, de ses replis. Ce lien intime à l’eau, Kadidja Tiemanta l’a transposé dans son corps, dans son art, dans sa danse.
Formée à la danse africaine et contemporaine, elle porte cette identité avec grâce, sur scène comme dans la vie. Kadidja ne se contente pas de danser, elle habite ses origines et les fait voyager. Sa trajectoire artistique est tissée de multiples itinérances, de Bamako au Ghana, du Burkina Faso au Togo, en passant par le Bénin, le Sénégal, la Guinée, le Niger, le Nigéria. Chaque déplacement est pour elle un acte de connaissance et d’ouverture.
« Le fait que je bouge fréquemment est lié à mon identité Bozo. Les Bozo sont un peuple qui bouge beaucoup. » Affirme-t-elle. Dans un monde où la mobilité devient souvent une épreuve, où les frontières s’érigent comme des murs d’obstacles, Kadidja revendique ce nomadisme culturel comme une richesse, une philosophie de vie.
L’art comme archive vivante
Mais la danse n’est pas qu’expression. Pour Kadidja, elle est un outil de mémoire, de documentation. Son rêve ? Archiver la culture Bozo, recueillir les récits, les gestes, les croyances, pour ne pas les laisser se dissoudre dans le silence. Elle veut créer des œuvres qui racontent l’histoire de son peuple, dans sa complexité, sa beauté, ses douleurs aussi. Une entreprise à la fois artistique et politique.
Regards croisés sur l’Afrique
Parmi ses souvenirs de voyage, elle évoque le Ghana, sa propreté, sa rigueur, son esthétique urbaine. Elle s’émerveille des styles vestimentaires, des manières d’habiter la ville. Chaque pays lui a appris quelque chose. Chaque rencontre l’a nourrie. C’est cette ouverture au monde qu’elle souhaite transmettre aux jeunes Bozo d’aujourd’hui.
« Si vous avez envie de bouger, bougez. Allez découvrir d’autres mondes, d’autres cultures. Ça nourrit l’esprit et le corps. »
Un plaidoyer pour l’eau, la culture et la jeunesse
Mais tout n’est pas simple. Pour les jeunes Bozo, la mobilité est souvent freinée par les réalités économiques. L’accès à l’éducation, à l’emploi, à la formation culturelle reste un défi. Face à cela, Kadidja appelle les décideurs à prendre leurs responsabilités : « Préservez cette culture, ce peuple, pour qu’il puisse continuer à vivre du fleuve. Il faut des mesures pour sauvegarder cette nature et cette identité. »
Quel serait son rêve fou ? Que les jeunes Bozo puissent créer, voyager, être vus, reconnus. Que leur culture ne soit plus un vestige, mais une source vivante de créativité, d’innovation et de beauté. Kadidja Tiemanta danse l’eau comme d’autres écrivent des livres. Elle nous invite à écouter ce que disent les courants, les silences, les racines.
Ce contenu a été créé dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par Africa No Filter (ANF) avec le financement de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ, de l’Union africaine ou d’ANF.
Léonella OLOUKOI est communicatrice et créatrice de contenus digitaux, titulaire d’un Master en Marketing Communication. Elle cumule dix années d’expérience dans les médias et se distingue par sa passion pour la communication digitale et la culture. Depuis 2022, elle dirige la communication digitale d’une organisation internationale, où elle œuvre à diffuser une image positive sur les plateformes numériques.
Spécialiste de la communication digitale et entrepreneur culturel entre le Burkina Faso, le Mali et la France, Wilfried SANDWIDI incarne une jeunesse africaine mobile, créative et engagée. À la tête de sa structure CDC Connexion (Culture – Digital –Communication), il milite pour une Afrique où les idées, les talents et les cultures circulent librement. Entretien avec un homme de terrain, passionné par le lien entre culture et innovation.
Une identité à la croisée des mondes
Burkinabè, Wilfried SANDWIDI se définit d’abord comme un professionnel de la communication passionné par la culture. Son parcours est marqué par un voyage constant entre l’Afrique et l’Europe. Il commence sa carrière au Burkina Faso, traverse le Mali en route vers le Sénégal, puis fait une halte décisive à Bamako. Séduit par l’effervescence culturelle de la capitale malienne, il y pose ses valises en 2017 :
“L’écosystème entrepreneurial à Bamako est très dynamique. C’est là que j’ai trouvé l’énergie pour m’installer et développer mes projets.”
Aujourd’hui, il partage sa vie entre le Mali et la France, tout en gardant un lien solide avec son pays natal, le Burkina Faso. Sa structure, CDC Connexion, installée au Burkina Faso, accompagne de nombreux projets à l’échelle nationale et régionale. Une vision panafricaine de l’entrepreneuriat culturel Wilfried refuse d’être enfermé dans un territoire. Pour lui, l’avenir de l’Afrique se joue aussi dans la mobilité de ses talents.
Son expérience, nourrie de voyages et de rencontres, alimente une démarche professionnelle profondément panafricaine :
“Je suis un Africain ouvert sur le monde. Je refuse d’être un professionnel rattaché à un territoire. Je veux que la culture voyage, que les idées circulent, que les jeunes entrepreneurs puissent se mouvoir librement.”
Mais cette vision se heurte à de nombreux obstacles : barrières administratives, manque de politiques claires, lenteurs institutionnelles. Le constat est sans appel : “Les jeunes entrepreneurs sont souvent freinés par des politiques rigides, un manque de formation, des blocages à la mobilité. Voyager, c’est un casse-tête pour nous les entrepreneurs culturels.”
Will SANWIDI, à la coordination de la communication du Mali Mode Show 2023
Documenter, former, faire évoluer les mentalités
Face à ces défis, Wilfried ne se contente pas de pointer du doigt. Il agit. À travers la communication digitale, il documente, forme et sensibilise. Ses projets sont autant d’opportunités pour transmettre, créer du lien et professionnaliser les jeunes dans le secteur culturel :
“Je travaille avec des jeunes sur le terrain. Quand je monte un projet, je les amène à comprendre les enjeux, à se former, à s’outiller. C’est ça ma contribution.”
À travers ses interventions dans des festivals, des formations, ou encore des campagnes de communication, Wilfried tisse un réseau de jeunes professionnels conscients des réalités de leur continent et capables de s’y projeter durablement.
Pour cet entrepreneur engagé, les politiques publiques doivent évoluer :
“Je demande aux dirigeants de revoir les politiques d’entrepreneuriat culturel. Il faut faciliter la mobilité, ouvrir les frontières aux idées et aux talents. La culture doit circuler pour s’épanouir.”
À ceux qui veulent s’engager dans les métiers de la culture et du digital, Wilfried adresse un message clair : persévérer, rêver grand, et construire sur le long terme. Et pour conclure, il appelle à une Afrique apaisée, tournée vers le monde mais enracinée dans sa richesse culturelle :
“Je veux que l’Africain d’aujourd’hui se voie comme un citoyen du monde. Et que la paix revienne en Afrique de l’Ouest, pour que nos rêves aient un sol fertile où s’épanouir.”
Ce contenu a été créé dans le cadre du projet Move Africa, commandé par la Commission de l’Union africaine et soutenu par Africa No Filter (ANF) avec le financement de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Les points de vue et opinions exprimés sont ceux des auteurs uniquement et ne reflètent pas nécessairement ceux de la GIZ, de l’Union africaine ou d’ANF.
L’AUTEUR.E
Léonella OLOUKOI est communicatrice et créatrice de contenus digitaux, titulaire d’un Master en Marketing Communication. Elle cumule dix années d’expérience dans les médias et se distingue par sa passion pour la communication digitale et la culture. Depuis 2022, elle dirige la communication digitale d’une organisation internationale, où elle œuvre à diffuser une image positive sur les plateformes numériques.
Dans le cadre de sa 12ᵉ édition, Visa For Music lance un appel à candidatures pour les activités du Forum professionnel. Si vous êtes une organisation, un·e professionnel·le de la musique, un·e expert·e, un·e formateur·rice ou un·e artiste expérimenté·e, c’est le moment de partager vos savoirs et de nourrir les échanges tout en inspirant la nouvelle génération d’acteurs du secteur musical d’Afrique, du Moyen-Orient et au-delà.
Le Forum Professionnelest un espace privilégié de réflexion, de transmission et de renforcement des compétences, où se rencontrent les professionnels des industries culturelles et créatives pour échanger et se former.
Trois formats sont ouverts aux propositions :
Conférences (90 min) : Des tables rondes animées par un modérateur avec jusqu’à 5 intervenants, autour des enjeux, pratiques ou innovations du secteur musical. Accès libre pour tous les participants.
Masterclasses (1h à 2h) : Des sessions pédagogiques animées par un ou deux intervenants pour transmettre des compétences spécifiques à des jeunes artistes ou professionnels. Sur inscription.
Workshops (2h à 3h) : Des ateliers pratiques à jauge limitée (20 participants max), permettant d’approfondir des outils et méthodes (production musicale, DJing, ingénierie du son, stratégie artistique, etc.). Sur candidature.
Visa For Music est un festival et un marché professionnel des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, se tenant chaque année en novembre à Rabat, au Maroc. Depuis sa création en 2014, cet événement rassemble des artistes, des professionnels de l’industrie musicale, ainsi que des acteurs culturels de tout horizon. L’objectif de Visa For Music est de promouvoir la musique d’Afrique et du Moyen-Orient à l’international, en offrant aux artistes une plateforme pour se faire connaître, en favorisant la création de partenariats, et en soutenant la professionnalisation du secteur culturel et artistique.
L’événement se compose de deux parties distinctes : le festival et le marché, qui ensemble favorisent les rencontres et les opportunités professionnelles. Avec une participation annuelle de 15 000 spectateurs et 1 000 professionnels, Visa For Music est un lieu incontournable pour l’industrie musicale du continent africain et au-delà.
Chorégraphe et performeur ivoirien, William Diarrassouba est de ceux qui avancent avec la foi du bâtisseur. Chaque pas de danse, chaque création, chaque geste est un manifeste. Il construit une œuvre à la fois enracinée et tournée vers l’avenir, avec la certitude que la danse est un moteur de transformation.
D’une dalle familiale à une compagnie reconnue
Danseur, chorégraphe, enseignant et délégué régional de la Fédération Ivoirienne de Danse, William Diarrassouba — de son nom complet Diarrassouba Ibrahim William — incarne l’énergie, la résilience et la vision d’une génération d’artistes africains qui construisent un art à la fois enraciné et contemporain. Son aventure commence par un déclic : le décès de Michael Jackson en 2009. Fasciné par les clips du roi de la pop, William se met à danser sur une dalle chez lui, à Abidjan. À l’époque, il ne le sait pas encore, mais cette dalle deviendra la fondation invisible d’un parcours d’excellence.
En 2012, il passe avec succès un test d’entrée dans un groupe de danse hip-hop. À leurs côtés, il rafle les compétitions, notamment le Malta Street Dance à San Pedro, avant de remporter la finale nationale à Abidjan. Le milieu artistique s’ouvre à lui. En 2016, c’est une nouvelle étape : il intègre l’INSAAC, temple de formation artistique ivoirien, pour une maîtrise en danse. Il y explore les styles classique, traditionnel, contemporain et de salon. Sa polyvalence devient sa signature.
Entre 2017 et 2024, il rejoint la compagnie Tuwani Ofrititi, en devient le chorégraphe officiel, apprend à gérer des tournées et construit des pièces. Puis, en avril 2024, William fonde sa propre compagnie, GX-Marmite Africaine, avec un objectif clair : croiser les disciplines (danse, cinéma, musique), transmettre, inventer, former, tout en affirmant une vision d’auteur.
De la scène ivoirienne à la scène africaine
William multiplie les expériences à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Il participe à de nombreux festivals — Festival Connexion (Bénin, 2019), Ankata, FIDO, Fila Ni Kele (2022), Fari foni Waati (2025). Il y présente ses créations, rencontre des figures comme Fatou Cissé, Marcel Gbeffa, Lassina Koné, Andreya Wemba, Salimata Kobré, Christian Romain Kossa, et tisse des liens forts avec d’autres artistes du continent. Il collabore notamment avec Bic Rouge de la Guinée et Diazou Christopher de la Côte d’Ivoire, prouvant à chaque fois l’importance du réseautage Sud-Sud, trop souvent négligé.
« Ce sont ces connexions qui font avancer la carrière », confie-t-il. « Se voir, se parler, échanger entre chorégraphes africains, c’est essentiel. »
Penser la danse comme art majeur
Pour William, la danse ne peut se contenter d’être un divertissement. Elle est un langage, un cri, une manière d’interpeller la société. Il déplore cependant un manque de reconnaissance du métier de danseur, souvent perçu comme secondaire en Afrique de l’Ouest. Il milite pour une structuration du secteur, une meilleure prise en compte des artistes dans les politiques publiques et une revalorisation sociale de la profession.
« Il faut que les danseurs soient fiers de ce qu’ils font. Qu’on les respecte. Qu’on arrête de considérer que ce n’est pas un vrai travail », martèle-t-il.
Il insiste aussi sur le rôle de la danse dans le changement social : « On peut faire réfléchir avec une chorégraphie. La danse peut dire ce que d’autres disciplines n’osent pas. »
Voyager pour créer, malgré les frontières
La mobilité est un autre combat pour William. Il raconte avec force une expérience marquante pendant la crise COVID : un voyage au Burkina Faso, en pleine fermeture des frontières. Une traversée difficile, à moto, dans le froid et les raquettes, pour rejoindre une scène où il tenait à être. « Ça m’a marqué. Ça m’a même fait penser aux clandestins. Mais quand tu crois à ton art, tu y vas. »
Pour lui, les artistes doivent être mieux accompagnés, notamment pour les déplacements à l’international : réduction des coûts, simplification des visas, aides logistiques. La mobilité est le poumon de l’art vivant.
Donner plus de place aux femmes dans la danse
William accorde une attention particulière à l’autonomisation des femmes dans la danse. Il observe les nombreux freins que rencontrent les danseuses : pression sociale, équilibre difficile entre maternité et carrière, manque d’espaces sûrs. Il soutient les initiatives féminines et intègre dans ses projets un engagement clair pour l’égalité.
« Il faut créer les conditions pour que les femmes puissent exister pleinement dans cet art. Et surtout, écouter ce qu’elles ont à dire. »
Et maintenant ? L’avenir selon William
Aujourd’hui, William travaille à renforcer la visibilité de sa compagnie. GX-Marmite Africaine porte des projets ambitieux : nouvelles créations chorégraphiques, programmes pédagogiques dans les écoles, événements culturels, capsules vidéo. Il poursuit l’écriture de projets à diffuser en Afrique et en Europe.
« Je me suis formé, entouré, débrouillé… Maintenant, je transmets. C’est une construction permanente. »
Pour l’instant, il n’a pas encore franchi le cap européen. Pas par manque d’envie, mais par exigence. « Je veux être prêt. Je ne veux pas rater une opportunité faute de préparation. Je construis mon écriture artistique. Quand ce sera le moment, j’y serai. »